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	<title>Lost Highway</title>
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	<description>Les aléas de la vie coutumière sont impénétrables</description>
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		<title>Les 4 (quatre) accords toltèques : la voi(x)e Coelho de l&#8217;Amérique centrale</title>
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		<pubDate>Thu, 29 Jul 2010 07:35:47 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Aime-toi toi-même avant d&#8217;aimer ton prochain. Voilà résumés, mais je pense sans raccourci, les 4 accords toltèques tels que présentés par Don Miguel Ruiz 1. Une sagesse ancienne, que l&#8217;on retrouve à peu près dans toutes les cultures. A chacun de trouver sa voie, de suivre sa propre initiation, car toute l&#8217;humanité serait &#8220;à la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Aime-toi toi-même avant d&#8217;aimer ton prochain. Voilà résumés, mais je pense sans raccourci, les 4 accords toltèques tels que présentés par Don Miguel Ruiz <sup><a href="http://www.ikiru.ch/blog/2010/les-4-quatre-accords-tolteques-la-voixe-coelho-de-lamerique-centrale#footnote_0_728" id="identifier_0_728" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ruiz Don Miguel, Les quatre accords tolt&egrave;ques, Edition Jouvence, 2005">1</a></sup>. Une sagesse ancienne, que l&#8217;on retrouve à peu près dans toutes les cultures. A chacun de trouver sa voie, de suivre sa propre initiation, car toute l&#8217;humanité serait &#8220;à la recherche de la vérité, de la justice et de la beauté&#8221;. D&#8217;autres remplaceraient ce triptyque par &#8220;force, sagesse et beauté&#8221;, ce qui revient peu ou prou à la même chose. Ayons l&#8217;illumination, suivons la lumière qui nous montre le chemin; Socrate ou un chaman toltèque, après tout, c&#8217;est du pareil au même. Le monde visible n&#8217;est qu&#8217;un reflet de la réalité, aussi bien chez les philosophes socratiques, que pour les chamans toltèques, pour qui la <em>mitote</em> nous empêche de &#8220;vivre notre rêve&#8221;.</p>
<p>Il y a évidemment beaucoup de bon sens. Passer de l&#8217;avoir à l&#8217;être, voilà une filiation que ne renieraient pas Jésus, Bouddha ou Zarathoustra. On ne peut que se retrouver autour de tels objectifs : apprendre, grandir, expérimenter, ne pas souffrir. Faire le <em>bien</em> : voilà qui relie les 5 continents, du nord au sud. Mais il existe deux pôles d&#8217;influences et de méthodes pour appréhender ce parcours initiatique : la manière philosophique, et la manière religieuse. La première est plus ardue, une pente qui ne fait que se répéter à l&#8217;infini. C&#8217;est le chemin qui compte. A l&#8217;inverse, la version religieuse vous donne clés en main les solutions. Car il suffit de &#8220;vouloir&#8221; pour pouvoir. La volonté abat les montagnes. Nous avons tous en nous le pouvoir d&#8217;un dieu : le rêve américain dans toute sa splendeur.</p>
<p><span id="more-728"></span></p>
<p>C&#8217;est sous cette deuxième version que se présentent &#8220;Les quatre accords toltèques&#8221;. Des idées très sympathiques au premier abord; très superficielles, au second. Car dès que le doute survient, elles s&#8217;évanouissent : l&#8217;édifice était fait de papier, de bons sentiments. Il nous était extérieur, et non patiemment construit par nous-mêmes. Ces 4 accords sont aussi solides que les préceptes de &#8220;l&#8217;Alchimiste&#8221; de Paolo Coelho. Très peu de questions, surtout des réponses. Ce qui a pour effet de n&#8217;être utile que dans le court terme, à moins de fonder une secte d&#8217;individus qui vous rappellent tous les jours combien vos préceptes sont dignes d&#8217;intérêt. L&#8217;esprit critique, qui se finit toujours par se rappeler à notre bon souvenir, trouvera des failles. Le vent dissipera un jour ou l&#8217;autre les mirages.</p>
<p>Car lorsque &#8220;l&#8217;intentionnalité&#8221; est toute-puissante (récusant en cela deux siècles de sciences humaines) comme le postule le chamanisme de Ruiz, tout n&#8217;est plus qu&#8217;affaire de choix : il suffirait de vouloir chanter pour chanter juste. Ainsi Ruiz de prendre pour illustration l&#8217;exemple d&#8217;une fillette à qui, sous l&#8217;emprise de la colère, on demande de se taire parce qu&#8217;elle chante faux; l&#8217;enfant en développera sa vie durant une image réflexive qui chante faux. A moins d&#8217;un effort de volonté, elle pensera toujours chanter faux. Mais comme le &#8220;faux&#8221; ou le &#8220;juste&#8221; ne sont que des notions <em>relatives</em>, n&#8217;étant que le produit d&#8217;un esprit porté au jugement, la fillette, une fois devenue femme, pourrait se libérer de la &#8220;domestication&#8221; (l&#8217;habitus des sociologues) subie. Le <em>nagual</em> (le maître) Ruiz ne tire pourtant pas la conséquence de cette thèse : personne ne chante faux; ce n&#8217;est qu&#8217;une affaire personnelle, <em>relative</em>. Si c&#8217;était le cas&#8230; pourquoi apprendre à chanter ? La contradiction, l&#8217;opposition ne permettent-elles pas de progresser ? Pas à en croire Ruiz, puisqu&#8217;il faut nier toute résistance qu&#8217;on nous présenterait. Soyons égoïstes et aveugles.</p>
<p>Mais examinons plutôt le coeur de la pensée chamaniste toltèque, et ses accords qui, selon Ruiz, sont destinés à rompre les chaînes de la &#8220;domestication&#8221; et de vivre le paradis, dès maintenant :</p>
<ol>
<li>Que votre parole soit impeccable</li>
<li>Quoi qu&#8217;il arrive, n&#8217;en faites pas une affaire personnelle</li>
<li>Ne faites pas de supposition</li>
<li>Faites toujours de votre mieux</li>
</ol>
<p>Ces 4 accords se décomposent en deux familles : celle des &#8220;autonomes&#8221; (les trois premiers) et celle &#8220;transversale&#8221; (le dernier). Les 3 premiers sont décisifs : il s&#8217;agit, pour chacun d&#8217;entre eux, d&#8217;un modèle, d&#8217;une voie à lui tout seul. Le dernier, &#8220;faire de son mieux&#8221;, englobe les précédents; il ne prend son sens que comme adjectif des 3 premiers, et n&#8217;existe pas sans eux. Il faut &#8220;faire de son mieux&#8221; pour que la parole soit impeccable, &#8220;faire de son mieux&#8221; pour ne pas faire de supposition. En somme, le dernier est un gouvernail permettant de réajuster les grands principes dans la bonne direction.</p>
<p>Car grands principes, il y a : &#8220;Que votre parole soit impeccable&#8221;, tout d&#8217;abord, renvoie à la notion de &#8220;parole créatrice&#8221;, puis aussi de &#8220;vérité&#8221;. La &#8220;parole&#8221; qui féconde de par sa simple articulation, acte magique pour Ruiz, demande une foi inébranlable pour être accepté. Pour Ruiz (pour les Toltèques ?), parler correspond à jeter des sorts. Selon que les mots soient bons ou mauvais, l&#8217;interlocuteur sera ensorcelé positivement ou négativement. Quand bien même on prendrait cette théorie sous l&#8217;angle allégorique (ce qui, vraiment, à la lecture ne m&#8217;a jamais semblé être le cas), il devient difficile de ne pas parler de l&#8217;écrit, cette forme de communication à laquelle on ne peut rattacher une &#8220;onde&#8221; qui viendrait modifier la matrice de l&#8217;existence, sa continuité &#8211; ainsi que postulé par le <em>nagual</em>. Précisons que les Toltèques ne connaissaient que des systèmes de notation (pictogrammes, éléments parfois phonétiques) qui nécessitaient une explication orale <sup><a href="http://www.ikiru.ch/blog/2010/les-4-quatre-accords-tolteques-la-voixe-coelho-de-lamerique-centrale#footnote_1_728" id="identifier_1_728" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Goody Jack, &amp;#8220;Alphabets et &eacute;criture&amp;#8221;, Thomas and Hudson (trad. Zeitlin Edith) in Sociologie de la communication, 1997, volume 1 n&deg;1, pp. 170">2</a></sup>; seul la parole (et non l&#8217;écriture) exerçait une pression, une influence dans l&#8217;entourage. Facile à dire, pour un peuple qui ne connaissait pas l&#8217;écriture phonétique, dépositaire d&#8217;histoire(s)&#8230; mais on ne saurait abdiquer dans nos civilisations de l&#8217;écrit, ou un tel postulat apparaît comme dépassé, daté.<br />
Quant à &#8220;impeccable&#8221;, on ne saurait faire l&#8217;économie d&#8217;une interrogation proprement philosophique pour en chercher le sens, ce à quoi se refuse Ruiz. Pourtant, &#8220;impeccable&#8221; se rapporte à la vérité; mais qu&#8217;est-ce que la vérité ? Depuis 2&#8217;500 ans, l&#8217;Europe s&#8217;interroge sur le sujet; et il suffirait, comme le fait l&#8217;héritier des Toltèques, d&#8217;affirmer qu&#8217;être impeccable (renvoyé à la notion de pécher, dans son ouvrage) c&#8217;est ne pas se rejeter ? Soit le vrai existe, il peut être saisi, existe objectivement et en dehors de notre être; mais il ne saurait être unique, individuel et personnel, sinon la notion de vérité n&#8217;existe plus. La vérité est soit préexistante (vision divine) soit issue d&#8217;un accord commun (vision moderniste et sociologique); mais si elle est individuelle, la société n&#8217;existe plus. Et justement, chez Ruiz, la société est plutôt évanescente.</p>
<p>Venons-en au second grand principe : &#8220;Quoi qu&#8217;il arrive, n&#8217;en faites pas une affaire personnelle&#8221;. Là, il faut avouer, on se perd dans le paradoxe. Car si les idéaux anarchistes sont vitaux, ils sont poussés ici à l&#8217;extrême. Chacun est responsable de lui-même, soit, mais lorsqu&#8217;on lit comme justification de ce principe que &#8220;ce que vous ressentez, ce que vous pensez, c&#8217;est votre problème, pas le mien&#8221;, on sombre dans des travers individualistes révoltants. Les dernières pages du livre contiennent le mot &#8220;amour&#8221; toutes les 2 lignes; comment peut-on parler d&#8217;amour, lorsqu&#8217;on ne se préoccupe plus du tout d&#8217;autrui ? Poussons la logique : avec une telle philosophie de l&#8217;égoïsme, la mère peut ne pas se soucier de ses enfants en bas-âge ? Les jeunes des vieux ? Les biens-portants des handicapés ? Il n&#8217;y a plus de pacte social possible. C&#8217;est le chacun pour soi. Ruiz ne fait pas la distinction entre l&#8217;être individuel et l&#8217;être social. Les deux sont fusionnés, ou plutôt le dernier se dissous dans le premier; être heureux, c&#8217;est être égoïste. La pensée du <em>nagual</em> c&#8217;est la négation pure et simple de la politique.<br />
D&#8217;ailleurs, Ruiz nie ce principe, par le fait de l&#8217;écrire : il a produit un livre. Il tente ainsi d&#8217;agir dans les &#8220;rêves&#8221; (sortes de bulles de subjectivités chez les Toltèques) de chacun, d&#8217;influencer les autres à travers un livre : il veut illuminer un chemin. Mais&#8230; pourquoi vouloir intervenir dans notre propre rêve ? N&#8217;est-ce pas la négation de sa sublime subjectivité, telle que revendiquée comme source de bonheur ? Il veut permettre à autrui d&#8217;accéder au bonheur, c&#8217;est que le bonheur d&#8217;autrui lui importe. Qu&#8217;autrui soit heureux ou non est important, donc; comment marier cette conclusion avec &#8220;ce que vous ressentez, ce que vous pensez, c&#8217;est votre problème, pas le mien&#8221; ? La position radicale que représente ce second principe ne peut être qu&#8217;intellectuelle; on ne saurait en faire une manière de vivre.</p>
<p>Enfin, le troisième et dernier grand principe de la première famille est à prendre sous l&#8217;angle émotionnel : ne pas s&#8217;imaginer être compris, ne pas croire que le futur avec l&#8217;être aimé sera tel qu&#8217;on le souhaite. Il postule notamment que l&#8217;individu est toujours clair sur ses motivations et ses envies; qu&#8217;il doit les communiquer, quitte à blesser; qu&#8217;au lieu de prévoir, il doit s&#8217;inscrire pleinement dans le présent. On est dans une notion de temporalité et d&#8217;immédiateté qui, encore une fois, nie l&#8217;action politique, l&#8217;action collective.</p>
<p>Pour résumer, nous avons un premier principe qui en appelle à la morale (donc d&#8217;ordre général et objectif), un second qui invite à plus d&#8217;égoïsme (donc spécifique et subjectif) et un dernier qui inscrit ces notions dans le temps immédiat. Le tout est mitigé par le quatrième consistant à faire de son mieux (ni trop ni pas assez) simple correctif aux précédents. Contrairement à ce qu&#8217;on pourrait penser, on ne vient que de découvrir un point de départ, et non la case d&#8217;arrivée; une fois ces points posés, il reste&#8230; à définir une société. Des raisons pour vivre ensemble; pour faire des concessions; pour dire à l&#8217;autre qu&#8217;on l&#8217;aime; pour donner unilatéralement. Nous savons seulement que nous avons besoin d&#8217;une morale commune, qui satisfasse les intérêts des individus, et dont les effets se constatent rapidement; et que des hommes politiques sachent marier les avantages et inconvénients. Nous comprenons donc le besoin de s&#8217;organiser, mais tout ce qu&#8217;expliquent les quatre accords, c&#8217;est pourquoi il ne faut pas s&#8217;organiser !</p>
<p>Les livres de développement personnel, dont Paulo Coelho est une version grand public &#8211; car en plus, romancé &#8211; sont à l&#8217;image de ces publicités racoleuses, promettant une perte de poids massive et sans effort. A l&#8217;arrivée, on déchante : c&#8217;est moins facile que sur l&#8217;emballage. L&#8217;interrogation ne fait que débuter, et pour être utile, produire des effets concrets et définitifs, ne devra plus s&#8217;arrêter. L&#8217;initiation n&#8217;est pas un but en soi, mais le commencement d&#8217;une aventure palpitante, excitante et mettant du sel dans sa vie. Elle ouvre les yeux sur l&#8217;avenir, et non sur le passé.</p>
<p>Règles simples d&#8217;une farouche envie de vivre, ces accords toltèques doivent être pris pour ce qu&#8217;ils sont : des extrêmes, des pistes de réflexion. Mais ils ne constituent pas le point d&#8217;arrivée, ou un aboutissement quelconque. En cela, cette méthode initiatique a tout faux. Il est vrai que la divinité occupe une place si importante (le livre se conclut avec des prières) que l&#8217;on n&#8217;est plus à un paradoxe près.</p>
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_728" class="footnote">Ruiz Don Miguel, Les quatre accords toltèques, Edition Jouvence, 2005</li><li id="footnote_1_728" class="footnote">Goody Jack, &#8220;Alphabets et écriture&#8221;, Thomas and Hudson (trad. Zeitlin Edith) <em>in</em> Sociologie de la communication, 1997, volume 1 n°1, pp. 170</li></ol>]]></content:encoded>
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		<title>Michel Foucault &#8220;Surveiller et punir&#8221;, ou la prison normalisatrice : une allégorie sociétale</title>
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		<pubDate>Sun, 25 Jul 2010 20:32:54 +0000</pubDate>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Souvenez-vous : il y a 35 ans, Foucault s&#8217;en prenait à l&#8217;univers carcéral. Incapable de répondre aux attentes des politiciens, de la société ou des prisonniers eux-mêmes, la prison française était victime de la révolte de ses occupants, du défaitisme politique et de l&#8217;incompréhension du grand public. C&#8217;était 6 ans avant l&#8217;abrogation de la peine de mort (et donc de l&#8217;adhésion pleine et entière à la prison comme seule réponse à la délinquance), mais aussi 150 ans après ses premiers essais à grande échelle en Hexagone. Foucault écrivait alors que rien n&#8217;était vraiment nouveau, que les problèmes de l&#8217;univers carcéral étaient structurels, presque ontologiques à la prison; pour preuve, presque 4 décennies plus tard, les questions sont rigoureusement les mêmes, et les réponses aussi &#8211; comprendre, inexistantes. La seule différence, c&#8217;est que l&#8217;emprisonnement &#8211; la privation de liberté &#8211; comme riposte à l&#8217;illégalité pénale s&#8217;est encore plus engoncée dans ses certitudes, à peine effleurée par les complications endémiques que sont la criminalisation des petits délinquants et de la surpopulation des établissements pénitentiaires; rien, ou presque, n&#8217;a changé en deux siècles, les attentes contradictoires sur ce que doit être la prison sont rigoureusement identiques, et les échecs tout aussi patents.</p>
<p>Dans son &#8220;Surveiller et punir&#8221; de 1975, Michel Foucault ouvre la réflexion sur l&#8217;artifice du supplice : grand déballage qu&#8217;on qualifierait aujourd&#8217;hui &#8220;d&#8217;évènement médiatique&#8221;, les scènes de tortures n&#8217;avaient pas pour objectif &#8211; selon le philosophe &#8211; de décourager seulement la reproduction de l&#8217;acte condamné, mais principalement de rappeler quelle était la puissance du prince, seul habilité à décider du bien et du mal. Atteint dans les fondements de sa légitimité par le forfait accompli, il livrait en place publique un combat contre le criminel &#8211; un combat joué d&#8217;avance. La crainte du peuple n&#8217;était pas seulement un effet de bord, mais bien l&#8217;objectif recherché; la cohésion dont faisait preuve la populace lors de ces démonstrations soudaient autour du souverain re-légitimisé, garantissait la pérennité de la soumission de ses sujets.</p>
<p><span id="more-727"></span></p>
<h2>Du supplice à la prison</h2>
<p>Le basculement de la période supplice à la période enfermement, Foucault l&#8217;identifie à l&#8217;arrivée de la bourgeoisie au pouvoir. Aidée en cela de préceptes hérités du christianisme (l&#8217;inquisition, l&#8217;ascèse monastique, la culpabilité notamment), les idéaux des Lumières se fracassent les os contre les murs de la science : l&#8217;humanisme comme facteur de changement est à peine susurré depuis le fond d&#8217;un cachot. </p>
<blockquote><p>Les &#8220;Lumières&#8221; qui ont découvert les libertés ont aussi inventé les [techniques disciplinaires]<sup><a href="http://www.ikiru.ch/blog/2010/michel-foucault-surveiller-et-punir-ou-la-prison-normalisatrice-une-allegorie-societale#footnote_0_727" id="identifier_0_727" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Michel Foucault, Surveiller et Punir, Galllimard, 1975, p. 258">1</a></sup></p></blockquote>
<p>La recherche &#8220;scientifique&#8221; de la correction de l&#8217;individu, la maximisation de son utilité comme élément productif sont les balises qui nous mènent vers la privation de liberté comme nouvelle forme de punition. On cache le délinquant, car la légitimité du prince n&#8217;est plus remise en cause par la simple transgression de la règle; l&#8217;individu est entretemps devenu &#8220;asocial&#8221;, &#8220;marginal&#8221;, on a exclu du royaume démocratique de la société ses éléments perturbateurs. Un barbare qui refuse de comprendre les règles, on le bannit; le parallèle avec la Grèce antique pourrait être fécond, mais serait limité par l&#8217;énormité de l&#8217;innovation : dorénavant, on <em>corrige</em> le fauteur de trouble. Il doit pouvoir apprendre la langue de la <em>Polis</em>, en expérimenter les rouages et s&#8217;insérer en bon ouvrier à sa sortie de prison. Comme si de rien était.</p>
<h2>La prison, une invention de l&#8217;élite</h2>
<p>Lutte des classes, scientificité de la correction, exercice du pouvoir, on voit en filigrane bien sûr la critique sociale de Foucault, qui ne se permet que très brièvement de donner son avis sur la question. Avec un regard froid et lucide, il diagnostique, historicise  la nouvelle anatomie (mot crucial dans la pensée de Foucault) de la normalité sociétale : </p>
<blockquote><p>&#8220;Il faut cesser de toujours décrire les effets de pouvoir en termes négatifs : il &#8220;exclut&#8221;, il &#8220;réprime&#8221;, il &#8220;refoule&#8221;, il &#8220;censure&#8221;, il &#8220;abstrait&#8221;, il &#8220;masque&#8221;, il &#8220;cache&#8221;. En fait le pouvoir produit; il produit du réel; il produit des domaines d&#8217;objets et des rituels de vérité. L&#8217;individu et la connaissance qu&#8217;on peut en prendre relèvent de cette production.&#8221;<sup><a href="http://www.ikiru.ch/blog/2010/michel-foucault-surveiller-et-punir-ou-la-prison-normalisatrice-une-allegorie-societale#footnote_1_727" id="identifier_1_727" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Michel Foucault, ibid, p. 227">2</a></sup></p></blockquote>
<p>On est alors aux antipodes de la doxa marxiste classique, qui verrait une aliénation de l&#8217;individu dans la soumission-production; la soumission donne du sens à l&#8217;individu. La vision humaine de Foucault est ici certainement pessimiste. Mais là où le philosophe rejoint le marxisme, c&#8217;est dans la volonté de domination du pouvoir. Les techniques disciplinaires sont alors décortiquées, analysées (autre mot-clé) pour en rappeler la construction somme toute artificielle : à un certain moment dans la destinée française, le choix a été sciemment effectué par les détenteurs du pouvoir. Les <i>a-</i>normaux seront enfermés. Les éléments en raison de cette <i>a-</i>normalité s&#8217;éjectent de l&#8217;appareil productif (la société-industrie) seront corrigés. Rentrer dans le rang, c&#8217;est accepter les nouveaux fondements sociétaux; produire, être utile à la communauté. On paie donc sa dette en monopolisant le temps du fautif &#8211; le temps, c&#8217;est de l&#8217;argent &#8211; ainsi qu&#8217;en le rendant plus apte à produire &#8211; à la fois durant l&#8217;enfermement, mais aussi après celui-ci.</p>
<blockquote><p>La pénalité perpétuelle qui traverse tous les points, et contrôle tous les instants des institutions disciplinaires compare, différencie, hiérarchise, homogénéise, exclut. En un mot, elle normalise.<sup><a href="http://www.ikiru.ch/blog/2010/michel-foucault-surveiller-et-punir-ou-la-prison-normalisatrice-une-allegorie-societale#footnote_2_727" id="identifier_2_727" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Michel Foucault, ibid, p. 215">3</a></sup></p></blockquote>
<p>L&#8217;effet normalisateur orchestré serait incomplet si la prison n&#8217;était pas une allégorie de la société; ce qui se passe au-dehors, c&#8217;est ce qui se passe entre quatre barreaux, et vice-versa. C&#8217;est là prendre quelques raccourcis dans la pensée extrêmement pointilleuse de Foucault, qui aurait peut-être refusé une analogie aussi immédiate &#8211; certes; mais comment ne pas voir le <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Panopticon">Panopticon</a><sup><a href="http://www.ikiru.ch/blog/2010/michel-foucault-surveiller-et-punir-ou-la-prison-normalisatrice-une-allegorie-societale#footnote_3_727" id="identifier_3_727" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Le panoptique est un type d&amp;#8217;architecture carc&eacute;rale imagin&eacute;e par le philosophe utilitariste Jeremy Bentham &agrave; la fin du XVIIIe si&egrave;cle. L&amp;#8217;objectif de la structure panoptique est de permettre &agrave; un individu, log&eacute; dans une tour centrale, d&amp;#8217;observer tous les prisonniers, enferm&eacute;s dans des cellules individuelles autour de la tour, sans que ceux-ci ne puissent savoir s&amp;#8217;ils sont observ&eacute;s. Ce dispositif devait ainsi cr&eacute;er un &laquo; sentiment d&amp;#8217;omniscience invisible &raquo; chez les d&eacute;tenus.">4</a></sup>, cette rationalisation dans la surveillance des individus poussée à la limite de l&#8217;acceptable, comme un mirador placé au milieu de notre ville moderne qui veut tout voir, tout savoir sur ses habitants, telle une allégorie sous forme d&#8217;oeil géant de <em>Big Brother</em> ? Car chez Foucault, le panopticon est testé dans les ateliers, à l&#8217;école, dans l&#8217;armée, dans les hôpitaux; il est la partie &#8220;émergée&#8221; (bien qu&#8217;invisible) d&#8217;une économie de la réglementation, de la taylorisation des moindres gestes et mouvements de la population.</p>
<h2>La prison, une acceptation de la base</h2>
<p>Un tel processus réglé dans les plus infimes détails serait impossible sans la légitimation octroyée par le surveillé, sans l&#8217;acceptation explicite &#8211; et implicite dans un curieux renversement du fardeau de la preuve, car quelqu&#8217;un se méfiant de la surveillance est quelqu&#8217;un &#8220;ayant quelque chose à cacher&#8221; &#8211; du citoyen. Bien que Foucault aborde &#8211; sans faire usage de ce néologisme &#8211; la technocratie sous toutes ses coutures, il semble lui échapper l&#8217;aspect démocratique &#8211; et non bourgeois &#8211; de cette construction populaire. La peur des &#8220;incivilités&#8221;, ce sont les couches défavorisées qui s&#8217;en soucient le plus. Les déprédations, les comportements agressifs ne touchent pas les quartiers aisés des capitales, mais bien les banlieues inhumaines. Si la déconstruction foucaldienne répond à la satisfaction de l&#8217;intellect sur l&#8217;origine du couple surveillance-enfermement, l&#8217;assise du système ne saurait être réduit à une domination bourgeoise. C&#8217;est une légitimité nouvelle qui s&#8217;exprime, un transit immédiat entre la base et le gouvernement, ce dernier étant sommé de répondre à l&#8217;incivilité et à la violence de la zone habitée. Bien que l&#8217;on retrouve les mêmes structures et les mêmes mécanismes de l&#8217;appareil normatif incorporées par la base &#8211; qui réclame une plus grande dureté, plus d&#8217;intransigeance pour des crimes commis par les siens. D&#8217;où le renversement de paradigme : la force de la loi provient de la base, qui demande, qui prie l&#8217;élite de trouver des solutions. Sous la forme des technocrates, propulsés spécialistes politiques, une quantité de modifications minimes, tels que des ajouts de caméra (qui fleurissent aussi bien sur le domaine public que privé) seront opérées, ou des conseils fournis à la police, aux écoles. La loi s&#8217;adaptera, la justice suivra le même chemin, la police &#8211; et forcément la prison. Le cri à plus de normalité n&#8217;est plus le fait d&#8217;une élite &#8211; sans nier les structures élitaires existantes &#8211; mais l&#8217;opposition est anéantie. Que l&#8217;on relise avec Foucault ce que se permettait d&#8217;imprimer un journal anarchiste en pleine &#8220;révolution normalisante&#8221; du XIXe pour se convaincre du chemin parcouru :</p>
<blockquote><p>Sans le crime qui réveille chez nous une foule de sentiments engourdis et de passions à moitié éteintes, nous resterions plus longtemps dans le désordre, c&#8217;est-à-dire dans l&#8217;atonie.<sup><a href="http://www.ikiru.ch/blog/2010/michel-foucault-surveiller-et-punir-ou-la-prison-normalisatrice-une-allegorie-societale#footnote_4_727" id="identifier_4_727" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="La Phalange, 1er d&eacute;cembre 1838 in Michel Foucault,  ibid, p. 339">5</a></sup></p></blockquote>
<p>Rappeler la primalité de l&#8217;humain, et le plaisir sensuel qu&#8217;il y a à se laisser guider par ses instincts; on nage en plein romantisme anarchique du XIXe, mais un romantisme qui serait disqualifiant pour toute personne s&#8217;en revendiquant dans une société normalisée. Le droit de résistance a disparu. Foucault, dans sa vie politique, en a fait précisément les frais; il y a des choses que l&#8217;on ne peut aborder, quel que soit le crédit intellectuel de l&#8217;auteur. La normalité est si incorporée, intégrée dans notre habitus (Bourdieu), qu&#8217;on ne la soupçonne même plus comme nous étant, à l&#8217;origine, extérieure. Le simple fait d&#8217;en évoquer son externalité provoque malaise et réaction farouche, protectrice : notre propre individualité ne saurait être remise en question. Ce faisant, l&#8217;oubli de combien la normalité n&#8217;est qu&#8217;une convention, le pacte social, empêche tout changement : le mécanisme d&#8217;auto-défense de la normalité est le conservatisme politique. </p>
<p>L&#8217;évolution ne peut dès lors plus se faire de manière politique et démocratique, mais seulement par la frange, par des méthodes technocratiques, moins soumises au contrôle populaire. Les cohortes de psychologues, de spécialistes de l&#8217;éducation, de la santé peuvent, par de petits ajustements successifs, procéder à la normalisation accélérée des <i>a-</i>normaux. En somme, parce qu&#8217;à la fois on évite le débat et que le débat est de lui-même étouffé, il n&#8217;y a plus rien à débattre. Il n&#8217;existe plus d&#8217;espace d&#8217;expression à une opposition crédible. C&#8217;est la population elle-même qui, par massification de ses décisions, ainsi que par sous-traitance des choix politiques délégués aux experts, s&#8217;est appropriée la surveillance; car la normalisation, peut-être, était un moyen d&#8217;imiter l&#8217;élite d&#8217;hier. A force d&#8217;imiter le roi, on se plaît à se prendre pour le roi lui-même. Le roi ne pouvait accepter d&#8217;ignorer ce qu&#8217;il se passait dans son royaume; le citoyen ne supporte plus l&#8217;absence de caméra dans sa rue &#8211; la peur pour sa sécurité, mais aussi la peur qu&#8217;un délit ou crime puisse rester impuni. Encore une chose qui échappe à Foucault : le supplice d&#8217;avant la prison, rituel auquel participait la foule, n&#8217;a pas été compensé. L&#8217;emprisonnement n&#8217;a pas suffit : on veut observer, palper la souffrance, voir la brute expier ses crimes. Se rassurer à l&#8217;infini sur le choix que nous avons fait, celui de suivre le chemin de la normalité &#8211; que les frustrations soient justifiées, les échecs puissent être acceptés. Car si un seul endure les rigueurs du pacte social et que tous les autres le transgressent, le solitaire finira par se révolter. Au triptyque foucaldien surveillance-prison-normalisation, il conviendrait d&#8217;ajouter la projection de la société dans l&#8217;individu déjà normalisé : un reflet ayant un effet cathartique, rappelant les avantages du pacte social. C&#8217;est assurément le rôle joué par la <i>real TV</i> sous toutes ses formes, rassurant, dédramatisant, mais aussi punissant l&#8217;imbécile (refuse l&#8217;éducation), le paresseux (refuse d&#8217;être utile à la société), le vaniteux (l&#8217;humilité, c&#8217;est de rester à sa place). Sous prétexte de briser des tabous, jamais on aura vu outil de divertissement plus normatif que la <i>real TV</i>. Ce miroir déformé et dé-normalisé de la société n&#8217;a d&#8217;autre résultat que la re-normalisation; c&#8217;est dans le même état d&#8217;esprit que les enfants des Lumières, profondément persuadé que l&#8217;homme, de par sa nature est égal, mais que la société peut se passer de l&#8217;homme miséreux, peu instruit, et être privé de sa liberté. On se voit en l&#8217;homme, mais on se rassure en se rappelant combien on lui est supérieur; le mécanisme, à deux siècles d&#8217;écart, n&#8217;a pas varié d&#8217;un iota.</p>
<h2>La prison, un échec programmé</h2>
<p>Pour comprendre ce besoin de catharsis réactualisé dans nos sociétés &#8220;ouvertes&#8221;, il convient de faire un bref détour sur les échecs de la prison. Car il ne pouvait en être autrement : l&#8217;enfermement doit contenter ceux qui conçoivent la prison comme un outil de rééducation; pour d&#8217;autres, il s&#8217;agit avant tout de vengeance; nombreux sont ceux qui voient pour objectif celui de protéger la société, en ôtant un élément dangereux &#8211; et empêcher une récidive; et que dire qui y voient un intérêt économique &#8211; les travailleurs sont bon marché, une version cynique de ceux qui regardent le travail comme formateur et réparateur. Le paradoxe est total, la pomme consommée dès les premiers jours : en effet, plus la prison est formatrice, rééducative, moins elle punit; et à l&#8217;inverse, plus elle punit, moins elle peut se destiner à réinsérer des individus corrigés de leurs <i>a-</i>normalités. Ontologiquement, la prison ne saurait répondre à deux attentes aussi opposées; elle est écartelée depuis 200 ans, subissant les assauts d&#8217;espérances divergentes et irréconciliables.</p>
<p>Ajoutons à ces défauts de nature, les échecs répétés <sup><a href="http://www.ikiru.ch/blog/2010/michel-foucault-surveiller-et-punir-ou-la-prison-normalisatrice-une-allegorie-societale#footnote_5_727" id="identifier_5_727" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Arguments r&eacute;ordonn&eacute;s et synth&eacute;tis&eacute;s de Michel Foucault, ibid, pp. 308-313">6</a></sup>: 1/ Les prisons ne diminuent pas le taux de criminalité; 2/ au contraire, elles encouragent la récidive, en privant de passeport le délinquant, lui fournissant un casier judiciaire fortement disqualifiant; 3/ pire, elles fabriquent les délinquants, créant des conditions propice à une dépendance physique et mentale à un milieu dur, en permettant la rencontre, la fusion de petits et grands délinquants. Aussi bien théoriquement que pratiquement, on le voit, la privation de liberté ne pouvait matériellement être efficace; ce qui était vrai à l&#8217;origine l&#8217;est tout autant aujourd&#8217;hui.</p>
<p>La persistance dans l&#8217;erreur, le philosophe l&#8217;explique par les mécanismes d&#8217;auto-renforcement qui se sont créés avec le temps. Il y a un intérêt de lobbies (et donc économique) à la pérennisation de la situation, qui garantit du travail à pléthore de nouveaux métiers gravitant autour de la surveillance : les psychiatres, les éducateurs spécialisés verraient d&#8217;un mauvais oeil toute remise en question de leur pouvoir, un pouvoir mécaniquement engendré par leur expertise reconnue. Cessons de croire qu&#8217;un psychiatre est le plus à même de décider qui peut sortir ou non de prison, et son rôle devient inutile. Mais parce qu&#8217;on tient son expertise pour légitime, on lui délègue des responsabilités judiciaires : l&#8217;éducateur <i>décide</i> lorsqu&#8217;un jeune délinquant peut réintégrer la sphère sociétale ou non. Le pouvoir juridique n&#8217;est pas aussi concentré qu&#8217;on veut bien le présenter : il est au contraire dilué dans toute la société, et le panopticon détache à une multitude de petites mains le soin d&#8217;appliquer ses méthodes disciplinaires de surveillance et punition. Tels des surveillants d&#8217;atelier, ils contrôlent que les directives soient suivies à la lettre, et sanctionnent tout manquement.</p>
<h2>La surveillance et la normalité à l&#8217;ère cybernétique</h2>
<p>Cette micro-physique, Foucault la soumet sous le regard grossissant d&#8217;une loupe pour en détailler avec rigueur les règles. Les mots-clés de son ouvrage sont choisis avec sûreté et adresse; si Foucault parle de physique, c&#8217;est bel et bien parce que le mécanisme est si certain, si automatique, si régulé, qu&#8217;il échappe en partie à l&#8217;action de l&#8217;individu. Quel meilleur exemple que de voir le transfert de pouvoir vers ces extensions mécaniques de nous-mêmes : caméras vidéo, scanners d&#8217;empreintes biométriques, fichiers informatiques, suivi GPS. Cette nouvelle technologie permet de consigner, classifier, créer un profil individuel mieux que jamais dans l&#8217;histoire. Et ce sont des machines qui vous donnent l&#8217;accréditation d&#8217;entrer ou non, qui déterminent la position de l&#8217;individu (délinquant potentiel), aussi bien sociologiquement &#8211; quel grade, quelle autorisation &#8211; que spatialement. Dans nos jours, la sous-traitance est biomécanique, l&#8217;homme <i>fusionne</i> avec la machine dans cette recherche continue d&#8217;une plus grande efficacité; mais il lui délègue également le pouvoir de décision, car c&#8217;est la machine qui reconnaît l&#8217;<i>a-</i>normalité ou non, et décide d&#8217;en informer son maître. Si l&#8217;extension du pouvoir judiciaire aux technocrates leur a octroyé une autonomie dans l&#8217;application des règles, l&#8217;extension vers les machines leur attribue <i>in fine</i> une même autonomie.</p>
<p>Cette économie &#8211; cette cybernétique &#8211; de la surveillance n&#8217;a rien d&#8217;illogique. Quoi de plus normé et standardisé qu&#8217;une machine : produite à des milliers d&#8217;exemplaires, elle est le rêve de toute volonté de normer &#8211; elle est l&#8217;aboutissement de l&#8217;idéal d&#8217;une société utilitariste. Une machine maximise les profits, elle est prévisible : une formule mathématique qui demande aux individus d&#8217;en devenir eux-mêmes. Un fil rouge relie la normalisation d&#8217;une société et sa surveillance par des machines de manière si évidente, qu&#8217;on peut se demander comment on a pu passer à côté. Sans l&#8217;éclaircissement conceptuel de Foucault, pourtant, la machinerie serait restée occultée. Sans Foucault, le panopticon aurait atteint son but, il continuerait à voir sans être vu.</p>
<p>Accepter le constat d&#8217;échec, c&#8217;est reconnaître que non seulement les moyens adoptés sont inadéquats, mais surtout que le choix politique est à redéterminer. Voulons-nous normaliser les composants individuels du pacte social &#8211; les individus &#8211; ou non ? Si la réponse est oui, nos méthodes n&#8217;ont pas à être revues. Le chemin suivi est d&#8217;une logique à toute épreuve. S&#8217;attaquer à la fin de chaîne de la surveillance &#8211; l&#8217;homme-machine, la machine elle-même &#8211; alors même que le principe de son existence ne peut être discuté, est voué à perte. Mais si, <i>a contrario</i>, la réponse est négative, il faudra trouver au préalable les fondements nouveaux d&#8217;un pacte social de masse, contenant des millions, des dizaines voire des centaines de millions d&#8217;individus et continuer à créer du sens et de la cohésion au sein de tant de différences. Ce n&#8217;est que par ce biais que le couple surveillance-punition perdra de son sens.</p>
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_727" class="footnote">Michel Foucault, Surveiller et Punir, Galllimard, 1975, p. 258</li><li id="footnote_1_727" class="footnote">Michel Foucault, <i>ibid</i>, p. 227</li><li id="footnote_2_727" class="footnote">Michel Foucault, <i>ibid</i>, p. 215</li><li id="footnote_3_727" class="footnote">Le panoptique est un type d&#8217;architecture carcérale imaginée par le philosophe utilitariste Jeremy Bentham à la fin du XVIIIe siècle. L&#8217;objectif de la structure panoptique est de permettre à un individu, logé dans une tour centrale, d&#8217;observer tous les prisonniers, enfermés dans des cellules individuelles autour de la tour, sans que ceux-ci ne puissent savoir s&#8217;ils sont observés. Ce dispositif devait ainsi créer un « sentiment d&#8217;omniscience invisible » chez les détenus.</li><li id="footnote_4_727" class="footnote">La Phalange, 1er décembre 1838 <i>in</i> Michel Foucault,  <i>ibid</i>, p. 339</li><li id="footnote_5_727" class="footnote">Arguments réordonnés et synthétisés de Michel Foucault, <i>ibid</i>, pp. 308-313</li></ol>]]></content:encoded>
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		<title>Le Satyricon : discours d&#8217;Eros pour parler de Thanatos</title>
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		<pubDate>Thu, 20 May 2010 13:50:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>jcv</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Il vaut mieux être armé d&#8217;un volumineux dictionnaire pour lire la traduction française de Laurent Tailhade du Satyricon. Français vieillit, argot désuet, l&#8217;exercice peut s&#8217;avérer par moment ingrat, fastidieux, voire décourageant. Ce serait toutefois se priver d&#8217;un des rares romans polisson de la Rome antique &#8211; le seul ? -, passer à côté d&#8217;un trésor d&#8217;anecdotes, d&#8217;espoirs, de coutumes de cette époque. Car la confrontation d&#8217;Eros et de Thanatos, véritables héros du roman, y est poussée à son paroxysme. Il ne fait aucun doute que les pérégrinations d&#8217;Encolpe et de son jeune amant Giton, ne sont qu&#8217;un prétexte à conter la grande Histoire : celle de l&#8217;existence, et de son but.</p>
<p>Tout au long du récit, il est proposé au lecteur de se rendre à des banquets de &#8220;nouveaux riches&#8221; (des affranchis fortunés), de faire naufrage, de visiter le sud de l&#8217;Italie (Crotone, célèbre pour son Pythagore), de visiter les lupanars antiques, d&#8217;assister à la superstition vulgaire ou officielle, etc. Les deux fils conducteurs de tous ces évènements sont le sexe et la mort. Encolpe couche avec femmes, hommes et enfant. Tour à tour, il est cocu ou briseur de ménage. Il tangue sur le fil d&#8217;une vie dont les règles lui échappent : les évènements guident ses actions, le contrôle sur son destin est inexistant.</p>
<p>L&#8217;absence d&#8217;un gouvernail est métaphorisée par deux discours, prononcés à des moments-clés du roman : par Trimalchio tout d&#8217;abord, qui, à mi-chemin des aventures d&#8217;Encolpe, se vante d&#8217;être à la tête d&#8217;une immense fortune pécuniaire, tout en rappelant que l&#8217;essentiel de la vie réside ailleurs. De par sa conduite, le faste ostentatoire qu&#8217;il affiche en toute circonstance, la persistance avec laquelle il réitère sans fin combien il est fortuné &#8211; bien que ce ne soit pas son but &#8211; et enfin son inculture méprisable, en font le pilier central du Satyricon. Là se situe bien souvent l&#8217;objectif inavoué d&#8217;une existence désordonnée, du sexe à gogo, du pimpant, de la fuite en avant. Trimalchio est tout cela à la foi : ancien esclave, il est l&#8217;homme qui a réussi par lui-même, clame-t-il <em>ad nauseum</em>. Marié à une prostituée, il représente le vulgaire, la montée en puissance d&#8217;un homme qui ne s&#8217;est préoccupé que de plaisirs immédiats et vains. Orgies après orgies, il déclame des vers où le mauvais genre côtoie l&#8217;ignorance crasse, insérant des erreurs historiques jusqu&#8217;à plus soif. Homme creux s&#8217;il en est, son ascension s&#8217;est faite sous le signe de la superficialité; ses biens matériels n&#8217;ont jamais emplis le néant de son être. Précisément, entre les verbes être et avoir, il a choisi ce second, tout en glosant sans fin sur le premier. Toutefois, la question demeure : face à la mort, comment jouir de l&#8217;existence ? D&#8217;où la lecture, lors d&#8217;une scène truculente à souhait, de son propre testament à une assistance médusée. Si l&#8217;affranchi sait qu&#8217;il ne pourra profiter de la reconnaissance qui lui est due à sa mort, ne pourra assister aux hommages qui seront rendus à son corps trépassé, autant se vanter de ses largesses planifiées dès maintenant. Ses esclaves et ses amis pourront s&#8217;esbaudir de sa charité totalement désintéressée. Trimalchio cherche ainsi à repousser la grande faucheuse, et à profiter de la mort lui vivant; telle est la réponse donnée à mi-chemin du roman &#8211; soit de la vie.</p>
<p><span id="more-713"></span></p>
<p>La métaphore du second discours est elle bien plus recherchée, et étonnement plus pragmatique. A la manière de sociétés tribales, Eumolpus le vieux pédophile &#8211; pardon, vieux pédagogue, invente un stratagème repoussant, dont l&#8217;objectif est de décourager une population de l&#8217;occire; lisant son testament aux citoyens, il déclare vouloir être coupé à sa mort en morceaux dont l&#8217;assemblée ferait pitance. Il pense ainsi s&#8217;éviter l&#8217;exécution, tant il est difficile de refuser d&#8217;exécuter les souhaits testamentaires d&#8217;un individu. Mais l&#8217;intérêt de l&#8217;anecdote réside ailleurs : être ingurgité par une foule de personnes, c&#8217;est accéder à l&#8217;immortalité. Toutes les tribus ayant pratiqué le cannibalisme le savent, la force du mangé passe dans le mangeur. Sans attendre la métempsychose &#8211; ou la palingénésie grecque &#8211; le discours d&#8217;Eumolpus fait écho à celui de Trimalchio. Mais à la différence de ce dernier, il ne cherche pas à rappeler la grandeur de sa vie, l&#8217;immensité de ses réalisations; plus proche de la mort &#8211; car plus vieux &#8211; il cherche à survivre à la venue de celle-ci. Il n&#8217;y a plus à profiter de l&#8217;existence, c&#8217;est déjà fait; ses jours sont sur le point de se tarir, les plaisirs sont derrière lui. Le questionnement est ici plus direct : point de grande et ampoulée dissertation sur la sagesse, le lucre et l&#8217;au-delà. L&#8217;imminence de la disparition est une réalité à laquelle il convient de trouver une solution tout aussi radicale.</p>
<p>Fourrés entre le premier testament &#8211; bilan de vie &#8211; et le second &#8211; peur de la mort -, les péripéties d&#8217;Encolpe l&#8217;amènent à user et abuser de la puissance majeure que le Satyricon oppose à Thanatos : Eros. L&#8217;Amour, force de vie par excellence, fait figure de repère contre le sombre destin de l&#8217;homme. Accompagné de son jeune éromène, son goût pour la bagatelle l&#8217;implique dans des aventures sans queue ni tête, qui le mèneront finalement à devoir s&#8217;exiler pour éviter d&#8217;être emprisonné. Il aime passionnément, femmes et hommes, et cette force de vie n&#8217;est pas sans entrer en conflit avec son entourage. Le naufrage du bateau dans lequel il prend la fuite, allégorie de sa propre existence dans laquelle il ne fait que surnager, fût peut-être une chance pour ce personnage de changer. Mais ses appétits hédonistes le reprendront aussi sec, et Encolpe ne saisira pas l&#8217;occasion qui lui aura été offerte. De toute manière, il semble que hormis l&#8217;amour, l&#8217;auteur du Satyricon<sup><a href="http://www.ikiru.ch/blog/2010/le-satyricon-discours-deros-pour-parler-de-thanatos#footnote_0_713" id="identifier_0_713" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Attribu&eacute; &agrave; un certain P&eacute;trone (Petronus), l&amp;#8217;identit&eacute; de l&amp;#8217;auteur du Satyricon fait l&amp;#8217;objet d&amp;#8217;un d&eacute;bat ouvert encore &agrave; ce jour.">1</a></sup> ne prête pas grand intérêt aux autres joies de la vie : les philosophes sont raillés et ridiculisés, l&#8217;art &#8211; la peinture &#8211; une vague occupation, simple représentation de la réalité. Pire : la religion est désacralisée, mettant sur le même plan une superstitieuse bohémienne et les vénérables d&#8217;un temple. Renvoyés dans un même élan de moquerie, les imposteurs. Non, vraiment, seul Eros peut venir à bout &#8211; temporairement &#8211; de Thanatos. Bien que la victoire de l&#8217;un sur l&#8217;autre ne fasse aucun doute, le meilleur moyen d&#8217;oublier l&#8217;issue fatale est de s&#8217;en remettre à l&#8217;Amour. Le passage de l&#8217;impuissance d&#8217;Encolpe, son incapacité soudaine à jouir des plaisirs du sexe &#8211; donc de la vie &#8211; est à ce titre édifiante. Personne ne comprend, ses compagnons sexuels réels et potentiels se rebiffent, lui tiennent rigueur de son incapacité à leurs fournir une satisfaction légitime.</p>
<p>Néanmoins, Eros n&#8217;est qu&#8217;un emplâtre sur une jambe en bois. Faute de mieux, il faut recourir à ses services, faire appel à son oubli rondement dispensé. Mais l&#8217;absurdité du résultat ne cesse d&#8217;être décriée tout le long du burlesque Satyricon, situations vaudevillesques à l&#8217;appui. Y a-t-il toutefois une autre voie, pour l&#8217;auteur de Satyricon ? Clairement non. La vie ne saurait être maîtrisée, car la mort elle-même ne peut l&#8217;être. D&#8217;où la seule solution, incomplète mais l&#8217;unique à disposition : <em>let&#8217;s fuck</em><sup><a href="http://www.ikiru.ch/blog/2010/le-satyricon-discours-deros-pour-parler-de-thanatos#footnote_1_713" id="identifier_1_713" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Derniers mots du Eyes wide shut de Kubrick">2</a></sup>.</p>
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_713" class="footnote">Attribué à un certain Pétrone (Petronus), l&#8217;identité de l&#8217;auteur du Satyricon fait l&#8217;objet d&#8217;un débat ouvert encore à ce jour.</li><li id="footnote_1_713" class="footnote">Derniers mots du <em>Eyes wide shut</em> de Kubrick</li></ol>]]></content:encoded>
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		<title>Poids des mots et mots pesants II &#8211; C&#8217;était pire que prévu</title>
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		<pubDate>Mon, 17 May 2010 08:54:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>jcv</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le précédent article Poids des mots et mots pesants : commentaire à « Risque zéro pour les voleurs? » du Temps a surpris plus d&#8217;une personne de mon entourage. Que dire de celui-ci ? Je reproduis la réponse tout en finesse de M. Miauton : Monsieur, Quand on veut tuer son chien, on dit qu&#8217;il [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le précédent article <a href="/blog/2010/poids-des-mots-et-mots-pesants-commentaire-a-risque-zero-pour-les-voleurs-du-temps">Poids des mots et mots pesants : commentaire à « Risque zéro pour les voleurs? » du Temps</a> a surpris plus d&#8217;une personne de mon entourage.</p>
<p>Que dire de celui-ci ? Je reproduis la réponse tout en finesse de M. Miauton :</p>
<blockquote><p>Monsieur,</p>
<p>Quand on veut tuer son chien, on dit qu&#8217;il a la rage&#8230; Mes mots que vous jugez blessants ne l&#8217;étaient guère en regard de la façon dont vos amis ont injurié la Suisse face à des médias complaisants. </p>
<p>Mais sachez que je suis moi-même née au Maghreb et que le mot &#8220;smala&#8221; évoque une famille, souvent grande et unie, et que le mot n&#8217;est pas péjoratif.<br />
N&#8217;avons-nous pas une émission de radio ainsi intitulée ? </p>
<p>Quant au mot transhumance, il est également souvent utilisé pour les humains et l&#8217;idée du bétail ne m&#8217;a pas effleurée. Auriez-vous l&#8217;esprit mal tourné?</p>
<p>Merci toutefois de votre lecture et de votre réaction. Tous les avis comptent.</p>
<p>Sincèrement.</p>
<p>Marie-Hélène Miauton</p></blockquote>
<p>Choqué par une réponse à l&#8217;entrée en matière si révoltante, je me suis empressé de fendre de ceci :</p>
<blockquote><p>
Madame Miauton,</p>
<p>Merci de m&#8217;avoir répondu. Même si le ton, les mots utilisés confirment que décidément, nous n&#8217;avons rien en commun. Au moins jouez-vous le jeu, et c&#8217;est rassurant.</p>
<p><span id="more-712"></span></p>
<p>Ce qui est moins rassurant, c&#8217;est qu&#8217;après les références bovines (transhumance), voilà arriver les &#8220;tuer son chien&#8221; et &#8220;rage&#8221; ? Pensez-vous qu&#8217;attribuer des métaphores animales à des êtres humains soit approprié ?<br />
Surtout qu&#8217;en l&#8217;affaire, nous parlons d&#8217;un&#8230; vol ? A la conclusion dramatique, mais un vol à l&#8217;origine. Votre passage sur la smala et vos origines maghrébines, juste après avoir ajouté une couche sur les &#8220;chiens&#8221;, c&#8217;est du grand art; sauf que l&#8217;on se demande si vous tenez un pinceau ou une enclume. En d&#8217;autres temps, on niait la nature humaine des juifs, des tsiganes, des Noirs pour faire accepter les atrocités commises à leur encontre. On mettait également en avant &#8220;l&#8217;animalité&#8221; des individus sur le point de passer à l&#8217;échafaud, pour rappeler, qu&#8217;après tout, l&#8217;acte qu&#8217;on s&#8217;apprêtait à commettre ne serait jamais reproduis sur le spectateur, qui lui, n&#8217;était pas un animal. Vos métaphores à répétition participent du même processus; extraire de l&#8217;humanité un être humain, Hannah Arendt l&#8217;a étudié bien avant votre chronique. Visiblement, vous ne l&#8217;avez pas lu, ou retenu la leçon.</p>
<p>Ce qui est tout aussi peu rassurant, c&#8217;est de constater l&#8217;univers manichéen dans lequel vous vous débattez. Non, je ne défendais pas mes &#8220;amis&#8221;, je ne connais aucune personne impliquée dans l&#8217;affaire. Vous demander de faire attention aux mots choisis, de justifier vos assertions dans une affaire où un jugement n&#8217;a pas été rendu, ne fait pas de moi un &#8220;ami&#8221; des personnes impliquées. Cela accrédite au moins mon hypothèse première (pas de preuves, que des &#8220;opinions&#8221; dignes d&#8217;un journal de boulevard), et me permet de découvrir que si l&#8217;on est pas &#8220;avec vous&#8221;, on est &#8220;contre vous&#8221;, sans discrimination aucune. Quand on sait les désastres provoqués par ce type de psychologie, je ne peux que déplorer de voir qu&#8217;on puisse persister à s&#8217;engager dans cette impasse.</p>
<p>Laissez-moi enfin conclure en vous disant que lorsque vous écrivez une telle chronique, avec des mots si méprisants et des assertions aussi gratuites, en niant le droit à l&#8217;humanité et à la présomption d&#8217;innocence, c&#8217;est la société dans son ensemble qui est touchée. Toute personne se sentant touchée par la mort d&#8217;un voleur n&#8217;est pas forcément ami de voleurs. Toute personne trouvant un avocat n&#8217;est pas forcément membre du &#8220;milieu&#8221;. Tout comme toute personne écrivant une chronique, fût-ce dans le Temps, n&#8217;a pas forcément quelque chose d&#8217;intéressant à dire. </p>
<p>Par contre, tout être humain fait partie de l&#8217;humanité de sa naissance à sa mort, avec les droits et les devoirs inhérents à l&#8217;appartenance de cette famille; aucun doute sur ce sujet n&#8217;est permis.</p>
<p>Nous ne nous mettrons pas d&#8217;accord, j&#8217;en ai conscience; mais ayez à l&#8217;esprit, lors de la lecture de mes mots vifs, que c&#8217;est en qualité de citoyen, suisse, acteur et bénéficiaire de cette société, que votre chronique (et votre réponse) m&#8217;a interloqué. Et que j&#8217;y réagis en mon nom propre, mais aussi au nom des valeurs qui composent cette société et dont vous semblez vous soucier comme&#8230; d&#8217;un vague animal.</p>
<p>Meilleures salutations.
</p></blockquote>
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		<title>Poids des mots et mots pesants : commentaire à &#8220;Risque zéro pour les voleurs?&#8221; du Temps</title>
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		<pubDate>Fri, 30 Apr 2010 09:32:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>jcv</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Un simple mot glissé dans une chronique, et voilà que tout s&#8217;effondre. Dans le Temps de ce jour, Marie-Hélène Miauton se fend d&#8217;une chronique au vitriol. La chronique, à dire vrai, commençait plutôt bien : remise en question (quelque peu gratuite, mais passons) de l&#8217;uniformité des médias, c&#8217;est toujours sain et ça de pris sur [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Un simple mot glissé dans une chronique, et voilà que tout s&#8217;effondre. Dans le Temps de ce jour, Marie-Hélène Miauton se fend d&#8217;une chronique au vitriol. La chronique, à dire vrai, commençait plutôt bien : remise en question (quelque peu gratuite, mais passons) de l&#8217;uniformité des médias, c&#8217;est toujours sain et ça de pris sur l&#8217;ennemi. Mais la conclusion, sortie de on ne sait où, éclaire sur sur l&#8217;origine de son questionnement. Et m&#8217;a poussé à lui demander des explications.</p>
<p>L&#8217;article, tout d&#8217;abord :</p>
<blockquote><p>
Cela fait bien longtemps que nous avons renoncé à administrer la mort aux malfaiteurs et aux assassins, ce qui est juste. Mais ce qui l’est moins, c’est que les médias aient les yeux doux pour un jeune voleur de voitures et la plume acerbe pour le gendarme qui lui a tiré dessus. Par Marie-Hélène Miauton</p>
<p>Le décès, sous les balles d’un gendarme, d’un jeune Français d’origine kurde, prévenu de vol de véhicule, ne satisfait personne. Cela fait bien longtemps que nous avons renoncé à administrer la mort aux malfaiteurs et aux assassins, notre société répugnant au principe «œil pour œil, dent pour dent» jugé à juste titre peu civilisé. Il est donc normal qu’une instruction ait lieu pour déterminer le pourquoi et le comment d’un acte qu’on ne saurait banaliser.</p>
<p>Ce qui est moins juste en revanche, c’est que les médias aient les yeux doux pour le voleur et la plume acerbe pour le gendarme. Cette attitude est irresponsable, même si elle intervient dans un monde où l’on veut nous faire croire que les méchants et les gentils ne sont jamais ce qu’ils semblent être, c’est-à-dire que les voleurs sont tous des Robin des Bois et les flics tous des ripoux. Trop facile! En outre, le risque zéro ne saurait exister ni chez les uns ni chez les autres mais, au choix, il serait normal de viser en priorité la survie du policier. Ce n’est malheureusement pas le cas.</p>
<p><span id="more-711"></span></p>
<p>Quels sont les ingrédients de cette histoire? Trois voitures volées, un conducteur qui fonce à toute allure dans un tunnel d’autoroute où un barrage a été placé, un gendarme qui se sent en danger en voyant arriver ce bolide, tire plusieurs fois pour arrêter la voiture, et tue son passager. Il semble avéré, malgré la description idyllique par sa famille d’un jeune au-dessus de tout soupçon («C’était un jeune homme parfait. Il ne buvait pas. Il ne fumait pas. Il avait obtenu un diplôme dans le bâtiment. Depuis une année, il était chef de chantier dans l’entreprise familiale.»), qu’il s’agissait au contraire d’un voyou déjà connu de la police et qui n’en était donc pas à ses premières frasques.</p>
<p>Son frère jumeau n’a-t-il pas été arrêté ensuite sous l’accusation d’actes délictueux, celui-là même qui s’était permis de déclarer à la presse suisse «Je n’attendais pas ça du pays des Droits de l’homme». Beau culot! Les parents ont d’ailleurs renchéri sur ces accusations indécentes en affirmant «Notre fils a été exécuté.»</p>
<p>Mais posons-nous la question de savoir comment les proches du défunt ont pu faire le déplacement en Suisse à 70 personnes! Même en connaissant la taille des smalas orientales, cette transhumance a évidemment été orchestrée et sans doute payée. Par qui? Et dans quel but? Y aurait-il une signification politique là derrière, ce que ne saurait contredire le choix de l’avocat de la famille,<br />
Me Dolivo, bien connu pour ses attaches à l’extrême de la gauche. Sachant que la règle veut, chez nous, qu’un avocat n’interpelle pas ses clients potentiels (selon l’étymologie de ce nom venant du verbe latin advocare: appeler à soi, convoquer), comment ces Français, ignorant tout du canton de Vaud, ont-ils bien pu le dénicher? Sur la base de quels bons conseils? Voilà des questions passionnantes sur la façon dont s’organise la récupération d’une cause, voire son instrumentalisation, qui devrait alerter maints journalistes d’investigation. Où sont-ils donc?
</p></blockquote>
<p>Et voici mon email à l&#8217;auteur :</p>
<blockquote><p>
Madame Miauton,</p>
<p>C&#8217;est avec intérêt que j&#8217;ai lu la première partie de votre chronique dans le &#8220;Temps&#8221; de ce jour. Mais c&#8217;est avec étonnement que j&#8217;en poursuivi la lecture. J&#8217;hésite entre la maladresse et la xénophobie, mais à défaut de contradiction, un faisceau de preuves semble indiquer qu&#8217;il s&#8217;agit de xénophobie; saurez-vous me faire revoir mon jugement ?</p>
<p>En effet, il est tout à votre honneur de chercher à rappeler que derrière la terrible conclusion qui a vu un homme trouver la mort pour un vol de voiture, il y a un policier qui a peut-être cherché à faire son métier. Que si l&#8217;empathie veut qu&#8217;on se focalise sur la victime, on ne se demande pas toujours si les actes de cette dernière ne sont pas aussi à déposer dans la balance.<br />
<!--more--><br />
Toutefois, laissez-moi vous faire part de mon étonnement. Car si vous reprochez un certain goût pour la victimisation dans les médias (constat qui mériterait, pour dépasser les lieux communs, une véritable recherche argumentée), un parti pris sur lequel se construiraient les articles journalistiques, les mots que vous utilisez dans votre chronique me semblent refléter votre propre parti pris, qui &#8211; mais j&#8217;espère me tromper &#8211; est nettement moins sympathique. Car la clé de lecture de votre article se trouve bien dans sa conclusion : &#8220;transhumance&#8221;. Un terme qui dans un pays qui connaît bien le déplacement de troupeaux de bétail, frappe l&#8217;imaginaire plus fortement encore. Et votre analogie, souverainement sélectionnée pour sa force dévastatrice et gratuitement insultante, ne saurait refléter autre chose qu&#8217;un parti pris xénophobe. Ainsi, &#8220;smala&#8221;, terme qui dans un autre contexte aurait pu se révéler familier, finit d&#8217;éclairer votre pensée : votre parti pris à vous est xénophobe &#8211; et plutôt dirigé vers l&#8217;Orient. Aurait-il été autre chose que Kurde, j&#8217;aurais osé le terme islamophobe, mais vous êtes plus généreuse que cela, dirait-on.</p>
<p>En somme, et sans vouloir faire l&#8217;exégèse de votre article, si vous attaquez les a priori victimaires de certains médias, peut-être serait-il salutaire de vous en prendre à vos propres a priori. Comparer des familles kurdes à du bétail n&#8217;est pas d&#8217;une adresse et d&#8217;une pertinence à toute épreuve; des a priori tout ce qu&#8217;il y a de plus nauséabonds. Surtout lorsque sur la lancée, vous posez des &#8220;questions&#8221;, dont le seul objectif n&#8217;est pas la recherche de réponses, mais bien d&#8217;étayer votre position : coupable jusqu&#8217;à preuve du contraire, ce bétail qui reçoit sa famille nombreuse. Coupable jusqu&#8217;à preuve du contraire, ce bétail qui fait appel à un avocat (?). </p>
<p>Un journaliste ne présente-t-il pas le résultat de ses enquêtes ? Pourquoi vous sentez-vous légitimée à poser des questions, sur lesquelles vous n&#8217;avez rien à présenter ? Parce qu&#8217;en lançant ces &#8220;questions&#8221;, vous alimentez la paranoïa de vos lecteurs, pathologie aidant ces derniers à être plus réceptifs à la &#8220;transhumance&#8221; de ces étrangers, qui, contrairement aux Suisses, vivent en familles nombreuses. Pas très Suisse, tout ça, heureusement, le mot &#8220;transhumance&#8221; est là pour nous rappeler qu&#8217;ils ne sont pas tout à fait des êtres humains. </p>
<p>Que de raccourcis et de mots blessants ! Pour le moins étonnant, pour quelqu&#8217;un qui souhaite s&#8217;en prendre à ceux-là même qui condamnent un policier sans en connaître les circonstances exactes.</p>
<p>Sincèrement,
</p></blockquote>
<p>J&#8217;accuse encore le coup. Bien sûr, il s&#8217;agissait d&#8217;une chronique, mais peut-on tout s&#8217;y permettre ?</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Cygnis, le danger du 25 mars 2010 &#8211; NE LISEZ PAS CE QUI SUIT !</title>
		<link>http://www.ikiru.ch/blog/2010/cygnis</link>
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		<pubDate>Mon, 22 Mar 2010 19:26:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>jcv</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les histoires de malédictions et de fin du monde vous font rire aux éclats ? Moi aussi. Mais autrefois. Jadis, j&#8217;étais comme vous : déceler le signe de la fin des temps dans des chiffres, dans des malformations infantiles me fendait le visage d&#8217;un sourire invraisemblable. Plus maintenant. Peut-être qu&#8217;une telle histoire va paraître chimérique [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les histoires de malédictions et de fin du monde vous font rire aux éclats ? Moi aussi. Mais autrefois. Jadis, j&#8217;étais comme vous : déceler le signe de la fin des temps dans des chiffres, dans des malformations infantiles me fendait le visage d&#8217;un sourire invraisemblable. Plus maintenant.</p>
<p>Peut-être qu&#8217;une telle histoire va paraître chimérique à certains d&#8217;entre vous. Dans mon cas, c&#8217;est d&#8217;ailleurs avec peine qu&#8217;elle a pu déchirer le voile quotidien de rationalité dont je me drape. Et pourtant. Rien qu&#8217;à relire mes notes et les témoignages que j&#8217;ai pu recueillir, seul un fou les remettrait en cause. Je ne suis peut-être moi-même plus très loin de l&#8217;asile, à force de recherches et documentation. Mes doutes faiblissent en proportion inverse à l&#8217;augmentation de mon insanité; je sais, je sais, mais le monde se trouble, ma pensée s&#8217;égare, mes neurones se noircissent de tout ce savoir.</p>
<p>Mais aucune mise en garde ne saura vous faire vaciller, n&#8217;est-ce pas ? Vous n&#8217;avez peur de rien, c&#8217;est ça ? Des histoires du genre, vous les collectionnez et les rangez toutes dans le même tiroir ? Pour vous convaincre que cette histoire est spéciale, et que lire &#8220;Cygnis&#8221;, un ouvrage qui est sur le point de me réduire à l&#8217;état de mort-vivant, il va pourtant bien falloir me lire. Une fois lue, cette histoire fera parti de vous comme un gant confortable qui une fois mis s&#8217;ajustera si bien à vos doigts qu&#8217;il sera impossible de le retirer. Vous atteindrez un niveau de compréhension, une étape dans la connaissance du monde qui vous permettra de lire &#8220;Cygnis&#8221;; dans la foulée, l&#8217;obscurité s&#8217;éclaircira, les ténèbres auront une odeur, les mouvements du ciel vous paraîtront suspects. C&#8217;est votre dernière chance; vous riez ? Qu&#8217;il en soit ainsi.</p>
<p>Depuis plusieurs mois est prévue la sortie d&#8217;un ouvrage mystérieux, première publication d&#8217;un non moins mystérieux auteur : <strong>Cygnis</strong>, écrit par <strong>Vincent Gessler</strong>. Un nom qui immédiatement attira mon attention, comme pour tout Suisse qui se respecte. Guillaume Tell, héros de légende de mon petit pays, fut amené à tirer une flèche sur une pomme posée sur la tête de son fils parce qu&#8217;il n&#8217;avait pas salué le bailli autrichien Hermann Gessler. Le premier finit par tirer vengeance du second, l&#8217;assassinant d&#8217;un carreau d&#8217;arbalète envoyé en plein coeur. Ce que l&#8217;histoire officielle n&#8217;enseigne pas, c&#8217;est les circonstances entourant la mort de Gessler.<br />
<span id="more-706"></span><br />
En qualité de chercheur en histoire médiévale, il m&#8217;arrive d&#8217;entrer en possession de documents inconnus du grand public. J&#8217;ai l&#8217;habitude de parcourir des parchemins, des écrits aussi rébarbatifs que la comptabilité de villages valaisans au XIIe siècle. Des lectures enchaînées de pages et de pages calligraphiées en latin ou en ancien français, rien de très sexy là-dedans. Il y a peu de surprises dans mon métier, seulement des ajustements, des précisions, une netteté plus prononcée apportée au déjà exploré. Je suis un technicien, pas un inventeur. J&#8217;applique des techniques éprouvées, j&#8217;utilise des règle inventées par d&#8217;autres. Sauf dans le cas d&#8217;Hermann Gessler, ce qui m&#8217;a valu l&#8217;ire &#8211; le mépris &#8211; de la communauté scientifique, qui m&#8217;a banni, ostracisé à l&#8217;unanimité. C&#8217;est également, accessoirement, la raison pour laquelle mon nom ne vous fera que légèrement lever les sourcils, dans un intérêt à peine poli. Gessler, c&#8217;est ma chute. Gessler, c&#8217;est un feu brûlant qui m&#8217;attire moi, le papillon inconscient. Il m&#8217;a flambé, incendié, grillé. Etais-je un Icare ? Le 25 mars, entre grandeur et insignifiance, fou ou visionnaire, le sort tranchera.</p>
<p>Car Herman Gessler a trépassé un 25 mars. Date anodine ? Certainement pas. Si l&#8217;on se penche plus attentivement sur celle-ci, on constate que l&#8217;addition des deux chiffres (25 + 3) nous donne un total de 28. Et qu&#8217;est-ce que 28, si ce n&#8217;est le nombre de jours d&#8217;un mois de février, lors d&#8217;une année non bissextile ? Cette découverte m&#8217;a permis d&#8217;orienter mes recherches. Une fois que j&#8217;ai su où chercher, soit dans des évènements qui ne se produiraient pas les années bissextiles, la réalité s&#8217;est imposée à moi. Le 25 mars des années non bissextiles, des évènements étranges se produisaient. Le 25 mars 2010, année non bissextile, Cygnis, ouvrage écrit par un &#8220;Gessler&#8221;, sortira. Rien ne sera plus comme avant.</p>
<p>L&#8217;histoire nous enseigne ainsi que c&#8217;est un 25 mars que Kenneth III, roi d&#8217;Écosse, et que son fils furent assassinés. Ce dernier se prénommait &#8220;Gessleric&#8221;, et avait des &#8220;talents de poète&#8221;, selon les moines de l&#8217;époque, qui faisaient &#8220;chavirer jusqu&#8217;à mener à Hadès&#8221; ses compagnes.</p>
<p>C&#8217;est un 25 mars aussi que l&#8217;armée du roi de France, Louis XII, intervient à Gênes pour rétablir l&#8217;ordre. La troupe chargée de mettre fin aux troubles est menée par un certain &#8220;Gesslerino&#8221;, qui fera avorter les velléités indépendantistes dans l&#8217;oeuf, laissant sur son passage des dizaines de morts. En sus de cette fidélité dont les populations italiennes firent souvent les frais, il laissa derrière lui une quantité faramineuse de manuscrits, dont certains auraient servis de base à Machiavel.</p>
<p>C&#8217;est un 25 mars encore qu&#8217;est fondée la Compagnie des Indes orientales &#8211; qui résulte de la fusion de huit compagnies commerciales néerlandaises -, une corporation dans la violence qu&#8217;elle répandra sur son passage en Asie n&#8217;égale que les bénéfices faramineux qu&#8217;elle encaissera. Le patron de la compagnie ? &#8220;Van Geessler&#8221;. Il aura écrit des ouvrages sans nombre sur la façon de mener une expédition coloniale. Quelques soient les coûts.</p>
<p>À New York, USA, un incendie à l’usine de Triangle Shirtwaist Company &#8211; qui sous couvert de fabriquer des blouses produisait du matériel de taxidermiste &#8211; tue 146 personnes un certain 25 mars. Le mafieux soupçonné d&#8217;avoir tenté de briser une grève, &#8220;Gesslerola&#8221;, sera retrouvé à l&#8217;âge de plus de 94 ans, mort sur une pile de taies d&#8217;oreillers de collection &#8211; et entouré de chats empaillés aux positions dérangeantes. Il aura profité de sa contrebande jusqu&#8217;au bout, sans jamais avoir été inquiété durant toute sa longue existence. Gesslerola est connu dans le &#8220;milieu&#8221; pour avoir, le premier, établi et consolidé le parallèle entre la mafia et l&#8217;armée romaine.</p>
<p>C&#8217;est un 25 mars toujours qu&#8217;un psychiatre déclare après 3 jours de spectacle, que &#8220;le Rock and Roll est une maladie contagieuse causant l&#8217;insécurité des jeunes adolescents et incitant les plus vieux à faire des gestes bizarres. C&#8217;est une musique tribale relevant du cannibalisme&#8221;. Ce spectacle, dont les organisateurs avait pour nom &#8220;Gessler&#8221;, a produit toute cette musique &#8220;jeune&#8221; à l&#8217;origine de suicides à répétition, et qui surtout a fini par donner la musique &#8220;pop&#8221;. On a retrouvé, bien des années plus tard, des partitions musicales qui, jouées à l&#8217;envers, ôtent toute raison aux auditeurs. Des signes bizarres, comme des étoiles à 8 branches, mais aussi des &#8220;G&#8221;, ont été griffonnés sur les tablatures.</p>
<p>C&#8217;est un 25 mars enfin que le roi Fayçal d&#8217;Arabie saoudite est assassiné à Riyad. L&#8217;un de ses plus proches conseillers, &#8220;Ben Gessler&#8221;, n&#8217;a jamais été retrouvé. La justification divine de la plus puissante pétromonarchie, ainsi que l&#8217;interdiction de la femme de conduire devaient leur naissance à ce conseiller disparu.</p>
<p>Ces dates, ces tragédies, vous pouvez les trouver très facilement. Vérifiez mes assertions. Je n&#8217;invente rien. Les noms des responsables, construits tous d&#8217;après un nom-mère &#8220;Gessler&#8221; méritent un peu plus de recherche, soit. En qualité de scientifique, acquis à la rationalité la plus haute, je vous encourage à vous documenter, et chercher à corroborer mes dires. Toutes ces dates sont des faits, tous ces évènements se sont produits. Les noms seront peut-être difficiles à trouver, et nécessiteront un investissement en temps plus conséquent, mais croyez-moi, je n&#8217;ai pas perdu l&#8217;esprit.</p>
<p>C&#8217;est terrifiant, j&#8217;en suis conscient. Mais la démonstration est implacable, elle ne respire aucune autre option. Je suis un scientifique, je l&#8217;ai dit. Et à ce titre, ce qui compte le plus ce sont les données, et non mes interprétations personnelles. Je suis ainsi athée; mais qu&#8217;est-ce qu&#8217;à l&#8217;athéisme à répondre à cela ? Ne faudrait-il pas chercher les réponses vers l&#8217;art parapsychologique, la religion, l&#8217;immatériel et l&#8217;incalculable ? Les angles non-euclidiens ne sont pas très loin, je le réalise maintenant. Miskatonic me tend les bras : y aurait-il une puissance malfaisante, condamnant tous les 25 mars d&#8217;années non bissextiles l&#8217;humanité à sombrer ? Une fois ce stade de conscience atteint, j&#8217;ai décidé d&#8217;alerter mon réseau de journalistes, de théologiens, de politiciens, de scientifiques; on m&#8217;a rit au nez. On m&#8217;a lu et immédiatement oublié. On m&#8217;a écouté, coupé la parole, et demandé de m&#8217;éclipser. On m&#8217;a refusé l&#8217;accès aux publications, aux journaux. Sans justification, cela va de soit. La population reste condamnée à l&#8217;ignorance, la vérité tuerait peut-être plus. Mais ne vaut-il pas mieux mourir de trop de vérité, que survivre grâce au mensonge ? Vous êtes de toute façon allé trop loin maintenant pour reprendre une vie basée sur des boniments. Vous faites partie de mes alliés. A moins de disparaître, comme d&#8217;autres de mon entourage proche. Car tel un poisson perdu en eau profonde, j&#8217;ai suivi la frêle lumière qui se dirigeait vers moi, naïf du sort qui m&#8217;attendait. La baudroie abyssale m&#8217;attirait de son appendice bio-luminescent et elle n&#8217;a fait qu&#8217;une bouchée de moi. Ce qui vous attend à votre tour.</p>
<p>Ma réputation brisée, je n&#8217;avais plus rien à perdre. Ma volonté de sauver s&#8217;est alors muée en besoin de comprendre. J&#8217;ai poursuivi mes recherches, enquêtant dans des contrées reculées et inhospitalières, tout comme dans des centres urbains modernes. J&#8217;ai rencontré ce que j&#8217;ai d&#8217;abord tenu pour des affabulateurs, héritiers d&#8217;un vocabulaire d&#8217;une époque où l&#8217;on faisait chauffer le bûcher pour de telles histoires. Avant d&#8217;avoir les poils se dresser sous l&#8217;effet d&#8217;une peur électrique, entrant dans un univers aux règles imprévisibles.</p>
<p>Constance Maugrid est une femme tout ce qu&#8217;il y a de respectable. J&#8217;en ai fait la connaissance sous un acacias, un soir dans les Pyrénées. Passionnée, elle avait coutume de se rendre chaque année à Nantes, une ville du nord-ouest de la France. Pourquoi cette précision ? Au détour d&#8217;une conversation sur ses malheurs, elle m&#8217;avoua avoir fait la connaissance de Vincent Gessler, homme au sourire enjôleur et à la démarche aguichante &#8211; selon ses propres mots. Un écrivain très apprécié dans le festival qu&#8217;elle fréquentait, et dont on s&#8217;arrachait les livres tels des poissons frais au marché. Pressée par mes suppliques insistantes de s&#8217;ouvrir sur cette rencontre &#8211; mon sang n&#8217;avait fait qu&#8217;un tour lorsqu&#8217;elle avait prononcé ce nom &#8211; elle m&#8217;expliqua combien elle abhorrait cet homme. Que par sa faute, sa vie s&#8217;était muée en un territoire stérile. Plus rien ne pousserait, dorénavant.</p>
<p>Comment Constance était parvenue à cette conclusion ? Un 25 mars, quelques jours avant d&#8217;accoucher, elle s&#8217;était mise à lire &#8220;Fractal&#8221;. Gracieusement offert par Gessler, il s&#8217;agissait d&#8217;une nouvelle ayant fait grand bruit à différents festivals. Sortant de l&#8217;ordinaire, une réputation sulfureuse la précédait : il n&#8217;existait pas deux personnes ayant la même compréhension de sa fin. Phénomène banal, je me suis quelque peu distancié; après tout, quoi de plus normal que d&#8217;avoir des interprétations divergentes d&#8217;une même histoire. C&#8217;est le propre de l&#8217;expression artistique : elle n&#8217;existe pas sans réceptacle interprétatif &#8211; le spectateur, le lecteur -, et parce qu&#8217;il n&#8217;existe pas deux réceptacles identiques, il n&#8217;existe pas deux expressions identiques. Telle étaient mes pensées en ce froid mois d&#8217;hiver dans les montagnes françaises, n&#8217;écoutant que d&#8217;une oreille un récit somme toute banal de la misère humaine. Mon hôte se perdait en conjectures, en trivialités, en tout ce qui d&#8217;habitude, rend plus humain.</p>
<p>Mes deux oreilles reprirent de l&#8217;activité lorsque Constance en arriva à la partie sur sa lecture du 25 mars. C&#8217;était LA partie d&#8217;intérêt. L&#8217;instant où elle se mit à évoquer une prophétie. L&#8217;instant où, transperçant son rideau de larmes, elle m&#8217;expliqua les circonstances étranges qui avaient entouré la naissance de son enfant, Patrick William Adama (j&#8217;imaginai en un éclair de moquerie ce que serait plus tard son acronyme indéfendable à l&#8217;école). Après avoir lu &#8220;Fractal&#8221;, la nuit du 25 mars, elle n&#8217;avait pu fermer l&#8217;oeil de la nuit. Comme dans un mauvais rêve, elle avait vu son enfant à naître lui parler d&#8217;une bouche vieillie avant l&#8217;âge, des yeux globuleux scrutant le fond de son âme, habillé d&#8217;un corps ratatiné et odorant la pourriture, lui dire d&#8217;une voix sans timbre :<br />
&#8220;Les tremblements de terre approchent. La folie consumériste se répand comme la maladie, une syphilis qui rongerait le cerveau. On verra mes légions jouer avec des jeux électroniques infantiles, prêcher la science et se moquer de l&#8217;amour déraisonnable. On me croyait chaud, mais c&#8217;est une froide rationalité que je déverserai sur l&#8217;arrogance humaine. La mère couchera avec son fils, les actrices porno seront chefs d&#8217;Etat, le pacifisme sera l&#8217;exception.&#8221;<br />
A son réveil, Constance avait la nausée, un douleur cadençait son ventre comme des arcs électriques. Elle se rendit immédiatement chez son obstétricien, pour s&#8217;entendre rapporter un diagnostique mortifère : les poumons de son enfant avaient commencé à s&#8217;atrophier, une étrange branchie s&#8217;appropriait un espace corporel qui n&#8217;était pas le sien. Ses pieds étaient gelés, du liquide céphalo-rachidien suintait de ses oreilles. Elle fit le seul choix à faire dans ce cas, et renonça à être mère &#8211; définitivement.</p>
<p>Constance ne fut pas la seule à déstabiliser mon monde de croyances. Iduyan Jiyarin, de Rinchinlhümbe (un village au nord-ouest d&#8217;Ulan Bator), me raconta dans une yourte de banlieue comment sa lecture un 25 mars des &#8220;risques du métier&#8221;, du même Vincent Gessler, s&#8217;était soldée par la mort de tous ses chevaux le soir-même. Dans des conditions abominables : ses quadrupèdes hongrois, de race Akhal-Téké, avaient eu les intestins dévorés de l&#8217;intérieur, les côtes avaient été arrachées et plantées dans les poumons comme s&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;apéricubes à prendre avec des cure-dents. Des bactéries jamais identifiées jusque-là furent trouvées au sein des villageois des environs, avec une densité si élevée qu&#8217;elle rappelle la bouche d&#8217;un dragon du Komodo. Que dire encore de Kenai Clarion, habitante de Soldotna, qui un 25 mars d&#8217;une année non bissextile lu &#8220;Au bord de l&#8217;abyme&#8221; ? Une personne sur deux fut brûlée. Au troisième degré. Son chat préféré, Gally, fut retrouvé carbonisé. Dans un petit village d&#8217;Alaska, où la température à cette période de l&#8217;année ne dépasse jamais &#8211; même en journée &#8211; le zéro degré. </p>
<p>Combien d&#8217;exemple de ce genre pourrais-je cumuler ? Autant que mes finances personnelles me permettraient d&#8217;investir dans de telles recherches, semble-t-il. Sans le sous aujourd&#8217;hui, méprisé par mes confrères, Gessler et son ascendance m&#8217;ont tout pris. Même si cela semble bien peu au regard de ce que cette famille maudite a déjà pris à l&#8217;humanité. Il existe une relation indéniable entre la faconde écrite de la lignée Gessler et des malheurs en cascade; persiste-t-il encore un doute ? Certes non. C&#8217;est à se demander si l&#8217;origine des catastrophes bibliques n&#8217;est pas à rechercher dans la généalogie Gessler&#8230;</p>
<p>Le 25 mars 2010 est une année non bissextile. A cette date, &#8220;Cygnis&#8221;, un ouvrage de Vincent Gessler, sera mis en vente dans les bacs de toutes les librairies d&#8217;Europe. Parfois même en tête de gondole.<br />
J&#8217;ai pu constater les drames de masses provoqués par la lecture de quelques pages, et par quelques individus isolés seulement. Le 25 mars prochain, c&#8217;est un roman entier qui risque d&#8217;être lu par des milliers de personnes potentielles. Combien de victimes probables ? Combien de naissances mal-formées, de combustions spontanées ou de plaies microbiennes vont résulter de la date fatidique ?</p>
<p>Vous savez tout. Evitez à vos amis d&#8217;acheter ce bouquin, je vous en supplie. Ou alors, acheter tous les exemplaires, et brûlez-les. Vous ne pouvez rester passif. Avec votre savoir, vient une grande responsabilité dorénavant. Jetez, déchirez Cygnis. Je vous en supplie !</p>
<div class="edit">
NB suite à l&#8217;avalanche d&#8217;emails, de téléphones et questions par tous les moyens de communications possibles : ce message n&#8217;EST PAS l&#8217;oeuvre de Vincent Gessler. Comment cela se pourrait-il ? Ce dernier ne souhaite que voir son livre lu, en bon démon&#8230;
</div>
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		<title>L&#8217;anti-sionisme : lorsque l&#8217;ennemi, c&#8217;est soi-même</title>
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		<pubDate>Fri, 19 Feb 2010 11:51:21 +0000</pubDate>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Quel bonheur que de pouvoir rencontrer des juifs des 4 coins de la planète, à l&#8217;origine de divers mouvements anti-sionistes. Des juifs qui ne défendent pas la politique d&#8217;Israël, dans des fonctions de pouvoir, c&#8217;est peu courant. Voilà de quoi débattre, dépasser les clichés, aller au fond des choses. Refuser l&#8217;instrumentalisation de la Shoah telle que pratiquée par le gouvernement israélien, qui en use et abuse, et se l&#8217;entendre dire par un survivant des camps de la mort. Il y a pire, comme programme, que celui offert en ce jeudi : &#8220;<strong>Génocide, mémoire de génocide et racisme aujourd’hui</strong>&#8220;, avec pour intervenants : Dr. Claire Auzias, docteur en histoire contemporaine; Karl Grünberg, secrétaire général d&#8217;ACOR SOS Racisme; le Dr. Haidar Eid réfugié palestinien, membre du comité directeur de la Campagne Palestinienne pour le Boycott Académique et Culturel d’Israël (PACBI); le Dr. Hajo Meyer, qui en 1944, après une année dans la résistance contre les Nazis, fut arrêté et passa dix mois dans le camp d&#8217;Auschwitz; ce dernier représentait notamment le <a href="http://www.ijsn.net/neveragain">Réseau international juif anti-sionisiste</a>. Des intellectuels et des personnes engagées, qui connaissent la réalité du terrain.</p>
<p>Et pourtant. Quelle ne fût pas ma surprise d&#8217;être pris pour un juif, en raison de mon refus de la doxa décrétée du soir &#8211; Israël reproduit à son tour ce que le IIIe Reich fit subir aux juifs &#8211; tirer à vue sur l&#8217;Etat d&#8217;Israël. Israël, c&#8217;est le mal sioniste. Le sionisme serait l&#8217;opposé du judaïsme, ce dernier prônant des valeurs d&#8217;humanisme, d&#8217;universalisme et tant de bonnes choses. Le sionisme, tout au contraire, fait l&#8217;apologie de la haine, du nationalisme, du colonialisme. Toute une foule convaincue de la justesse de cette thèse opine du chef 2 heures durant, acquise à l&#8217;idée que Israël n&#8217;est rien d&#8217;autre que le prolongement historique du régime nazi. Que la politique actuelle ressemble à s&#8217;y méprendre à l&#8217;Allemagne des années 30. La foule est aux anges, atteint le paroxysme de son plaisir, on la brosse dans le sens qu&#8217;elle aime. Sans retenue.</p>
<p>C&#8217;est donc bien naturellement qu&#8217;il fallait remettre la synagogue au milieu du kibboutz. Inconscient du danger, je m&#8217;en suis même pris sans état d&#8217;âme au survivant, un vrai, un pur, qui n&#8217;est jamais sorti primé d&#8217;une émission de télé-réalité mais d&#8217;Auschwitz. Est-ce qu&#8217;avoir été à Auschwitz donne une supériorité morale ? Certes non. Est-ce que le fait d&#8217;être un goy m&#8217;interdit de m&#8217;interroger sur la légitimité de l&#8217;anti-sionisme ? Encore moins. Et pourtant, la foule est refroidie, les intervenants offusqués, mon intervention m&#8217;a valu une sèche réprimande : ce n&#8217;était pas le lieu pour réfléchir, mais celui pour acquiescer.<br />
<span id="more-707"></span><br />
Car il me semble que si l&#8217;on souhaite s&#8217;en prendre à l&#8217;instrumentalisation nauséabonde de la Shoah, telle que pratiquée par Israël lui-même, cela a pour corolaire impératif le refus de tout lien simpliste entre la Shoah et les exactions illégales de l&#8217;Etat hébreux. La Deuxième Guerre Mondiale avait son propre contexte, et devoir expliquer cela à un juif, intellectuel, et rescapé d&#8217;Auschwitz est, avec le recul, étouffant. </p>
<p>Personne n&#8217;a vraiment compris la raison de mon intervention. La foule était venue pour voir couler le sang du sioniste, qu&#8217;il soit juif ou non. J&#8217;ai un peu gâché le plaisir, retiré un pan du voile qui cachait l&#8217;objet de la source du plaisir. Résultat, j&#8217;ai été pris pour un juif à la solde d&#8217;Israël par un survivant d&#8217;Auschwitz, et également par un ancien résistant français. Je respecte leur douleur passée, je respecte leur engagement présent et la cause qu&#8217;ils défendent. Mais je hais leurs moyens : ils refusent toute interrogation à contre-courant, toute nouveauté dans leur univers manichéen peuplé de bons et de méchants. J&#8217;ai été catégorisé, rangé dans le tiroir de ces derniers : ils m&#8217;ont alors refusé le respect. Au final, leurs moyens, finances mises à part, ne puisent-ils pas aux mêmes sources de peur et de facilité que leurs ennemis ? La haine d&#8217;Israël est profonde dans l&#8217;opinion publique européenne; n&#8217;y a-t-il pas là un questionnement à avoir, peut-on sereinement accepter l&#8217;anti-sémitisme latent en Europe, qui s&#8217;exprime de manière tellement débridée depuis une vingtaine d&#8217;année ? Les démons européens sont toujours présents, et si de l&#8217;histoire européenne on doit tirer un enseignement, c&#8217;est que jouer avec le feu brûle toujours. Afficher son soutient au peuple palestinien, qui y trouverait quelque chose à redire ? Mais est-ce que pour cela doit-on accepter la réécriture de la Shoah, et mener un combat avec les mêmes armes que ses ennemis, usant des mêmes symboles surannés ?</p>
<p>La liberté, ce n&#8217;est pas seulement celle de se mouvoir. C&#8217;est aussi celle d&#8217;être libre de dogme, libre de besoin de catégoriser/simplifier l&#8217;autre, libre de devoir ridiculiser un contradicteur parce que celui-ci n&#8217;est pas de votre avis. L&#8217;intolérance n&#8217;est pas fruit d&#8217;un manque d&#8217;éducation ou de la pauvreté : elle s&#8217;exprime parce que les individus ne sont pas libres. Ils n&#8217;ont pas appris à aimer ce qu&#8217;ils sont, et à accepter les idées librement exposées par autrui. La tolérance ainsi ne surgit pas ex nihilo, elle découle naturellement de la liberté de penser. C&#8217;est le manque de liberté de pensée qui amène l&#8217;autoritarisme, et pas l&#8217;inverse; c&#8217;est le peuple, à tendance libertophobe, qui appelle de ses voeux les liberticides. Comment expliquer à un survivant d&#8217;Auschwitz qu&#8217;il est toujours dans une prison mentale ? Peine perdue, la foule ne fit qu&#8217;une bouchée de mon appel à l&#8217;air. Condamné dès ses premiers mots qui n&#8217;étaient pas une congratulation toute convenue, le traître juif à la solde d&#8217;Israël s&#8217;enfuit, rêvant à des &#8220;débats&#8221; plus apaisés.</p>
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		<title>Sunshine</title>
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		<pubDate>Fri, 05 Feb 2010 14:12:54 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Dany Boyle auteur inconstant, réalisateur erratique, ça ne fait aucun doute. Que les mêmes mains soient capables de mouler à la fois the Beach et 28 days later, c&#8217;est au mieux surprenant. Mais en se penchant avec plus d&#8217;attention ces réalisations, on retrouve un même membrane commune : un certain mysticisme, des questionnements riches prenant [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dany Boyle auteur inconstant, réalisateur erratique, ça ne fait aucun doute. Que les mêmes mains soient capables de mouler à la fois <span class="link-imdb"><a class="highslide" onclick="return hs.htmlExpand(this, { objectType: 'iframe', width: 540, objectWidth: 540, objectHeight: 350, headingEval: 'this.a.innerHTML', headingText: 'The+Beach', wrapperClassName: 'titlebar', src: 'http://www.ikiru.ch/blog/wp-content/plugins/imdb-link-transformer/inc/popup.php?film=the+Beach' } );" href="#" title="open a new window with IMDb informations">the Beach</a></span> et <span class="link-imdb"><a class="highslide" onclick="return hs.htmlExpand(this, { objectType: 'iframe', width: 540, objectWidth: 540, objectHeight: 350, headingEval: 'this.a.innerHTML', headingText: '28+days+later', wrapperClassName: 'titlebar', src: 'http://www.ikiru.ch/blog/wp-content/plugins/imdb-link-transformer/inc/popup.php?film=28+days+later' } );" href="#" title="open a new window with IMDb informations">28 days later</a></span>, c&#8217;est au mieux surprenant. Mais en se penchant avec plus d&#8217;attention ces réalisations, on retrouve un même membrane commune : un certain mysticisme, des questionnements riches prenant hauteur et intelligence, bien que parfois noyés dans un fatras de scènes d&#8217;action illisibles. Au demeurant belles, ces scènes, mais qui desservent le propos. Et Sunshine, malgré tout l&#8217;intérêt que peut revêtir le sujet, à la croisé de film de monstre spatial et de mystique spatiale, n&#8217;échappe pas au piège : on se perd dans les détails. Par manque d&#8217;ambition et de concentration, Boyle se disperse et s&#8217;éparpille : on aurait pu avoir un film majeur, brûlant de philosophie, la matière explosive était là. Si au final le film reste jouissif, on ne peut s&#8217;empêcher d&#8217;être déçu en imaginant ce qu&#8217;on aurait pu vivre si Boyle était Soderbergh ou&#8230; Kubrick.</p>
<p>Mystique et contemplatif comme Solaris, froid et rationnel comme 2001, les sources d&#8217;inspiration auraient pu être plus mal choisies. Et le thème ambitieux : le Soleil se meurt, on envoie donc une gigantesque bombe pour lui fournir un nouveau carburant. C&#8217;est l&#8217;ICARE I qui, mystérieusement, ne finit pas sa mission. L&#8217;ICARE II est envoyé, espérant réussir là où la première mission a échouée. Après quelques péripéties et rencontre inopinée, ils parviendront à leur fin &#8211; après leur trépas à tous.</p>
<p>Les scientifiques de l&#8217;ICARE II donnent toute latitude à l&#8217;imaginaire du spectateur : adoration mystique du Soleil, source de vie &#8211; et de mort. Searle (Cliff Curtis, le Captain Ariel de <span class="link-imdb"><a class="highslide" onclick="return hs.htmlExpand(this, { objectType: 'iframe', width: 540, objectWidth: 540, objectHeight: 350, headingEval: 'this.a.innerHTML', headingText: 'The+Fountain', wrapperClassName: 'titlebar', src: 'http://www.ikiru.ch/blog/wp-content/plugins/imdb-link-transformer/inc/popup.php?film=The+Fountain' } );" href="#" title="open a new window with IMDb informations">The Fountain</a></span>), le psy de l&#8217;expédition, voue ainsi un culte solaire en multipliant ses séances de solarium : hypnotisé par l&#8217;astre sur le déclin, il augmente progressivement les doses de photons dans la salle d&#8217;observation. Il en loue la vie, demande à ses collègues si eux aussi voient &#8220;des choses&#8221;; acte ultime de vénération, il fera le sacrifice de son existence à son Dieu. Ces scènes contemplatives sont un réel succès, le spectateur entre en transe.<br />
Tout au contraire, Capa (Cillian Murphy, héros de <span class="link-imdb"><a class="highslide" onclick="return hs.htmlExpand(this, { objectType: 'iframe', width: 540, objectWidth: 540, objectHeight: 350, headingEval: 'this.a.innerHTML', headingText: '28+days+later', wrapperClassName: 'titlebar', src: 'http://www.ikiru.ch/blog/wp-content/plugins/imdb-link-transformer/inc/popup.php?film=28+days+later' } );" href="#" title="open a new window with IMDb informations">28 days later</a></span>) est le rationnel de l&#8217;équipe. Investit par le poids démesuré de sa mission, le gigantesque fardeau d&#8217;assurer la survie de l&#8217;humanité toute entière, son rôle est celui du soldat scientifique. Il ira jusqu&#8217;au bout, quelques qu&#8217;en soient les conséquences, pour sauver sa race. Car il est le sauveur : un messie, mourant pour sauver l&#8217;humanité &#8211; de ses péchés ? Sans aucun doute le personnage le plus évolutif du film de Boyle, il manque néanmoins d&#8217;épaisseur, le réalisateur n&#8217;ayant ni eu beaucoup de nez en mettant Murphy, au visage inexpressif de jeune premier, ni en écrivant son rôle, très effacé. Le choix de mettre dans la peau de Jésus un scientifique froid est peut-être délibéré, peut-être cherchait-il l&#8217;opposition de l&#8217;illuminé et du raisonnable; il n&#8217;empêche, on en passerait presque à côté de la métaphore.<br />
Enfin, Boyle y ajoute un méchant : Pinbacker, capitaine de l&#8217;ICARE I, sorte d&#8217;antéchrist qui a survécu à l&#8217;arrêt du premier vaisseau destiné à redémarrer le Soleil moribond. La deuxième mission ICARE II, va faire la rencontre de cet homme aux pouvoirs surhumains, capable de survivre aux feux solaires. Comment, c&#8217;est le flou artistique. Mais on voit que Pinbacker est le contraire de Capa, et représente l&#8217;élément irrationnel. Sa folie ajoutée à ses superpouvoirs, à ses harangues anti-progressistes en font un personnage plus cohérent. On comprend le discours de Boyle, plaquant toutes les peurs face au progrès dans Pinbacker : le diable, c&#8217;est celui qui a peur et refuse la connaissance. Et non le serpent qui l&#8217;apporte.</p>
<p>La métaphore christique contient ainsi tous les protagonistes des évangiles : le Christ, l&#8217;apôtre et l&#8217;antéchrist. Elle est plutôt subtile, menée avec adresse, ne serait-ce le manqué du rôle de Jésus. Les images du film sont splendides et le suspense maîtrisé &#8211; la sortie spatiale pour réparer les panneaux endommagés est à ce titre un régal &#8211; jusqu&#8217;à ce que l&#8217;ange déchu, Satan, fasse son entrée. A ce moment de l&#8217;histoire, les courses-poursuites prennent le pas sur la métaphore, et des scènes d&#8217;action illisibles dans lesquelles démêler qui poursuit qui et dans quel vaisseau se trouve-t-il tient de la gageure. Ces scènes, qui se perpétuent jusqu&#8217;aux derniers instants (jusqu&#8217;à la fusion du père et du fils) du film, le desservent totalement. Elles n&#8217;ont aucun intérêt, elles sont un corps étranger qui provoquent la création d&#8217;anticorps. La greffe entre l&#8217;action et le métaphysique ne peut pas prendre dans ces conditions, et c&#8217;est fort dommage. Soderbergh lui, sur un thème très semblable dans Solaris (bien que prenant trop de hauteur pour se cantonner au christianisme seul), et bien qu&#8217;expert des scènes d&#8217;action, avait fait le choix bien plus raisonnable de refuser d&#8217;accorder le moindre espace à celles-ci dans sa réalisation. Choix très sage, au vu du résultat manqué dans Sunshine.</p>
<p>Sunshine n&#8217;est pas un mauvais film en soi &#8211; encore une fois, il connaît de très bons passages -, mais au regard des possibilités d&#8217;un tel scénario on reste déçu de l&#8217;exploitation de Boyle. Car Sunshine se prête à de nombreuses autres lectures que celle uniquement chrétienne. On y voit notamment la confrontation science et foi (thématique plus religieuse que seulement chrétienne); le réalisateur britannique se rit avec cynisme du culte du héros &#8211; et on rejoint la critique du christianisme. Mais tout cela manque de lumière, les scènes d&#8217;action inutiles plongent le spectateur dans un noir incertain. Essayé, pas pu. Dommage, répond le spectateur.</p>
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		<title>Le retrait de &#8220;J’aime Polanski et je hais la Suisse&#8221;</title>
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		<pubDate>Fri, 05 Feb 2010 07:46:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>jcv</dc:creator>
				<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Suisse]]></category>
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		<description><![CDATA[La rédaction de la règle du jeu a décidé il y a 3 jours de retirer un texte critiquable de Yann Moix, m&#8217;ayant rappelé tout ce que produisait d&#8217;insoutenable la France des années 30. En réponse aux lecteurs et amis suisses de La Règle du jeu qui nous ont fait part de leur étonnement quant [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La rédaction de la <a href="http://laregledujeu.org/">règle du jeu</a> a décidé il y a 3 jours de retirer un texte critiquable de Yann Moix, m&#8217;ayant rappelé tout ce que produisait d&#8217;insoutenable la France des années 30.</p>
<p><em>En réponse aux  lecteurs et amis suisses de La Règle du jeu qui nous ont fait part de leur étonnement quant au retrait du texte de Yann Moix publié  le 1er février 2010 et intitulé “J’aime Polanski et je hais la Suisse”, la Rédaction précise que ce retrait a été effectué à la demande de l’auteur.  Nous vous invitons à lire la version longue de ce texte, très controversé, dans son livre La Meute, à paraître chez Grasset le 24 février prochain.<br />
La Rédaction.</em></p>
<p>La magie d&#8217;internet, c&#8217;est que plus rien ne se perd : voici l&#8217;intégralité de son texte, pour information.</p>
<blockquote><p>
&#8220;Je hais la Suisse.</p>
<p>Roman Polanski, nous venons de l’apprendre, va passer un an de plus dans sa prison suisse. Je dis bien : « prison ». Une prison, ce n’est pas strictement un cachot avec des rats. Une prison, c’est tout prosaïquement un endroit dont on ne peut sortir. D’où on ne peut pas s’échapper. Peu importe que la prison soit une cellule ou un chalet, un terrier ou même un immeuble tout entier. On est en prison quand on ne peut pas être ailleurs. Roman Polanski restera emprisonné en Suisse : c’est la Suisse la prison. C’est la Suisse le bourreau. C’est la Suisse la sentence. C’est la Suisse la trahison. C’est la Suisse la haine et la revanche et la vengeance. Parce que la Suisse n’est pas un pays : la Suisse n’est rien. La Suisse n’existe qu’en détruisant. En neutralisant. Ce n’est pas un pays neutre, non : c’est un pays qui neutralise. Très joli pays qui, pendant la guerre, voyant qu’un peu trop de juifs venaient étrangement faire du tourisme en ses montagnes, a demandé à ce que fût apposé sur les passeports le « J » de Juden. La Suisse n’est pas un pays neutre : c’est un non-pays vendu. La Suisse, ce pays des horlogers, sait manier le temps comme Satan : enfer du temps dans lequel elle neutralise un génie (un an de plus), enfer du temps à l’intérieur duquel, avec une infinie patience, elle guette sa proie : trente-deux ans pour attraper Polanski. La Suisse n’existe pas : pour exister, elle est obligée de faire dans le sale, dans le crade, dans le porno. La Suisse est un pays pornographique. Sales affaires (comptes bancaires, fiscalité), sale comportement (arrestation de Polanski) : tout est propre dans les rues suisses, dans les montagnes suisses, dans les vallons suisses, tout est très propre parce qu’au fond tout y sale dans les tréfonds, dans les fondements, dans les soubassements. C’est un pays qui se vend sans cesse au plus offrant. Qui courbe incessamment l’échine devant le plus fort. C’est un pays qui fait basculer les choses vers le plus dictateur, le plus violent, le plus menaçant. La Suisse ne se donne même pas, comme le feraient des salopes ordinaires : la Suisse se prête au plus fort. Elle prête sa soumission. C’est une pute. Elle ne se donne jamais mais se prête toujours. Elle se prête avec intérêt. Elle se loue. Elle se sous-loue. Elle fait des offres. Elle écarte les jambes quand viennent à passer un officier nazi, ou une très grande puissance comme, par exemple, aujourd’hui, nos amis les Etats-Unis.<br />
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La Suisse n’est pas un pays neutre : c’est un non-pays vendu. La Suisse, ce pays des horlogers, sait manier le temps comme Satan : enfer du temps dans lequel elle neutralise un génie (un an de plus), enfer du temps à l’intérieur duquel, avec une infinie patience, elle guette sa proie : trente-deux ans pour attraper Polanski. La Suisse n’existe pas : pour exister, elle est obligée de faire dans le sale, dans le crade, dans le porno. La Suisse est un pays pornographique. Sales affaires (comptes bancaires, fiscalité), sale comportement (arrestation de Polanski) : tout est propre dans les rues suisses, dans les montagnes suisses, dans les vallons suisses, tout est très propre parce qu’au fond tout y sale dans les tréfonds, dans les fondements, dans les soubassements. C’est un pays qui se vend sans cesse au plus offrant. Qui courbe incessamment l’échine devant le plus fort. C’est un pays qui fait basculer les choses vers le plus dictateur, le plus violent, le plus menaçant. La Suisse ne se donne même pas, comme le feraient des salopes ordinaires : la Suisse se prête au plus fort. Elle prête sa soumission. C’est une pute. Elle ne se donne jamais mais se prête toujours. Elle se prête avec intérêt. Elle se loue. Elle se sous-loue. Elle fait des offres. Elle écarte les jambes quand viennent à passer un officier nazi, ou une très grande puissance comme, par exemple, aujourd’hui, nos amis les Etats-Unis.</p>
<p>Je hais la Suisse. Sa gentillesse méchante, sa dégueulasserie bonbon, son calme rempli de dagues et de couteaux, sa surface polie mais comme une lame. Nous voudrions que ce pays relâche Roman Polanski, s’excuse, arrête tout. Nous voudrions que la population suisse ait honte, définitivement honte, pour ce qu’elle fait endurer à Polanski. Que des grèves se déclarent à Genève, à Lausanne, à Gstaad, ou des manifestations. Que les gens sortent dans la rue. Crient. Hurlent. Contre leur « gouvernement ». Autrefois, Alfred Jarry disait (c’est dans Ubu Roi) : « la scène se passe en Pologne, c’est-à-dire nulle part. » Nulle part, ce serait plutôt la Suisse. La Suisse voudrait empêcher que le réalisateur de Chinatown (que je viens de revoir cette nuit et qui est un chef-d’œuvre) continue de nous donner des œuvres d’art. Pourquoi, Suisse, ne laisses-tu pas cet homme partir ? Parce que tu as peur de l’Amérique ? Parce que tu trembles ? Parce que tu suis toute cette meute ignoble, parfaitement aveugle, et qui veut que Polanski représente, pour la nuit des temps, le pédophile par excellence ? Qu’il en soit l’incarnation, le parangon, l’icône ? Suisse, sois digne pour une fois dans ta vie. Suisse, donne-toi une dignité en rendant la sienne à un des grands génies du cinéma qui a suffisamment payé pour quelque chose qui ne s’est pas déroulé comme on le sait, le croit, croit le savoir. Suisse, sois une nation, sois un pays, sois quelqu’un. Sois un homme, Suisse.</p>
<p>Quand il y a la guerre, Suisse, tu te carapates. Tu regardes tes chaussures. Tu vas tranquillement te promener en montagne. Tu respires le bon air parmi les gentils (petits) oiseaux. Rien n’est ton problème, Suisse. Tu n’es jamais concernée. Tu n’es jamais impliquée. Tu n’es jamais inquiétée. Tu n’es jamais là quand on a besoin de toi. Tu es toujours là, sur la planète, mais tu ne sers à rien : tu arrêtes les artistes et tu enrichis les enrichis. Tu ne sais rien faire, sauf pitié. Je te hais, Suisse. Je te demande de m’arrêter, moi, aussi, le jour où je viendrai te voir. Pour cracher sur ton sol immonde.&#8221;</p>
<p>Yann Moix
</p></blockquote>
<p>Il n&#8217;y a pas que l&#8217;amour qui rend fou. L&#8217;amitié aussi.</p>
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		<title>Oskar, dessine-moi la Suisse du futur</title>
		<link>http://www.ikiru.ch/blog/2009/oskar-dessine-moi-la-suisse-du-futur</link>
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		<pubDate>Fri, 11 Dec 2009 14:12:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>jcv</dc:creator>
				<category><![CDATA[Humour]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Suisse]]></category>
		<category><![CDATA[extrémisme]]></category>
		<category><![CDATA[extrême droite]]></category>
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		<description><![CDATA[Suisse 2020. La dernière femme quitte le marché du travail, suite au vote de l&#8217;initiative dite « Nous les Suisses, on veut faire comme les chevreuils ». En effet, chez les chevreuils, la femelle se cantonne à élever les petits et s&#8217;occuper de la nourriture, rejoignant ainsi les aspirations de l&#8217;ancien conseiller fédéral Ueli Maurer [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2>Suisse 2020.</h2>
<p>La dernière femme quitte le marché du travail, suite au vote de l&#8217;initiative dite « Nous les Suisses, on veut faire comme les chevreuils ». En effet, chez les chevreuils, la femelle se cantonne à élever les petits et s&#8217;occuper de la nourriture, rejoignant ainsi les aspirations de l&#8217;ancien conseiller fédéral Ueli Maurer pour la gent féminine.</p>
<p><a class="thickbox" rel="" href='http://www.ikiru.ch/blog/wp-content/gallery/lost_highway/minaret-mandril1.jpg' title='La Suisse droit dans le mur'><img src='http://www.ikiru.ch/blog/wp-content/gallery/lost_highway/thumbs/thumbs_minaret-mandril1.jpg' alt='minaret-mandril1' class='ngg-singlepic ngg-left' /></a></p>
<p>Suite à la rupture des bilatérales et au meurtre de l&#8217;ambassadeur de l&#8217;UE en Suisse par le président à vie Oskar 1er, l&#8217;UE ferme ses<br />
frontières avec la Suisse. Le PIB est divisé par deux, puisqu&#8217;un franc sur deux est gagné à l&#8217;étranger. Comme ce franc gagné avec le commerce international n&#8217;est plus disponible, l&#8217;économie intérieure s&#8217;effondre. Le chômage atteint 57,5%.</p>
<p>Les grandes entreprises quittent la Suisse. Nestlé devient une entreprise britannique, UBS est racheté par Bank of America. Les Etats-Unis peuvent ainsi accéder aux comptes qui les intéressent. </p>
<p>La Roumanie accepte de participer au financement du milliard de cohésion en faveur de la Confédération helvétique. La Suisse n&#8217;en bénéficiera toutefois pas, étant donné le rejet définitif de sa demande d&#8217;adhésion à l&#8217;Union européenne, en raison des violations des droits de l&#8217;homme que connaît le pays et de sa trop fragile situation économique. La Suisse et la Turquie s&#8217;associent pour dénoncer l&#8217;utilisation des droits de l&#8217;homme comme critère d&#8217;entrée dans l&#8217;UE.</p>
<p>Les institutions internationales quittent Genève. Suite à la désertion des riches clients du Golfe, Genève passe du statut de contributeur à celui de bénéficiaire de la péréquation financière. Les cantons primitifs doivent passer à la caisse. Cependant, leur concurrence fiscale effrénée empêche toute contribution réelle de leur part. Le fédéralisme se trouve menacé. Alors que le Rösti Graben idéologique avait disparu depuis longtemps, les problèmes économiques menace de faire exploser la Suisse. </p>
<p>L&#8217;UDC uranaise lance une initiative pour se séparer de la Suisse romande et du Tessin et obtient les 100&#8217;000 signatures en 6 semaines. Comme le Conseil fédéral est élu par le peuple à la majorité simple depuis l&#8217;acceptation d&#8217;une initiative de l&#8217;UDC, aucun conseiller fédéral – tous sont alémaniques et membres ou sympathisants de l&#8217;UDC – ne s&#8217;oppose, dans un retour triomphal de la concordance, à cette votation. L&#8217;initiative est acceptée par 80% des Alémaniques, alors que les Latins la refusent à 78%. La Suisse se disloque et, finalement, disparaît en tant qu&#8217;Etat fédéral. Ce que Kadhafi n&#8217;a jamais pu ni voulu faire est réalisé par l&#8217;UDC en 15 ans. </p>
<p>L’initiative est acceptée par 80% des Alémaniques, alors que les Latins la refusent à 78%. La Suisse se disloque et, finalement, disparaît en tant qu’Etat fédéral. Ce que Kadhafi n’a jamais pu ni voulu faire est réalisé par l’UDC en 15 ans. Les ténors de l’UDC Suisse déplorent ce vote, mais rappellent que le peuple est souverain. Ils décident donc d’expulser les rares Romands demeurant dans des postes à responsabilité au sein de l’administration et de fermer les frontières de la nouvelle Suisse, alémanique. Les Romands présents y sont considérés comme des réfugiés et traités comme tels. Des charters sont organisés entre Zurich et Genève. En représailles, le Valais se sépare du Haut-Valais.<br />
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Les ténors de l&#8217;UDC Suisse déplorent ce vote, mais rappellent que le peuple est souverain. Ils décident donc d&#8217;expulser les rares Romands demeurant dans des postes à responsabilité au sein de l&#8217;administration et de fermer les frontières de la nouvelle Suisse, alémanique. Les Romands présents y sont considérés comme des réfugiés et traités comme tels. Des charters sont organisés entre Zurich et Genève. Les Romandes expulsent également les Alémaniques. En représailles, le Valais se sépare du Haut-Valais.</p>
<h2>11 mai 2021. </h2>
<p>Après 720 ans, la Suisse meurt dans l&#8217;indifférence générale. Seule la Corée du Nord regrette la disparition de son premier partenaire commercial. </p>
<p>La Suisse ne faisait plus partie ni de l&#8217;ONU, ni du Conseil de l&#8217;Europe et s&#8217;était retirée de tous les traités et accords internationaux. Son niveau de vie avait été divisé par 10.</p>
<p>Ne disposant d&#8217;aucune ressource d&#8217;importance et laissé à la marge, le pays se trouve rapidement pollué suite à l&#8217;acceptation de l&#8217;initiative « L&#8217;écologie, c&#8217;est pour les filles et nous, on n&#8217;est pas des tarlouzes ».</p>
<p>L&#8217;ancienne Suisse romande est abandonnée par ses habitants qui, pour trouver du travail, se sont réfugiés en France ; donnant ainsi naissance au Mouvement Citoyen Annemassien qui gagne des voix en dénonçant l&#8217;invasion suisse. L&#8217;ONU décide de transformer ce « no man&#8217;s land » en une réserve naturelle et une zone d&#8217;expérimentation de repeuplement du Grand tétras.</p>
<h2>Epilogue en 2050.</h2>
<p>Suite à l&#8217;acceptation de l&#8217;initiative « La Suisse aux Suisses », qui a mené à l&#8217;expulsion de tous les étrangers, et les Suisses « de souche » ne comptant en moyenne que 1,5 enfant par femme, l&#8217;âge moyen de la population se monte à 68 ans. On dénombre un actif pour 9 retraités.</p>
<p>Les tensions sociales font que la population, privée de ses boucs émissaires traditionnelles, s&#8217;est constitué en deux gangs rivaux,<br />
divisés entre les moins et les plus de 50 ans, et qui se battent pour les maigres ressources restantes. La dernière femme en âge de procréer est tuée au mois d&#8217;octobre. Il reste une trentaine d&#8217;années avant la mort du dernier Helvète. Le Japon se porte acquéreur du Cervin. </p>
<p>La Suisse c’est Mad Max III(ème âge).</p>
<p>Good by Switzerland, on t’aimait bien.</p>
<div align="right">
Par Laskar NeinSager, publié sur <a href="http://www.rue89.com/2009/12/10/goodbye-switzerland-on-taimait-bien-129466">Rue89</a>.</div>
<div align="right">
(l&#8217;image est d&#8217;un artiste multimédia des plus intéressant, un Neuchâtelois nommé <a href="http://m4ndril.com/blog/?p=811">Mandril</a>)
</div>
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		<title>L&#8217;échec d&#8217;un pays : la Suisse interdit de construire des minarets</title>
		<link>http://www.ikiru.ch/blog/2009/lechec-dun-pays-la-suisse-interdit-de-construire-des-minarets</link>
		<comments>http://www.ikiru.ch/blog/2009/lechec-dun-pays-la-suisse-interdit-de-construire-des-minarets#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 30 Nov 2009 11:56:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>jcv</dc:creator>
				<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Suisse]]></category>
		<category><![CDATA[démocratie]]></category>
		<category><![CDATA[islam]]></category>
		<category><![CDATA[religion]]></category>

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		<description><![CDATA[Nous y voilà. 60 % des Suisses ont lancé un vibrant cri de peur, d&#8217;incompréhension, de haine : il sera dorénavant interdit de construire un minaret en Suisse. Pourtant, presque tous les partis étaient unis derrière le rejet de l&#8217;initiative populaire : seul l&#8217;extrême droite soutenait la proposition de réglementer leur construction. Et pourtant. Avec [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Nous y voilà. 60 % des Suisses ont lancé un vibrant cri de peur, d&#8217;incompréhension, de haine : il sera dorénavant interdit de construire un minaret en Suisse. Pourtant, presque tous les partis étaient unis derrière le rejet de l&#8217;initiative populaire : seul l&#8217;extrême droite soutenait la proposition de réglementer leur construction. Et pourtant. Avec un taux de participation peu courant (pas loin de 60% à Genève, une moyenne de 52% en Suisse), le vote est sans appel. Il prouve, une fois encore, que la puissance de l&#8217;extrême droite est intacte : ces dernières années, les objets acceptés par le peuple alors qu&#8217;ils n&#8217;étaient que soutenus par cette formation politique ne se comptent plus.</p>
<p>Alors que faire ? Les élites politiques, clairement, n&#8217;arrivent plus à expliquer la complexité du monde à leurs populations. On le voit, lorsqu&#8217;on consulte les Européens sur l&#8217;avenir de l&#8217;Europe, les débats ne prennent aucune hauteur. Comment oublier que le droit à la vie inscrit dans feu le Traité établissant une Communauté Européenne déborde en France sur la peur de voir remettre en question le droit à l&#8217;IVG ?</p>
<p>Il semble invraisemblable que la seule question des minarets ait poussé les citoyens helvétiques à glisser un non massif dans l&#8217;urne. C&#8217;est assurément un &#8220;non&#8221; aux questions pêle-mêle véhiculées par l&#8217;islam, que ce soit la bourqa, la séparation filles-garçons à la piscine, et tutti quanti qui se sont vues attaquées ce dimanche 29 novembre. Pas de clivage ville-campagne, pas plus de röstigraben (partie francophone du pays opposée à la partie germanophone), c&#8217;est à l&#8217;unisson que le peuple suisse s&#8217;attaque de front aux musulmans. L&#8217;ampleur du vote a dépassé nombre de ses défenseurs, s&#8217;empressant de rappeler que cette initiative populaire n&#8217;était pas &#8220;contre&#8221; l&#8217;islam, mais uniquement contre les minarets. Il est assez cocasse de voir les mêmes qui hier, rappelaient combien l&#8217;islamisation rampante de nos société étaient dangereuse, se muer en VRP de la tolérance inter-confessionnelle aujourd&#8217;hui. Les risques inhérents à cette votation sont réels, et personne ne voudra les assumer.</p>
<p>Car les risques, quels sont-ils ? L&#8217;image du pays est évidemment désastreuse. La crédibilité auprès du monde musulman risque d&#8217;être réduite à peau de chagrin. Au Maghreb et au Mashrek, la tentation de prêter une oreille attentive aux élucubrations de Mouammar Kadhafi, ennemi de toute une nation, sera plus forte que jamais : jusque-là, il prêchait que l&#8217;islamophobie gangrenait la Suisse, seul dans son désert, mais la votation semblera lui donner raison. Par ailleurs, la crainte de voir une fuite des épargnes déposées dans les coffres helvétiques est plus justifiée que jamais; annus horribilis pour le secteur bancaire qui, touché par la crise et par l&#8217;effritement accéléré du secret bancaire, ne doit plus savoir que faire. Ainsi, les problèmes engendrés par cette votation sont multiples : difficultés exacerbée pour la politique extérieure (et pas seulement vis-à-vis des dirigeants étrangers, car après l&#8217;affaire des caricatures de Mahomet, quelle sera la réaction des populations musulmanes ?), stigmatisation des musulmans en Suisse et remous économiques. Les milieux politiques et économiques vont devoir faire preuve d&#8217;inventivité pour contrebalancer les effets potentiellement dévastateurs de cette votation.</p>
<p>Les 40% de la population qui ont refusé les amalgames simplistes et la guerre des civilisations vont se mobiliser, c&#8217;est certain. Bien que je doute du moindre impact que pourrait avoir certaines formes de mobilisation (je ne compte plus le nombre de fois que j&#8217;ai reçu des invitations à rejoindre des groupes &#8220;facebook&#8221;), il est primordial de rappeler que sur une partie de la population s&#8217;exerce de plein fouet la tyrannie de la majorité. Que des Suisses ont mal à leur nationalité en ce jour, et qu&#8217;accepter le résultat de cette votation fera appel à toute la foi qu&#8217;on peut nourrir dans la démocratie.<br />
<span id="more-702"></span><br />
J&#8217;appelle aux démocrates convaincus faisant partie de ces 40% à jouer le jeu de la démocratie. Ce qui signifie ne pas se contenter de créer des groupes virtuels, qui ne sont utiles que pour prêcher dans sa propre paroisse de convaincus, mais parler et se dépenser sans compter pour expliquer pourquoi la voie du refus de l&#8217;autre met en péril notre démocratie. J&#8217;appelle les démocrates à faire montre de maturité : un jour ou l&#8217;autre, cette décision populaire sera invalidé par la Cour européenne des droits de l&#8217;Homme. Elle est inapplicable, discriminatoire, contraire au droit européen. Il faut donc d&#8217;ores et déjà préparer l&#8217;opinion à accepter &#8220;la dictature des juges&#8221;, expliquant sans relâche pourquoi interdire les minarets n&#8217;est pas une réponse à leur peurs provoquées par un monde en mutation. C&#8217;est un travail harassant de terrain, de débat, qu&#8217;il faut enclencher dès aujourd&#8217;hui : écouter les angoisses exprimées par la majorité suisse est bel et bien le fardeau qu&#8217;il faut se décider à porter. Même si aller à la rencontre de l&#8217;autre revient à accepter d&#8217;entendre les mêmes rengaines nourries de haine et d&#8217;incompréhension, c&#8217;est bien parce que ces 60% ont l&#8217;impression de ne pas être écoutés que ce vote a pris cette tournure. N&#8217;hésitons pas à enchaîner débat sur débat, expliquer et enseigner, rappeler qu&#8217;une société laïque ne peut se permettre de réglementer la manière de vivre sa foi, lorsque cette manière n&#8217;a aucune implication sur les autres. N&#8217;hésitons pas non plus à rappeler que les dictatures honnies des pays musulmans sont le fait des élites, et nous sont insupportables parce qu&#8217;ils imposent des pratiques sans aucun égard à leurs populations, soit; mais rappelons dans la foulée le fascisme est née dans les démocraties, et qu&#8217;il souhaitait homogénéiser ses populations. Régenter celles-ci, et leur imposer une façon unique d&#8217;être, de penser.</p>
<p>La démocratie n&#8217;est morte que lorsqu&#8217;il n&#8217;existe plus personne pour la défendre. Il est nécessaire de rebondir avec le plus de force possible, descendre dans l&#8217;arène politique pour rappeler que la démocratie n&#8217;est pas négociable. Qu&#8217;il est contreproductif de se transformer en Arabie saoudite pour clamer que nous n&#8217;en partageons pas les valeurs. L&#8217;heure des décisions, c&#8217;est aujourd&#8217;hui : les 40% seront-ils assez courageux pour se faire entendre ?</p>
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		<title>L&#8217;export du matériel de guerre en Suisse; un débat de clocher</title>
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		<pubDate>Mon, 02 Nov 2009 09:15:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>jcv</dc:creator>
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<a href="http://www.ikiru.ch/blog/wp-content/gallery/lost_highway/minaret-missiles.jpg" title="L'affiche pour l'initiative anti-minaret, réalisée par l'extrême droite suisse (UDC)" class="thickbox" rel="singlepic568" >
	<img class="ngg-singlepic ngg-left" src="http://www.ikiru.ch/blog/wp-content/gallery/cache/568__160x120_minaret-missiles.jpg" alt="minaret-missiles" title="minaret-missiles" />
</a>
Le 29 novembre prochain, la petite (autrefois calme) Confédération helvétique s&#8217;attaque à de grandes questions, en consultant sa population sur deux initiatives : faut-il cesser l&#8217;exportation de matériel de guerre, faut-il interdire la construction de minarets en Suisse. Les partisans de cette dernière initiative n&#8217;ont pas hésité à faire un lien entre les deux objets, transformant les minarets en missiles. La Suisse a donc à se prononcer sur l&#8217;exportation de missiles (le matériel de guerre) mais aussi sur son importation (les minarets musulmans) : que de questions explosives, en cette année déjà si bien remplie&#8230;</p>
<p>Peut-être serait-il utile d&#8217;aborder la question des minarets; profondément laïc, l&#8217;objet du débat ne me semble pas relever du citoyen, mais de l&#8217;individu. Profondément agnostique, les clochers d&#8217;Eglise me dérangent beaucoup plus avec leur manie incessante de sonner les mariages et autres cultes du week-end que ne pourrait le faire un minaret muet &#8211; puisque les appels à la prière ne sont pas revendiqués par les imams en Helvétie. Ce qui fait que la dispute sur le sujet reste assez au raz-des-pâquerettes (&#8220;Les Saoudiens sont intolérants avec les chrétiens&#8221;, un peu comme si, le comportement de la Corée du Nord pouvait justifier l&#8217;emploi de la torture en Suisse), et les arguments échangés très pauvres. Tout au plus dénotent-ils de l&#8217;islamophobie qui gangrène l&#8217;Occident, du manque de connaissance de l&#8217;autre dans un monde qui se croit globalisé. Faire des affaires avec l&#8217;Iran ne nous fera pas comprendre la culture de ce pays millénaire, mais je m&#8217;égare. Sans remettre en question le bien-fondé d&#8217;une discussion autour de l&#8217;organisation religieuse du pays, force est de constater que cette discussion se borne à servir d&#8217;exutoire à tout ce que compte la Suisse d&#8217;islamophobes.</p>
<h2>L&#8217;exportation du matériel de guerre soumis à l&#8217;analyse</h2>
<p>Le débat autour de l&#8217;export du matériel de guerre semble quant à lui promis à un vaillant échange égoïste : va-t-on perdre ou pas des places de travail dans la neutre Suisse ? Le précédent objet agglutine autour de lui le coeur de la Suisse, à savoir la fermeture, la xénophobie et un certain conservatisme malséant; mais pour ce second, on serait en droit d&#8217;attendre des questions de fond s&#8217;élever au-dessus de la mêlée : comment cet export s&#8217;inscrit dans la politique extérieure d&#8217;un pays neutre, quelles sont les alliances qui sont conservées grâce à cet outil, etc.<br />
Or, qu&#8217;en est-il dans les faits ? On s&#8217;égosille à discourir sur les places de travail mises au rebut en cas d&#8217;acceptation de cette initiative populaire. Les places de travail ? Aussi étonnant que cela puisse sembler, les opposants à cette initiative qui cherche à bannir tout export de matériel de guerre s&#8217;arc-boutent sur le coût économique de l&#8217;abandon de cette pratique. C&#8217;est intenable, et je vais tenter rapidement d&#8217;en démontrer le pourquoi.<br />
<span id="more-700"></span><br />
Les pratiques économiques et politiques d&#8217;un pays sont savamment régies par ce qui est utile à une société, mais aussi par ce qui est moral pour une société. Caricaturalement, on pourrait définir que la droite politique aurait tendance à privilégier ce qui utile, et la gauche ce qui est moral. Mais la frontière entre les deux est suffisamment ténue pour ne suffire qu&#8217;aux généralités; ce qui tombe bien, car nous nous cantonnerons au général.</p>
<h3>L&#8217;utilité mise à l&#8217;épreuve</h3>
<p>Sous l&#8217;ange de l&#8217;utilitarisme d&#8217;une activité, il convient de se demander dans l&#8217;affaire étudiée si l&#8217;export est utile au pays. Est-ce que les bénéfices en dépassent les coûts. A savoir, est-ce que la perte sèche en matière d&#8217;emplois est acceptable, si perdre de 5000 places de travail (selon les initiants) à 10&#8217;000 places (selon les opposants) peut se justifier. Il conviendrait également de s&#8217;interroger des répercussions sur la politique étrangère suisse, dépendante aussi des exports de ce type, même si le sujet n&#8217;est &#8211; étonnamment &#8211; pas abordé.</p>
<p>Le nombre d&#8217;actifs en Suisse s&#8217;élève à 4,5 millions, pour une population de 7 millions. Nous parlons donc, dans l&#8217;hypothèse la plus pessimiste, de 0,002 pourcent de la population occupée qui serait touchée par cette initiative. (Je refuse ici de prendre comme indicateur le PIB, notion peu pertinente en général et encore moins adaptée à ce cas particulier). Il semble à première vu que l&#8217;impact sur l&#8217;économie suisse soit très dilué. Dans un pays où la structure de l&#8217;exportation se compose principalement pharmaceutique, les machines industrielles, le textile et l&#8217;horlogerie, la question de cette perte d&#8217;emploi est relativement annexe face aux autres pans de la structure d&#8217;exportation. Ajoutons qu&#8217;une telle perte est temporaire; investir dans les énergies renouvelables, tel que proposé par les initiants, peut se profiler comme une solution à moyen terme. En termes purement utilitaristes, vu le faible impact sur l&#8217;économie, et vu l&#8217;attrait toujours plus marqué pour le développement des énergies renouvelables, il peut sembler intéressant pour la pays de s&#8217;orienter toujours plus vers une économie d&#8217;avenir. Gageons que l&#8217;industrie de l&#8217;armement ne connaîtra jamais de crise; mais le &#8220;swiss made&#8221; accolé aux armes, plutôt qu&#8217;à des produits à haute valeur ajoutée, ne peut que ternir l&#8217;image de l&#8217;exportation suisse dans son ensemble. A peu de frais donc, au vu de la faible population touchée par une cessation des exportations de matériel de guerre, une réorientation de l&#8217;activité exportatrice pourrait s&#8217;avérer économiquement rentable.</p>
<p>L&#8217;export du matériel de guerre fait entièrement partie de la politique étrangère suisse. Au même titre que d&#8217;autres pays neutres, comme par exemple la Suède, la Suisse choisi d&#8217;influencer l&#8217;étranger en exportant ou non ses armes. Officiellement, elle a l&#8217;interdiction de vendre des armes à des pays en guerre, en raison de sa neutralité &#8211; bien que dans les faits, des armes soient vendues aux coalisés occidentaux faisant la guerre en Afghanistan, par exemple. Mais soyons honnêtes : la vente d&#8217;armes n&#8217;a pas d&#8217;autre objectif que de permettre à une armée d&#8217;en faire usage. D&#8217;aucuns arguent l&#8217;aspect dissuasif d&#8217;une arme, mais il est curieux de voir qu&#8217;un Européen puisse à la fois critiquer vertement la liberté de posséder une arme pour chaque Etasunien en raison des risques provoqués par cette simple détention, et que dans la foulée, il puisse justifier cette même possession par des Etats. De nombreux Etats ne sont pas plus responsables, pas plus à l&#8217;abri d&#8217;erreurs que des citoyens. L&#8217;histoire est, sur ce point, peu discutable. Pour un pays neutre, dépositaire des Conventions de Genève, le cynisme &#8211; ou pragmatisme, pour certain &#8211; qui lui permet de vendre des armes et de refuser toute alliance militaire tout en enjoignant des pays faisant usage des armes de cesser de le faire atteint peut-être ses limites. Si la Suisse changeait de politique étrangère, s&#8217;orientant vers une stratégie d&#8217;alliances militaires &#8211; en d&#8217;autres termes, abandonnait sa politique de neutralité &#8211; le discours serait ici bien différent. Mais en l&#8217;état actuel des choses, la politique étrangère suisse, très opaque ces dernières années, gagnerait en clarté et prévisibilité. De quoi aider nos diplomates lors des négociations internationales.</p>
<h3>Sauvegarder la morale</h3>
<p>
<a href="http://www.ikiru.ch/blog/wp-content/gallery/lost_highway/letemps-economieetvotations.jpg" title="Que ce soit au sujet des votations sur les minarets ou celles autour de l'export du matériel de guerre, l'économie semble le seul souci aujourd'hui en Suisse, sur toutes les questions. Article du journal Le Temps, 3/11/2009" class="thickbox" rel="singlepic569" >
	<img class="ngg-singlepic ngg-right" src="http://www.ikiru.ch/blog/wp-content/gallery/cache/569__160x120_letemps-economieetvotations.jpg" alt="letemps-economieetvotations" title="letemps-economieetvotations" />
</a>
Changeons notre fusil d&#8217;épaule, pour aborder l&#8217;angle de la moralité, qui rejoint de manière transversale l&#8217;angle utilitariste &#8211; quoi de plus naturel. Aucune société moderne n&#8217;accepterait de se lancer dans une activité économique que sa morale collective réprouverait. Sous prétexte que la vente d&#8217;opium serait lucrative, personne n&#8217;oserait en proposer le commerce, à l&#8217;interne ou à l&#8217;externe. Il s&#8217;agit donc de se poser la question de la moralité avant toute réflexion économico-politique : est-il moral d&#8217;exporter du matériel de guerre ? Car même si toute morale est construite, il n&#8217;existe pas de civilisation si l&#8217;économie ne se soumet pas à la morale.</p>
<p>Que les milieux économiques suisses mettent en avant la perte d&#8217;emploi est à ce titre révélateur; il est difficile, pour un pays farouchement attaché à sa neutralité, de défendre l&#8217;exportation d&#8217;armes autrement que par l&#8217;aspect pragmatique. Car la morale suisse réprouve l&#8217;utilisation finale des armes : le meurtre, qu&#8217;il soit commis à l&#8217;encontre d&#8217;une population suisse ou militaire, est farouchement condamné. La Suisse a pour tradition de venir en aide aux victimes des conflits, d&#8217;où l&#8217;invention au XIXe siècle du Comité international de la Croix-Rouge. La Suisse a pour tradition de se présenter comme médiateur dans les conflits armés, pour trouver une solution commune et y mettre fin. La Suisse ne pense pas que l&#8217;utilisation d&#8217;armes permette de résoudre un différend; c&#8217;est dans sa culture interne, qu&#8217;elle projette dans ses relations avec autrui. Elle n&#8217;a pas vocation à intervenir militairement, toutes ses prises de positions le dénotent.</p>
<p>Dès lors, comment accepter que pour des raisons économiques &#8211; qui, comme nous l&#8217;avons précédemment examiné, ne sauraient représenter un argument &#8211; on outrepasse le caractère immoral de la vente d&#8217;armes à l&#8217;étranger ? Il est contraire à la morale du pays d&#8217;utiliser la force militaire pour parvenir à ses fins. Aussi bien à l&#8217;intérieur, qu&#8217;à l&#8217;extérieur. Aussi, il incombe à l&#8217;économie de se plier à la morale. Sinon, qu&#8217;est-ce qui empêcherait, encore une fois, de se lancer dans toutes sortes d&#8217;activités immorales car lucratives ? La traite d&#8217;êtres humains, pourquoi s&#8217;en priver ? Où serait la limite, si l&#8217;économie est toute puissante ?</p>
<h2>Il serait incohérent avec les valeurs suisses de voter non à l&#8217;initiative</h2>
<p>Que ce soit sous l&#8217;angle des arguments économiques ou moraux, tout plaide pour une acceptation de cette initiative. Il faut avoir le courage de la cohérence, il faut avoir le courage de donner des signaux positifs à l&#8217;économie nationale et aux partenaires internationaux. Rendre un peu de visibilité et d&#8217;unicité à la politique. Refuser un discours saumâtre qui placerait des résultats économiques au-dessus des impératifs moraux.</p>
<p>Notons enfin que ce sont les mêmes valeurs d&#8217;indépendance et de conservatisme qui réuniront ceux qui souhaitent maintenir l&#8217;export de guerre, et ceux qui souhaitent interdire la construction des minarets. Un comble, lorsqu&#8217;on sait que le deuxième destinataire des exportations suisses est&#8230; l&#8217;Arabie saoudite. En somme, on est prêt à se revendiquer des valeurs suisses dans le cas des minarets (la Suisse chrétienne) mais plus dans le cas de l&#8217;export du matériel de guerre. Preuve s&#8217;il en est que l&#8217;égoïsme et l&#8217;esprit de clocher (à tous points de vue) seuls animent ces débats&#8230;</p>
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		<title>Polanski et pédophilie; la Suisse, garante de la justice ?</title>
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		<pubDate>Mon, 28 Sep 2009 09:48:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>jcv</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Sous ce titre provocateur, deux interrogations : quand est-ce que l&#8217;Helvétie verra le bout du tunnel dans son application de la justice ? Après la quasi-fin d&#8217;un du secret bancaire, une loi devenue inacceptable dans un monde au bord de la rupture économique, après &#8211; plutôt pendant &#8211; la confrontation avec la Libye dans une affaire d&#8217;arrestation d&#8217;un fils du Guide régnant, la voilà embarquée dans une histoire d&#8217;extradition qui promet de faire la une de la Pologne et la France. Second questionnement : qu&#8217;est-ce que c&#8217;est cette levée de boucliers du monde artistique, déplorant l&#8217;arrestation du cinéaste ? </p>
<p>N&#8217;y a-t-il pas contradiction entre les deux premières affaires &#8211; secret bancaire et Kadhafi &#8211; et cette dernière &#8211; Polanski ? N&#8217;y a-t-il pas deux poids, deux mesures ? Le secret bancaire était certes devenu intenable, la Suisse s&#8217;étant isolée depuis deux décennies, et ayant progressivement perdu et ses alliés et son statut de &#8220;puissance neutre&#8221;. Les montagnes amassées sous la légalisation de l&#8217;évasion fiscale n&#8217;était plus soutenue. N&#8217;ayant plus rien à apporter à ses alliés d&#8217;autrefois, et alors que le contexte était à la crise économique et à la chasse aux mauvais citoyens, le montagneux pays ne pouvait espérer garder un tel avantage économique. Et la Suisse sommée de suivre l&#8217;intérêt général (celui de l&#8217;Occident) sur l&#8217;intérêt individuel (celui de la Suisse). Dans l&#8217;affaire Hannibal Kadhafi (fils de), il s&#8217;agissait au contraire de faire primer la morale supérieure de l&#8217;Etat face à une justice spéciale d&#8217;élites. Dans les deux cas, la Suisse s&#8217;est pliée à l&#8217;intérêt général; très fortement incitée, dans le premier cas, elle a démontrer son isolement total dans les deux cas.</p>
<p>Passons à l&#8217;affaire Polanski, celle qui nous retient ici. Le pays des Helvètes décide bravement, encore une fois, d&#8217;appliquer la même justice à tous. Arrestation donc, du réalisateur sur demande des Etats-Unis, qui ont émis un mandat d&#8217;arrêt international il y a 30 ans, pour une affaire de pédophilie présumée. Comment est-ce que l&#8217;artiste s&#8217;en est sortie jusqu&#8217;à aujourd&#8217;hui ? Grâce à la complicité bienveillant de différents Etats, au sommet duquel la France a offert sa nationalité au cinéaste recherché. Il est vrai que l&#8217;Hexagone a une politique d&#8217;asile assez incompréhensible pour tous ceux qui ne seraient pas Français : la <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Doctrine_Mitterrand" title="doctrine mitterrand sur wikipédia">&#8220;doctrine mitterrand&#8221;</a>, qui s&#8217;était muée de doctrine gauchiste en véritable tradition d&#8217;Etat (puisque soutenue même par la droite plus tard), consistait à offrir l&#8217;asile politique à des terroristes sanguinaires. La vision de ce qu&#8217;est la justice &#8220;pour tous&#8221;, en France, m&#8217;a toujours laissé pantois. Dernier avatar sur le grill de cette tradition, Roman Polanski : les critiques fusent, jusqu&#8217;au Ministre de la Culture (un certain&#8230; Mitterrand) qui se dit &#8220;stupéfait&#8221; par la décision helvétique d&#8217;arrêter Polanski. Un homme poursuivit pour pédophilie aux USA. Qui a fuit avant d&#8217;être sa condamnation, profitant de sa mise sous caution. Cet homme, n&#8217;aurait-il pas fait la carrière formidable qu&#8217;on lui connaît (j&#8217;ai une préférence affirmée pour sa <span class="link-imdb"><a class="highslide" onclick="return hs.htmlExpand(this, { objectType: 'iframe', width: 540, objectWidth: 540, objectHeight: 350, headingEval: 'this.a.innerHTML', headingText: 'Neuvième+porte', wrapperClassName: 'titlebar', src: 'http://www.ikiru.ch/blog/wp-content/plugins/imdb-link-transformer/inc/popup.php?film=neuvième+porte' } );" href="#" title="open a new window with IMDb informations">neuvième porte</a></span>, aurait-il eu droit à la moindre &#8220;stupéfaction&#8221; ? Certes non. Tout comme si les terroristes des Brigades rouges, au lieu d&#8217;être issus d&#8217;une idéologie de gauche, avaient penché à droite, aucune bienveillance partisane ne les aurait protégé. On aurait espéré la même mansuétude et la même prévenance à l&#8217;égard des prisonniers de Guantanamo. Mais il est vrai qu&#8217;eux, au contraire de Polanski, n&#8217;ont pas fait de carrière artistique. Est-ce que seuls les assassins et les pédophiles (présumés) auraient droit à la clémence française ? C&#8217;est à n&#8217;y rien comprendre.<br />
<span id="more-699"></span><br />
Ainsi la Suisse, petit Etat sans alliés aujourd&#8217;hui, se lance dans une nouvelle défense de l&#8217;Etat de droit, avec une justice identique pour tous. Au bénéfice d&#8217;un accord d&#8217;extradition avec les USA, le pays veut peut-être raccommoder ses relations avec un Oncle Sam particulièrement échauffé; si toute pression de ce dernier a été vigoureusement niée, il est certain qu&#8217;une coopération judiciaire fera parler Outre-Atlantique un peu différemment de la Confédération helvétique. Elle trouve donc une double intérêt dans l&#8217;arrestation du cinéaste : rappeler à tous les pays que la justice est au coeur de son fonctionnement, et raffermir ses relations avec les Etats-Unis.</p>
<p>C&#8217;est ici qu&#8217;éclate toute l&#8217;hypocrisie de la position française sur le secret bancaire helvétique : alors que l&#8217;un des arguments asséné à la Suisse était son manque du respect de solidarité internationale et son particularisme financier, alors qu&#8217;elle décide dans le cas Polanski de respecter les engagements judiciaires internationaux, la France s&#8217;offusque. Au nom de quoi, on ne comprend pas très bien. L&#8217;homme est poursuivi aux Etats-Unis, un Etat de droit, il est normal que la justice étasunienne puisse juger le fuyard. La morale et la justice sont sauves, et le statut d&#8217;artiste, soit-il de l&#8217;envergure de Polanski, ne protège pas au sein de la Confédération helvétique. Et tant pis si l&#8217;hypocrisie française est mise à mal.</p>
<p>Décidément, quelques soient les positions légales prises dans ce pays, l&#8217;isolement de la Suisse est de plus en plus dur à porter. La traversée du désert ne fait que commencer, tel est le prix à payer de la politique traditionnelle helvétique d&#8217;isolationnisme, portée à son paroxysme par le premier parti du pays.</p>
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		<title>Le 7ème million</title>
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		<pubDate>Mon, 24 Aug 2009 16:01:52 +0000</pubDate>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>6&#8217;000&#8217;000, c&#8217;est l&#8217;un des chiffres les plus terribles de l&#8217;histoire conjointe européenne et juive. C&#8217;est moins que le nombre d&#8217;Allemands morts (7&#8217;000&#8217;000), d&#8217;Asiatiques (on estime le nombre de victimes des Japonais à une fourchette comprise entre 10 et 30&#8217;000&#8217;000) et surtout que de Soviétiques (20&#8217;000&#8217;000). Au-delà de tous ces chiffres hautement discutables et discutés et de leurs polémiques révisionnistes liées, le symbole de la IIème Guerre mondiale réside dans le premier chiffre : six millions, c&#8217;est le nombre de juifs assassinés de manière mécanique, scientifique et industrielle. Le vocabulaire étant désarmé à qualifier une telle barbarie, le juriste Lemkin devra inventer le néologisme de &#8220;génocide&#8221; pour pouvoir la décrire.</p>
<p>60 ans plus tard, de récentes études dévoilent à quelle point cette folie européenne était une folie aussi extra-européenne. Ainsi, à ces 6 millions, il conviendrait d&#8217;ajouter <a title="New Looks at the Fields of Death for Jews" href="http://www.nytimes.com/2009/04/20/world/middleeast/20holocaust.html">1,5 millions de victimes sur le territoire de l&#8217;ex-URSS</a>. On connaissait l&#8217;antisémitisme russe, d&#8217;autrefois ou d&#8217;aujourd&#8217;hui, mais l&#8217;aspect massif des exécutions a de quoi prendre de court : 20% des juifs morts lors de la plus terrible et coûteuse des guerres auraient rencontré leur funeste destin hors du territoire européen. Assassinats dans les tranchées sans état d&#8217;âme, un grand nombre de locaux participeront aux massacres perpétrés par les Allemands sur territoire soviétique. Le 18 septembre 1941, une communauté juive d&#8217;au moins 1&#8217;000 individus sera exterminée.</p>
<p>Le site <a href="http://www1.yadvashem.org/untoldstories/homepage.html" title="The Untold Stories. The Murder Sites of the Jews in the Occupied Territories of the Former USSR">yadvashem</a> présente diverses macabres histoires, cherchant à faire la lumière sur ce qui fût une folie collective, et pas seulement européenne. Édifiant.</p>
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		<title>Libye : Les coulisses du régime Khadafi</title>
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		<pubDate>Mon, 10 Aug 2009 06:33:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>jcv</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Droits de l'homme]]></category>
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		<description><![CDATA[On lui donnerait le bon dieu sans confession : simple et accessible, le visage fendu d&#8217;un sourire en demi-lune, Idris Aboufaied est pourtant passé par bien des cauchemars. A la place du bon dieu, la Libye lui a donné 25 ans de prison ferme. Avant d&#8217;être, sous les pressions internationales, libéré pour raison médicale. Idris est [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>On lui donnerait le bon dieu sans confession : simple et accessible, le visage fendu d&#8217;un sourire en demi-lune, Idris Aboufaied est pourtant passé par bien des cauchemars. A la place du bon dieu, la Libye lui a donné 25 ans de prison ferme. Avant d&#8217;être, sous les pressions internationales, libéré pour raison médicale. Idris est malade, mais il ne se départit pas de son rire. Et ne regrette pas ses choix de vie.</p>
<p>Alors qu&#8217;il est jeune médecin, le Libyen est incorporé dans l&#8217;armée nationale et part au Tchad. Capturé, il pourrit plus de deux ans dans les geôles de Hissène Habré, alors président de la République tchadienne. A la fin des années 80, libéré, il rejoint aux côtés de 1200 autres prisonniers le National Front for Salvation of Libya (NFSL), groupe créé en 1981 et cherchant à renverser le colonel Khadafi. « Depuis 1973, Khadafi met en prison ou liquide tous les leaders de l&#8217;opposition », explique Idris. La résistance est un acte dangereux. Mais bouffi d&#8217;espoir, il voit la configuration politique dans l&#8217;Europe de l&#8217;Est changer complètement : les dictatures communistes s&#8217;effondrent, et « le soutien occidental aux opposants démocrates s&#8217;avère déterminant », retrace-t-il; le médecin caresse l&#8217;espoir de voir la même chose se produire dans son pays. Dans un premier temps, Idris est auréolé de son statut d&#8217;ancien prisonnier de guerre; le régime libyen n&#8217;ose prendre de mesure drastique à son encontre. Jusqu&#8217;à ce que, la pression devenant insupportable et craignant pour sa vie, il ne dépose une demande d&#8217;asile par l&#8217;entremise du CICR, et que la Suisse ne l&#8217;accueille.</p>
<p>Son arrivée en Suisse ne met pas fin aux pressions. Les menaces, les intimidations se poursuivent. Berne décide alors de le cacher dans le canton des Grisons, car Tripoli multiplie les coups de fils à la capitale helvétique pour s&#8217;enquérir de la situation d&#8217;Aboufaied. La Suisse, qui est tout au long de ses divers séjours soucieuse d&#8217;assurer la sécurité du Libyen, le déplace dans le pays et lui fournit une protection policière. Idris constate pourtant combien la Libye reste aux aguets : à plusieurs reprises, son chemin croise celui d&#8217;individus à la mine patibulaire mimant de leurs mains un couteau porté à leur gorge, simulacre pour rappeler qu&#8217;on ourdit toujours de lui trancher le gosier.</p>
<p>Pendant près de seize ans, Idris suit de loin les événements de son pays. Il mène sa vie en Suisse, effectue une spécialisation en chirurgie en Grande-Bretagne, travaille comme assistant chirurgical à l&#8217;hôpital de Sion. Le Libyen est confiant, il croit au changement démocratique et continue à militer pour celui-ci. Il est tellement optimiste que, lorsque le régime libyen annonce en 2006 une amnistie à toute personne ayant fuit le pays et n&#8217;ayant pas de sang sur les mains, il y retourne. Tous les deux ans en effet, la Libye formule de telles promesses ; Aboufaied décide alors de partir, car « je croyais le régime sincère, je refusais de rester silencieux loin de chez moi », confie-t-il. Il n&#8217;imaginait pas que Tripoli ne cherchait qu&#8217;à s&#8217;acheter une respectabilité internationale, le reste n&#8217;étant que poudre aux yeux. Quelques mois après son retour d&#8217;exil, il est emprisonné pour avoir projeté d&#8217;organiser une manifestation pacifique. L&#8217;arrestation a lieu le jour précédant le rassemblement; il sera condamné à 25 ans de prison en juin 2008, pour « complot terroriste ». Avant d&#8217;être « relâché probablement grâce aux pression de Condolezza Rice et Micheline Calmy-Rey », suppose-t-il.<br />
<span id="more-695"></span><br />
Ce qui est certain par contre, c&#8217;est que les conditions de détention sont ubuesques. Sa famille n&#8217;est pas autorisée à lui rendre visite. La seule et unique rencontre avec son avocat se fait trois minutes avant la tenue du procès. L&#8217;isolement est monnaie courante. Pendant une période de convalescence, quatre gardes armées lui sont assignés, quand bien même il est déjà solidement enchaîné au lit. Et même si Idris n&#8217;est jamais soumis à la torture, il peut entendre les plaintes de compagnons d&#8217;infortune qui, eux, n&#8217;ont pas cette chance. Il participe alors en signe de protestation à une grève de la faim, longue de trois mois; c&#8217;est peine perdue, personne ne prête attention aux détenus.</p>
<p>Même sa maladie, lorsqu&#8217;on lui diagnostique un cancer de la plèvre, est matière à chantage. Le gouvernement d&#8217;abord, puis la Fondation Kadhafi pour le développement (FKD) par la suite, vont lui proposer, en échange de l&#8217;arrêt définitif de toute revendication politique, une opération dans les 4 jours; à défaut de sa coopération, « qui sait quand vous serez opéré », s&#8217;entend-il dire. Pression révoltante, alors que le discours de la FKD est axé autour de la promotion de la démocratie, de la liberté de la presse et d&#8217;un pouvoir juridique indépendant. Au péril de sa vie, Idris décline l&#8217;offre, préférant rester fidèle à ses principes et valeurs. Plus tard, de retour en Suisse, il aura la possibilité de se faire soigner; mais à cet instant, dans cette cellule, il pense avoir signé son arrêt de mort en refusant de parapher la mort de son activité politique.</p>
<p>Le parcours d&#8217;Idris explique pourquoi il ne croit plus les promesses de changement du pays par le haut. Il rappelle aussi combien il existe une Lybie devant le rideau, et une seconde, tapie en coulisses : lorsque la FKD souligne l&#8217;importance de l&#8217;éducation de la jeunesse à la presse internationale, dans le même temps le colonel Khadafi regrette de dépenser 20 millions de dollars pour l&#8217;éducation des enfants du pays, trop à son sens. « Ils sont vus par Khadafi comme des boulets », lâche l&#8217;ancien détenu. Quant à la récente proposition du chef de l&#8217;Etat de distribuer la rente pétrolière directement au citoyen, en raison d&#8217;une administration corrompue ? « Comment maintenir dans ces conditions des hôpitaux, des universités ? Et qui sera chargé de répartir l&#8217;argent ? Les mêmes qui sont déjà au pouvoir aujourd&#8217;hui ». Sous-entendu : chassez la corruption, elle revient au galop. La démocratie en Libye ? Elle est possible, mais « seulement si les diplomates et les médias occidentaux soutiennent l&#8217;action de l&#8217;opposition. C&#8217;est tout ce que nous demandons », sollicite-t-il dans un demi-sourire.</p>
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		<title>L&#8217;information en Birmanie, un pari de Claude Schauli</title>
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		<pubDate>Thu, 28 May 2009 21:45:14 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[Birmanie]]></category>
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		<description><![CDATA[« En refusant l&#8217;assistance internationale en 2008 et pour imposer sa politique en Birmanie, la junte au pouvoir a peut-être tué 100&#8217;000 personnes ». Un constat froid que nous livre Claude Schauli, producteur et réalisateur, auteur de plus de 200 reportages, qui s’intéresse à la Birmanie depuis 34 ans, et lutte pour révéler les exactions du régime [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>« En refusant l&#8217;assistance internationale en 2008 et pour imposer sa politique en Birmanie, la junte au pouvoir a peut-être tué 100&#8217;000 personnes ». Un constat froid que nous livre Claude Schauli, producteur et réalisateur, auteur de plus de 200 reportages, qui s’intéresse à la Birmanie depuis 34 ans, et lutte pour révéler les exactions du régime militaire. Fort de sa longue pratique, il réalise « Birmanie, de la révolte au chaos »; un documentaire dont la sortie n&#8217;allait pas de soi, bien que la situation du petit pays soit catastrophique.</p>
<p>En effet, en dehors d&#8217;évènements exceptionnels, comme le furent les protestations des moines en 2007 – la révolte du safran – ou le dévastateur cyclone Nargis de 2008, il est difficile d&#8217;informer sur la Birmanie. Au niveau international tout d&#8217;abord, parce que s’agissant d’une petite nation, les médias se font prier pour diffuser des reportages. Au niveau intérieur ensuite, car si l’utilisation d’internet et des téléphones portables a connu un grand succès en 2007, la junte militaire au pouvoir verrouille l’information beaucoup mieux aujourd&#8217;hui; difficile pour le Birman moyen de suivre l&#8217;actualité de son pays.</p>
<p>Nargis change quelque peu la donne, du moins en ce qui concerne l&#8217;intérêt international porté à la Birmanie. Mais pas question pour un journaliste blanc de tourner dans la jungle, il serait immédiatement repéré : « on peut entrer illégalement en Birmanie, au moyen d&#8217;un faux passeport; mais si on se fait attraper, le régime vous liquide », regrette Schauli. Condamné à tourner depuis l&#8217;étranger, il s&#8217;établit pour la réalisation de son reportage à Mae Sot, une ville frontière thaïe où atterrissent de nombreux réfugiés fuyant l&#8217;oppression. « Je voulais raconter la terrible histoire du peuple birman, vue à travers ses émigrés », commente le réalisateur. Et d&#8217;évoquer cette institutrice de 22 ans, qui n&#8217;a jamais connu autre chose que le camp de réfugiés : elle y est née, elle y a grandit, elle y fait sa vie. </p>
<p>Grâce à un fidèle interprète, qui se trouve être un ancien leader des émeutes de 1988 – celles qui amenèrent les élections de 1990 qui virent notablement l&#8217;élection de Aung San Suu Kyi – et parce que les années lui ont permis de nouer des relations de confiance, il visite les leaders birmans pour les besoins du reportage. Mais beaucoup sont en prison, ont été tués, ou sont trop jeunes; l&#8217;opposition est exsangue. Il faut dire que les militaires ont fait le ménage depuis 2007, lorsqu&#8217;« ils [ont] été pris de court par les protestations ». </p>
<p>Informer est malaisé, la relève politique est hasardeuse, et étonnamment le réalisateur avoue faire reposer beaucoup d&#8217;espoirs sur la Chine, pays peu cité en matière de respect des droits humains. Mais « en 1988, la Chine était le premier pays à soutenir les étudiants, à soutenir des gens comme Aung San Suu Kyi » descendus la rue. « Aucune junte n&#8217;est immuable; le monde change, et peut-être que la Chine va se réveiller ». On ne peut qu&#8217;espérer aux côtés de Claude Schauli, et souhaiter que les futures élections de 2010 donneront un peu d&#8217;air à un peuple birman pris en otage par ses dirigeants.</p>
<p><em>(la diffusion du documentaire était prévue à l&#8217;origine pour le 9 août prochain, mais il a été avancé au&#8230; 22 mai passé !)</em></p>
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		<title>L&#8217;Iran, un leader en devenir sur la scène internationale</title>
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		<pubDate>Wed, 22 Apr 2009 11:43:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>jcv</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad occupe sans cesse une place d&#8217;importance dans les médias depuis son arrivée au pouvoir en 2005. Il est vrai que l&#8217;Iran est une préoccupation majeur de ce début de siècle, avec le développement de ses capacités nucléaires. D&#8217;autre part, son irrespect des principes fondamentaux liés aux droits humains est révoltant. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad occupe sans cesse une place d&#8217;importance dans les médias depuis son arrivée au pouvoir en 2005. Il est vrai que l&#8217;Iran est une préoccupation majeur de ce début de siècle, avec le développement de ses capacités nucléaires. D&#8217;autre part, son irrespect des principes fondamentaux liés aux droits humains est révoltant. Plus encore, ses crises économiques et alimentaires à répétition voue une partie de sa population à la pauvreté et la malnutrition. Il n&#8217;empêche : si l&#8217;on parle autant de l&#8217;Iran, et surtout en ce moment de rencontre internationale autour du racisme (&#8220;Durban II&#8221;, à Genève), c&#8217;est que le président est en campagne électorale, mais aussi qu&#8217;une réorganisation des relations internationales est en marche.</p>
<p>Le 12 juin 2009 ont lieu des élections présidentielles; il est important pour Ahmadinejad, qui s&#8217;est toujours posé en champion du monde arabo-musulman contre l&#8217;Occident, de confirmer sa lutte. Poudre aux yeux dans un pays qui a autre chose à faire que de s&#8217;occuper d&#8217;acquérir des capacités nucléaires ou de faire face aux &#8220;impérialismes&#8221; occidentaux : le développement économique devrait être la priorité numéro un, on devrait l&#8217;entendre plus souvent s&#8217;exprimer sur ce sujet. Mais il est plus facile de mobiliser un électorat sur un thème de fierté nationale, plutôt que de parler de sacrifices, de handicaps ou de responsabilité. On l&#8217;a vu et on le verra aussi dans d&#8217;autres Etats. Le résultat est l&#8217;éviction des adversaires trop dangereux (Khatami, le réformateur qui a &#8220;retiré&#8221; sa candidature), et un débat politique éloigné des besoins immédiats du pays, bien que la sécurité (voir ci-dessous) soit une préoccupation compréhensible.</p>
<p>Sur le plan international, l&#8217;une des carences d&#8217;importance du monde arabo-musulman réside dans le manque d&#8217;un Etat leader. Si l&#8217;Egypte se profile lors des rencontres internationales, son gouvernement dictatorial n&#8217;a pas l&#8217;aval du Maghreb et Mashrek. L&#8217;Algérie, la Tunisie ou le Maroc (dont le roi Hussein VI est &#8220;commandeur des croyants&#8221;) n&#8217;ont pas l&#8217;envergure nécessaire à assumer un rôle de leader. Au contraire de l&#8217;Iran qui, de plus en plus, sous l&#8217;égide d&#8217;Ahmadinejad, se fait porte-parole des Musulmans. Loin des préoccupations intérieures perses de développement, Ahmadinejad est vu comme le seul leader politique osant défendre le peuple &#8220;humilié&#8221; musulman.</p>
<p>En somme, lorsque Ahmadinejad déclare qu&#8217;Israël est un &#8220;Etat raciste&#8221; (lors de &#8220;Durban II&#8221;, il occupe un terrain désert. Il rappelle que si Israël a peur de son entourage, et que pour se protéger Tel-Aviv s&#8217;est doté de l&#8217;arme nucléaire, il en va de même pour ses voisins. Aucun leader musulman à l&#8217;échelon international ne mentionne avec autant de bagou cette évidence, et pourtant l&#8217;asymétrie militaire entre le Moyen-Orient et Israël ne peut pas être acceptée. Et il se trouve qu&#8217;Ahmadinejad est le seul à dénoncer cette asymétrie. Quoi de plus normal que l&#8217;écoute bienveillante apportée au président iranien ? </p>
<p>Ahmadinejad devrait assurément se préoccuper de situation économique de son pays. Mais parce qu&#8217;il est en campagne intérieure et internationale, et que sur la scène internationale il occupe une niche vide, le récent discours de &#8220;Durban II&#8221; allait de soit. Les mots utilisés par le président iranien sont inacceptables, mais force est de constater qu&#8217;il a une vision de sa fonction beaucoup pérenne que les explications données par les médias occidentaux ne le laisseraient envisager.</p>
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		<title>La pensée révolutionnaire d&#8217;Evhémère au IIIe s. avant notre ère</title>
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		<pubDate>Thu, 11 Dec 2008 12:28:39 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Bien avant les tentatives de rationalisation occidentales qui aboutiront à l&#8217;athéisme et l&#8217;agnosticisme, la Grèce antique procède à sa propre destruction de mythes et légende au IIIe siècle avant J.-C. Avec un souci d&#8217;observation qu&#8217;il ne faudrait toutefois pas, dans un élan d&#8217;anachronisme, mélanger avec la pensée scientifique moderne européenne, Evhémère, mythographe grec, cristallise aux [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Bien avant les tentatives de rationalisation occidentales qui aboutiront à l&#8217;athéisme et l&#8217;agnosticisme, la Grèce antique procède à sa propre destruction de mythes et légende au IIIe siècle avant J.-C. Avec un souci d&#8217;observation qu&#8217;il ne faudrait toutefois pas, dans un élan d&#8217;anachronisme, mélanger avec la pensée scientifique moderne européenne, Evhémère, mythographe grec, cristallise aux alentours de -300, dans son oeuvre l&#8217;Ecriture sacrée, une pensée embryonnaire qui survivra à la chute de l&#8217;empire romain et traversera tout le Moyen Age : l&#8217;idée que les dieux ne sont que des hommes.</p>
<p>Ses écrits ne nous sont parvenus que de seconde, ou plutôt tierce main; traduit du grec vers le latin par le poète Ennius, la survivance de ses thèses ne nous sont dues qu&#8217;à Lactance, qui cite abondamment la traduction d&#8217;Ennius. Ce qui suffit toutefois pour retranscrire sa théorie : les dieux sont des hommes au destin élevé, des rois qui ont permis à leur peuplade de se former et se maintenir en société. De se civiliser. Et parce qu&#8217;ils ont amené les bienfaits de la civilisation ils seront, à leur mort, déifiés. Sorte de gratification pour biens rendus, la déification n&#8217;empêche pas Evhémère d&#8217;affirmer pouvoir citer les lieux où sont enterrés les &#8220;dieux&#8221;. Zeus (Jupiter pour les Romains), qui aurait mené la guerre contre les Titans, aboli le cannibalisme, aurait été brûlé et enterré à sa mort à Cnossos, en Crète. Ou encore, Aphrodite aurait été une simple courtisane. On le voit bien, son postulat est révolutionnaire; bien qu&#8217;Evhémère cite des prédécesseurs, tel que Hécatée d&#8217;Abdera qui lui s&#8217;intéressa dans une certaine mesure aux mythes des dieux égyptiens, aucun n&#8217;était allé aussi loin dans la démythification du panthéon grec. Il faut noter ici que le contexte dans lequel évolue le mythographe est particulier : il voit de ses yeux le processus de divinisation d&#8217;Alexandre le Grand, le plus grand conquérant que la Grèce antique n&#8217;ait jamais connu. Lui, qui sait bien qu&#8217;Alexandre de Macédoine n&#8217;était qu&#8217;un homme, assiste de son vivant, à la transformation de l&#8217;homme en dieu; il est certain que cette déification a eu une influence sur sa façon d&#8217;envisager l&#8217;Olympe des dieux.</p>
<p><span id="more-690"></span>Sa pensée, aussi bien au niveau politique et philosophique, est subversive. A une époque où l&#8217;on explique encore les tremblements de terre comme &#8220;un signe divin de futurs changements&#8221; (Thucydide), si le Grec n&#8217;est pas fataliste, il n&#8217;en reste pas moins persuadé que de mauvaises actions entreprises provoqueront le courroux des Olympiens. Il est des règles auxquelles un homme doit se conformer. La piété est une valeur forte de cohésion sociale, et Evhémère ne propose ni plus ni moins que de mettre sur la table la plupart des valeurs de la Polis (la Cité) grecque. Si les dieux sont une invention humaine, pourquoi suivre leurs préceptes, qui sont eux-mêmes par conséquent humains ? La légitimité des lois s&#8217;en trouverait bouleversée. La légitimité des dirigeants qui, dans une moindre mesure chez les Grecs, selon le type de gouvernement en place, serait remise en question.</p>
<p>La portée de l&#8217;évhémérisme est difficile à jauger. Plutarque et Cicéron, plusieurs siècles plus tard, le lisent mais le désavouent. Ce dernier l&#8217;affuble même du sobriquet &#8220;d&#8217;ennemi de la piété&#8221;. La Rome antique, qui est en pleine ascension après la mort d&#8217;Alexandre, incorpore bien des héros et des dieux grecs, puisant sa philosophie et une partie de sa mythologie chez ce voisin autrefois si puissant. De manière générale, les écrivains grecs et romains, proches très souvent du pouvoir (ou l&#8217;exerçant, à l&#8217;image de Cicéron), rejettent une telle lecture de la mythologie gréco-romaine.</p>
<p>Malgré tout, la tradition de l&#8217;évhémérisme survit, et se retrouve sous la plume de certains auteurs. Tertullian (145-220 ap. J.-C.) se réfère aux hommes cités dans les écrits des annalistes et historiens, mentionne que bien des &#8220;dieux&#8221; étaient, lors de la consignation de leurs exploits, de simples hommes. Ce n&#8217;est qu&#8217;à leur mort qu&#8217;ils sont devenus dieux. Il note alors que par cet divinisation post mortem, ils sont devenus dieux de choses qui leur préexistaient. Sous-entendu possible : quels dieux régnaient avant eux sur ces choses ? D&#8217;autre part, en admettant que la déification soit une sorte de gratification pour services rendus (après tout, c&#8217;est ce qui est arrivé à César et à Auguste, Tertullian leur est postérieur), pourquoi des mortels qui avaient des compétences hors du commun (Aristote, Themistocles, Aristide, etc) n&#8217;ont-ils pas eu droit au même sort ? Le dieu suprême se serait associé trop rapidement à des dieux de moindre qualité, il eut été plus sage d&#8217;attendre avant de faire son choix. C&#8217;est tout le processus de déification qui est remis en question sous sa plume.</p>
<p>Lactance (260-330), dans la droite ligne d&#8217;Evhémère et auteur grâce à qui nous connaissons les écrits de ce dernier, énumère les fondateurs des différentes civilisations (Carthages, Samos, Delphes, Latins, etc) et leur associe leurs divinités fondatrices, qui sont des dieux majeurs (Vulcain, Apollon, Venus, Minerve).</p>
<p>La christianisation de l&#8217;empire romain, et les besoins de légitimer la nouvelle religion face aux anciennes, fera prendre un tour inattendu à l&#8217;évhémérisme. Ainsi, à l&#8217;époque médiévale, il sera usité par les auteurs chrétiens, puisque particulièrement adapté au combat du paganisme. Instrumentalisé, il fera office d&#8217;argument prosélyte face à ceux qui hésitent encore à se convertir, raillant les adeptes d&#8217;hommes artificiellement élevés au rang de dieux. Isidore de Séville (575-638) résume les thèses de l&#8217;évhémérisme, et inspirera de nombreux auteurs, surtout à la Renaissance. Roger Bacon, dans son <em>Opus Maius</em>, explique ainsi les origines humaines de Io, Minerve, Prométhée, etc. Mais de manière générale, le monothéisme se servira goulûment au banquet de l&#8217;évhémérisme, parfois sans comprendre combien cette théorie peut s&#8217;avérer dévastatrice même pour les suiveurs de Jésus de Nazareth.</p>
<p>Il peut sembler étrange en effet que le christianisme reprenne à son compte la théorie de l&#8217;évhémérisme, puisqu&#8217;on pourrait l&#8217;appliquer aussi bien à Jésus de Nazareth, Roi des rois, ayant civilisé ses apôtres, déifié à sa mort. Celse, philosophe épicurien grec du IIe siècle de notre ère attaquant avec virulence le dogme chrétien, relève que selon les préceptes chrétiens, il serait impossible pour Dieu d&#8217;habiter un corps mortel. Non sans ironie, il note qu&#8217;il ne resterait par conséquent que les possibilités de la déification post mortem, ou celle du mensonge, avec Jésus de Nazareth se faisant passer pour un dieu. Evacuant cette seconde réponse, Celse poursuit sur la première : Jésus de Nazareth est donc déifié après sa mort; en quoi cela change-t-il des traditionnels Hercule, Appolon, et autres dieux romains ? A cette contradiction, des auteurs chrétiens répondent que Jésus de Nazareth n&#8217;est pas un homme devenu dieu par sa mort, mais un dieu devenu <em>temporairement</em> homme, lors de sa résurrection. Mais alors, enchaîne Celse, Jésus de Nazareth n&#8217;est qu&#8217;une apparition; et de citer de nombreuses apparitions d&#8217;autres divinités romaines. La vénération de Jésus de Nazareth, selon Celse, et entièrement arbitraire. Il insiste sur le fait que les Chrétiens, qui se moquent des Grecs vénérant Zeus, dont la tombe serait en Crète, vénèrent eux Jésus de Nazareth, sorti de sa propre tombe. Si l&#8217;on connaît le site funéraire des dieux romains, on connaît tout aussi bien l&#8217;emplacement de la tombe du dieu chrétien. Si il faut accorder foi à l&#8217;évhémérisme, Jésus de Nazareth est un roi des hommes, mort en homme et déifié à sa mort; il est donc sur pied d&#8217;égalité avec les dieux (évhémérisés) romains. Ce qui fait conclure Celse par la dérision : il raille  les maigres exploits de Jésus de Nazareth, comparés aux accomplissements des dieux grecs. Le christianisme, chez Celse, n&#8217;est qu&#8217;une vulgaire superstition; si il avait vécu un siècle de plus, Celse aurait pu assister à la promotion de cette superstition en religion d&#8217;Etat, sous la férule de Constantin Ier qui se convertit au christianisme et plaçant le Dieu chrétien au-dessus de lui-même. Le polythéisme en Occident commence à mourir mais l&#8217;évhémérisme, lui, poursuivra sa destinée, se retrouvant sous la plume de Voltaire dans ses <a href="http://books.google.ch/books?hl=fr&amp;id=YREPAAAAQAAJ&amp;dq=%C3%A9vh%C3%A9m%C3%A8re&amp;printsec=frontcover&amp;source=web&amp;ots=rZj0XAsY4r&amp;sig=sdW84zcJ4ibOD6iFYWGL58GG83k&amp;sa=X&amp;oi=book_result&amp;resnum=10&amp;ct=result#PPA1,M1">Dialogues d&#8217;Evhémère</a>.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">
<p style="margin-bottom: 0cm;">
<p style="margin-bottom: 0cm;"><em>Sources :</em></p>
<ul>
<li>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Brown, Truesdell S., « Euhemerus 	and the Historians », <span style="font-style: normal;">in</span> <em>The Harvard Theological Review</em>, Vol. 39, No. 4, October 1946, 	pp. 259-274</p>
</li>
<li>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Cooke John Daniel, « Euhemerism: 	A Mediaeval Interpretation of Classical Paganism », <span style="font-style: normal;">in</span> <em>Speculum</em>, Vol. 2, No. 4, October 1927, pp. 396-410</p>
</li>
<li>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Gamble Harry Y., « Euhemerism 	and Christology in Origen: &#8220;Contra Celsum&#8221; III 22-43 »,<em> </em><span style="font-style: normal;">in</span> <em>Vigiliae 	Christianae</em>, Vol. 33, No. 1, March 1979, pp. 12-29</p>
</li>
<li>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Spyridakis S., « Zeus Is 	Dead: Euhemerus and Crete », <span style="font-style: normal;">in</span><em> The Classical Journal</em>, Vol. 63, No. 8, May 1968, pp. 337-340</p>
</li>
</ul>
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		<title>Imprescriptiblité des actes pédo-pornographiques : le triomphe de la démocratie kitsch</title>
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		<pubDate>Mon, 01 Dec 2008 12:17:17 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[La démocratie suisse, l&#8217;une des plus avancée au monde en ce qui concerne les prérogatives accordées au peuple, a encore donné la parole au pouvoir de la victimisation : hier, 30 novembre, l&#8217;initiative populaire concernant l&#8217;imprescriptibilité des actes pédo-pornographiques a été acceptée. De justesse, mais il faut noter que l&#8217;association de la Marche blanche a [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La démocratie suisse, l&#8217;une des plus avancée au monde en ce qui concerne les prérogatives accordées au peuple, a encore donné la parole au pouvoir de la victimisation : hier, 30 novembre, l&#8217;initiative populaire concernant l&#8217;imprescriptibilité des actes pédo-pornographiques a été acceptée. De justesse, mais il faut noter que l&#8217;association de la Marche blanche a fait campagne contre la quasi totalité des acteurs politiques du pays, sans beaucoup de moyens, face à des médias plutôt hostiles. Malgré cela, il n&#8217;est que peu de régions qui l&#8217;aient refusé, les Helvètes ayant troqué leur sens critique contre un &#8220;accord catégorique sur l&#8217;horreur que représente la pédophilie&#8221;. Les anciens grecs avertissaient déjà : une démocratie sans garde-fous, c&#8217;est une démocratie victime des modes, des sentiments, où l&#8217;irrationnel est roi. Depuis hier, la Suisse doit se doter d&#8217;un arsenal législatif rendant possible la poursuite d&#8217;un acte à caractère sexuel sans contrainte de temps. A 60 ans, poursuivre son père ou sa mère de 90 ans sera désormais possible.</p>
<p>C&#8217;est le règne de l&#8217;irrationnel, car il était impossible de s&#8217;opposer de manière argumentée aux défenseurs des victimes de tels actes.  Y a-t-il vraiment parmi les Suisses des gens qui souhaitent voir les abuseurs d&#8217;enfants épancher en toute quiétude leurs déviances ? Bien sûr que non. Raison pour laquelle le Conseil fédéral (l&#8217;exécutif suisse) avait pris les devants et proposé une limite d&#8217;âge pour déclencher de telles poursuites : 33 ans. Un âge arbitraire, certes, mais lorsqu&#8217;on imagine les difficultés qui peuvent surgir lors de la collecte des preuves et témoignages dans une affaire qui se serait produite au minimum 15 ans auparavant, la plafond semble raisonnable. Mais en face des différents arguments, il existe le kitsch : une émotion à la force irrésistible, qui emporte tout sur son passage. Une émotion unanime qui, vantant la douleur des victimes, ne fait pas cas de la rationalité ou de l&#8217;intérêt général. Ou bien vous êtes avec nous, ou bien vous êtes contre nous; il faut choisir son camp.<br />
<span id="more-688"></span><br />
Il est utile de se rafraîchir la mémoire sur ce qu&#8217;est le kitsch :</p>
<blockquote><p>Derrière toutes les croyances européennes, qu&#8217;elles soient religieuses ou politiques, il y a le premier chapitre de la Genèse, d&#8217;où il découle que le monde a été créé comme il fallait qu&#8217;il le fût, que l&#8217;être est bon et que c&#8217;est donc une bonne chose de procréer. Appelons cette croyance fondamentale <b>accord catégorique avec l&#8217;être</b>.<br />
Si, récemment encore, dans les livres, le mot merde était remplacé par des pointillés, ce n&#8217;était pas pour des raisons morales. On ne va tout de même pas prétendre que la merde est immorale ! Le désaccord avec la merde est métaphysique. L&#8217;instant de défécation est la preuve quotidienne du caractère inacceptable de la Création. De deux choses l&#8217;une : ou bien la merde est acceptable (alors ne vous enfermez pas à clé dans les waters !), ou bien la manière dont on nous a créés est inadmissible.<br />
Il s&#8217;ensuit que l&#8217;<b>accord catégorique avec l&#8217;être</b> a pour idéal esthétique un monde où la merde est niée et où chacun se comporte comme si elle n&#8217;existait pas. Cet idéal esthétique s&#8217;appelle le <b>kitsch</b>.<br />
[...]<br />
Il faut évidemment que les sentiments suscités par le kitsch puissent être partagés par le plus grand nombre. Aussi le kitsch n&#8217;a-t-il que faire de l&#8217;insolite; il fait appel à des images clés profondément ancrées dans la mémoire des hommes : la fille ingrate, le père abandonné, des gosses courant sur une pelouse, la patrie trahie, le souvenir du premier amour.<br />
Le kitsch fait naître coup sur coup deux larmes d&#8217;émotions. La premier larme dit : Comme c&#8217;est beau, des gosses courant sur une pelouse !<br />
La deuxième larme dit : Comme c&#8217;est beau, d&#8217;être ému avec toute l&#8217;humanité à la vue de gosses courant sur une pelouse !<br />
Seule cette deuxième larme fait que le kitsch est le kitsch.<br />
La fraternité de tous les hommes ne pourra être fondée que sur le kitsch.</p>
<p>Milan Kunder, L&#8217;insoutenable légèreté de l&#8217;être, pp. 356-362
</p></blockquote>
<p>Ainsi, voici que toute opposition ou remise en question de cette nouvelle loi était combattue par un &#8220;vous vous fichez des victimes&#8221;, &#8220;vous faites le jeux des pédophiles&#8221;. Savoir que les experts et les avocats, travaillant de concert avec des victimes, récriaient une telle loi, ne pesait pas lourd dans la balance. Essayer de complexifier le débat, pour rappeler qu&#8217;un pédophile n&#8217;est pas un monstre, que lui aussi fait partie de l&#8217;humanité et qu&#8217;à ce titre, cette variable doit faire partie de la discussion, est ignominieux. De fait, l&#8217;imprescriptibilité des actes sexuels à l&#8217;égard d&#8217;enfants met la pédo-pornographie sur pied d&#8217;égalité avec les crimes de génocide et contre l&#8217;humanité. Tous les fléaux, dès lors, se valent : une famille détruite vaut bien des villages rasés, des camps de concentration, des viols en masse avec tessons de bouteille, ou n&#8217;importe quelle folie inventée par le pervers esprit humain.</p>
<p>La volonté de remettre en question les conditions dans lesquelles un jugement doit être mené est confondu avec la remise en question de la douleur de la victime. Pourtant, il ne viendrait pas à l&#8217;esprit d&#8217;un quelconque esprit sain de nier la réalité de cette douleur; mais une société mûre devrait pouvoir aborder de manière détachée un tel problème, lourd de conséquence sur sa destinée, sa gestion des blessures, l&#8217;effet réparateur sur-interprété de la justice.</p>
<p>Quoi qu&#8217;on en dise, le peuple n&#8217;a pas toujours raison, j&#8217;en veux pour preuve les nombreux accidents de l&#8217;histoire provoqués par des votations sous le coup de l&#8217;émotion. Car si l&#8217;émotion est aussi vecteur d&#8217;intelligence, cette émotion est monopolisée dans ce débat au profit des seules victimes; pas de débat sur les pédophiles eux-mêmes, rien sur les remous sociétaux provoqués par de tels décisions législatifs, où la multiplication possible de &#8220;fausses victimes&#8221;. Un simple &#8220;<a href="/blog/2007/peine-de-mort-et-si-cetait-votre-enfant" title="Peine de mort : Et si c’était votre enfant ?">et si c&#8217;était mon enfant</a>&#8220;, et voilà que tout esprit critique s&#8217;effondre. Tu n&#8217;es pas dans mon camp, te voilà par conséquent du côté des pédophiles.</p>
<p>Plus que le résultat lui-même, qui pourrait se justifier à l&#8217;aune d&#8217;un débat approfondi, c&#8217;est le carcan de lequel s&#8217;est déroulé la campagne qui est insupportable. L&#8217;absence de hauteur, d&#8217;espace pour développer le pour et le contre, auront été proprement étouffants. Dignes d&#8217;une démocratie honnie des Grecs antiques. Digne d&#8217;un monde gouverné par le kitsch.</p>
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		<title>Economie: l&#8217;Etat est de retour. Ah bon, il était parti ?</title>
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		<pubDate>Sat, 29 Nov 2008 16:48:28 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[A en croire les économistes qui font volte-face sans tabou depuis le mois septembre 2008, les règles du jeu national, voire internationale vont s&#8217;en retrouver changées. L&#8217;Etat, longtemps absent grâce au consensus néo-libéral regano-thatchérien de la fin des années 70 &#8211; début 80, va réimposer des règles et même une morale à ses citoyens. Terminé [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>A en croire les économistes qui font volte-face sans tabou depuis le mois septembre 2008, les règles du jeu national, voire internationale vont s&#8217;en retrouver changées. L&#8217;Etat, longtemps absent grâce au consensus néo-libéral regano-thatchérien de la fin des années 70 &#8211; début 80, va réimposer des règles et même une morale à ses citoyens. Terminé le désengagement et le laisser-faire, voici venu à nouveau le temps des politiques keynésiennes (investissement de l&#8217;Etat dans l&#8217;économie) et du grossissement étatique propre aux périodes de crises. L&#8217;Etat va enfler, se boursouffler sous les nouvelles tâches; mais le régime alimentaire de ces dernières années était-il vraiment si frugal ? Ou au contraire, n&#8217;est-ce qu&#8217;une obésité plus prononcée qui se profile à l&#8217;horizon ?<br />
<span id="more-687"></span><br />
Les tâches de l&#8217;Etat n&#8217;ont cessées de se multiplier au fil des ans, avec la régularité d&#8217;un métronome. Il est peu d&#8217;invasions dans la vie privée de ses citoyens que l&#8217;Etat se soit refusé. Au nom de la lutte contre le terrorisme, l&#8217;Occident n&#8217;a cessé de multiplier les immixtions et de densifier son contrôle sur ses habitants. Tests ADN qui deviennent la règle, empreintes génétiques dans les passeports, des pays autrefois réfractaires aux cartes d&#8217;identité se mettent au diapason (la Grande-Bretagne), vidéo-surveillance pour &#8220;le bien commun&#8221;, échange d&#8217;informations entre les différents départements administratifs, surveillance électronique, bref, l&#8217;Etat-nation n&#8217;a jamais, au cours de sa courte histoire, autant développé ses moyens de contrôle à l&#8217;égard de ses habitants. Les bases de données sur les citoyens contiennent une quantité d&#8217;informations gigantesque. Les citoyens étant ainsi plus liés que jamais à leur Etat, qui sait tant de choses sur lui, il n&#8217;a jamais été aussi difficile de se déplacer (hors UE) en temps de paix, le ramifications de l&#8217;Etat s&#8217;étant étendues dans toutes les sphères privées. Fichage de millions de &#8220;trublions subversifs potentiels&#8221; en Suisse dans les années 90, fichage des habitudes de lecture pour les emprunts bibliothécaires aux USA par le biais du <em>Patriot Act</em>, l&#8217;Etat a rivalisé d&#8217;imagination pour surveiller sa population. Avec pour conséquence une explosion de la taille des Etats, étant amenés à répondre à de plus en plus de tâches de sécurité. Chaque type d&#8217;information est, nous assure-t-on, totalement compartimentée; quelque soit notre propre opinion sur ces assurances, ces informations existent, et leur collection coûte.</p>
<p>Cette croissance devrait avoir une contrepartie, car des tâches autrefois dévolues à ces mêmes Etats ont toutefois été privatisées. La téléphonie, l&#8217;énergie (toutefois avec un retour de balancier, dans ce cas précis) et l&#8217;eau figurent parmi les domaines d&#8217;importance autrefois dévolus à l&#8217;acteur étatique, et sont aujourd&#8217;hui régis par des règles libérales. Mais la sécurité, bien que parfois sous-traitée, est restée l&#8217;apanage d&#8217;Etats, soucieux de la protection de son territoire. L&#8217;on constate ainsi, ces 30 dernières années, un gonflement étatique dans certains secteurs, au détriment de (au sens large) l&#8217;économie. Les prérogatives régaliennes (sécurité et défense nationales), souci par excellence des néo-libéraux, n&#8217;a cessé de s&#8217;affirmer avec vigueur, avec un coup d&#8217;accélération au lendemain du 11 septembre 2001. Avec l&#8217;exception notable, en Europe, de la défense (inter)nationale; les dépenses dans ce domaine sont restées plutôt stables, au contraire de la sécurité intérieure, qui a connu une explosion de l&#8217;offre et de la demande.</p>
<p>Et encore, le désengagement de la sphère économique n&#8217;est pas si évident que cela. Car avec la multiplications des échanges, la production de règles s&#8217;est intensifiée; le lieux commun qui voudrait que les Etats se désengagent du secteur économique n&#8217;est vrai qu&#8217;en partie. Des organismes inter et supra nationaux (OMC, UE, Forums intercontinentaux) ont vu le jour depuis la fin de la IIe Guerre Mondiale. Dans le dogme (néo)libéral, l&#8217;intensité des échanges participe à la croissance économique commune (et accessoirement, à la paix dans le monde). Faisant leur ce postulat, les Etats ont mis tout en oeuvre pour faciliter au maximum ces échanges; ce qui a eu pour effet paradoxal, phénomène éminemment visible en Europe, d&#8217;édicter une quantité invraisemblable de règles pour que les échanges se fassent sur un pied d&#8217;égalité pour tous les acteurs. Ainsi, pour &#8220;libérer le marché des contraintes étatiques&#8221;, la CEE, puis l&#8217;UE ont produit toutes sortes de lois calibrant la taille des marchandises, les tests hygiéniques qu&#8217;elles devaient subir, etc, avec pour conséquence l&#8217;engagement d&#8217;une armée de fonctionnaires veillant à leur bonne application. Créer les cadres favorables à une concurrence transparente et équilibrée a ainsi eu pour effet d&#8217;agrandir encore l&#8217;Etat et de créer de nouveaux organismes soutenus par l&#8217;Etat. L&#8217;Etat a ainsi, en période de croissance des échanges post-IIe GM, crût y compris dans le secteur économique; ce qu&#8217;il faisait sortir par la porte rentrait par la fenêtre.</p>
<p>Les Etats, dont on attend ces prochains mois, ces prochaines années, un élargissement de leur champs d&#8217;activité, ne partent donc pas d&#8217;une croissance zéro de leur activité; par contre, ils vont avoir à composer avec une croissance proche de ce chiffre. En conséquence, il risque de se produire une réaffectation des ressources allouées, même si les domaines qui en pâtiront ne sont pas encore discernables. Mais réaffectation, il y aura : avec une croissance amoindrie, voire négative depuis quelques mois pour certains Etats, des choix devront être opérés. On lâche les milliards requis par la situation d&#8217;urgence, mais l&#8217;hypothèque sur l&#8217;avenir devra un jour être réglée; au détriment de qui se fera-t-elle ? Ne nous leurrons pas, notre survie économique a un coût. Il faudra bien passer à la caisse un jour ou l&#8217;autre.</p>
<p>L&#8217;Etat a crû ces dernières années. L&#8217;Etat ne fait d&#8217;ailleurs que croître depuis l&#8217;invention de l&#8217;Etat-nation, et les attentes sans cesse multipliées par les nouvelles problématiques (terrorisme, écologie, discussion entre nations) et les attentes toujours plus élévées de la part des citoyens. La tempête économique qui s&#8217;est levée accélérera encore cette croissance; mais il faut une sacrée dose d&#8217;hypocrisie (ou de cécité, c&#8217;est selon) pour affirmer que &#8220;l&#8217;Etat est de retour dans l&#8217;économie&#8221;. Il ne l&#8217;avait jamais quitté.</p>
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