Portrait-type T'as des exemples ? C'est dangereux ? Tester sa grosdurattitude Do it yourself Do it yourself
asdfasdf      Quelle femme n'a jamais rêvé de se retrouver au bras d'un type imposant le respect d'un seul regard,
sûr de sa virilité et de sa force ? Quel homme n'a jamais rêvé d'être ce genre de type, dont la seule
évocation du prénom fait vibrer à l'unisson des hordes de femmes ? Penchons-nous sur la
grosdurattitude.

L'individu «gros dur» est un phénomène en soi ; difficile de le rattacher à une quelconque étude
psychologique ou sociologique, il est au-dessus des basses préoccupations humaines. Il se focalise
avant tout sur lui-même, son apparence, mais n'est pas pour autant exactement tourné vers
l'introspection : les sentiments, ça ne l'intéresse pas.

L'avantage de correspondre aux canons du «gros dur», outre la reconnaissance de la gente féminine et le
respect du giron mâle, c'est la simplification de la vie: pas un problème qui ne se résolve à coup de
menaces ou à coup de… poings. Pas besoin de réciter Baudelaire pour être un tombeur, il suffit de
monter les manches au-dessus du biceps, en accompagnant le mouvement d'un rictus en forme de
poisson-chat au bout des lèvres.

Beaucoup de personnes, attirées par l'aura qui rayonne autour du «gros dur», ont tenté de le devenir
elles-mêmes: combien y sont vraiment arrivées ? Combien d'Harley Davidson délaissées à l'abandon sur
un trottoir, par manque de pratique, combien ont laissé exploser leurs sentiments et déclaré leur
flamme à l'être convoité, dévoilant ainsi toute sa sensiblerie? Essayons de faire un tour d'horizon,
et de comprendre ce qu'est exactement ce mythe des temps modernes, le «gros dur».

La datation de l'émergence du phénomène est une entreprise un peu risquée, tant elle est loin de faire
l'unanimité; certains se plaisent à le faire remonter au moins à James Dean, pour d'autres ce serait
Ulysse dans «l'Odyssée». Au-delà de ce débat de grosdurologues, on s'accorde pour identifier que l'un
des accessoires majeurs, à savoir la moto, qui ne prendra sa forme définitive que durant la IIème
Guerre mondiale (l'invention originelle de Louis-Guillaume Perreau, le vélocipède à vapeur, ne nous
parait pas être ici pertinente), permettra dès les années 50 une fusion totale entre les hommes peu
loquaces et ce véritable objet de culte sur deux roues : durant la même décennie, on assistera donc à
l'apparition du nucléaire civil, au traité sino-soviétique, et à l'enfantement du «gros dur».

En ce qui concerne les signes extérieurs de grosdurité, il convient au lecteur de se poser avant tout
lui-même la question : tout le monde a autour de soi des «gros durs», ces individus auxquels on
aimerait tant ressembler. Et la bonne nouvelle, c’est que tout le monde, à force d'abnégation et de
don de soi, est à même de se transformer en icône vénéré par des cohortes soumises.

Si la force physique est un avantage indéniable, ce n'est pas pour autant une condition sine qua non;
on a recensé plus d'une centaine de «gros durs» dans la seule région du Gros de Vaud, qui ne
dépassaient pas les soixante kilos tout mouillé. Faire partie de cette élite est donc avant tout un
état d'esprit, une volonté de puissance, que ne renierait pas Nietzsche. Le dédain, la superficialité,
le sentiment d'appartenance à une caste supérieure ne sont pas des qualités innées, mais elles
s'obtiennent bel et bien grâce au travail. Les lecteurs croyant que le Fonzie d'Happy days est le
résultat d'un savant mélange génétique, devraient suivre une cure accélérée de déniaisement.

Sans viser la complétude, il nous paraît judicieux ici de donner quelques conseils en vrac aux
personnes désireuses d'être immortalisées dans le panthéon des porteurs de blouson en cuir et autres
frimeurs. En premier lieu, il est primordial de correctement cultiver le détachement vis-à-vis des
simples mortels fréquentés ; ayez constamment à l'esprit que le paraître passe avant l'être, et que
vous ne pouvez, à ce titre, être préoccupé par le menu fretin qui vous entoure. Entraînez-vous à
grimacer devant votre miroir, cela vous évitera d'être pris au dépourvu le moment fatidique.

Tout aussi important, votre loquacité doit être réduite au strict minimum; plus vous parlez, plus le
risque de sembler humain est grand. Ne tombez pas dans ce piège de débutant, et affichez un faciès
reflétant votre assurance inébranlable en réponse à toute question nécessitant l'éruction de plus de
huit syllabes. Seule exception : la vantardise. Toute discussion qui n'est pas directement liée à vos
exploits (même imaginaires) n'est que logorrhée.

Et qu'en est-il du matériel, vous demandez-vous frétillant. Rappelez-vous la règle d'or : seule
l'apparence compte. Avoir des clés et des gants de moto, que l'on montre ostensiblement, est plus
important que la moto elle-même. Avouer à demi-mot que l'on est l'amant d'Adriana Karembeu, compte
plus que l'avoir au bout du bras.

Car il ne faut pas perdre de vue l'attribut principal du «gros dur» : la femelle. Elle ne se compte
pas dans cet univers, elle se pèse (se souvenir des Bronzés); on ne lui parle pas, on lui demande de
prendre ses affaires le lendemain matin. Ici, mesdames, une prise de conscience doit se faire jour :
il n'y a pas d'équivalent féminin de ces hommes qui vous font tant rêver. Essayez de mettre au féminin
les termes «gros dur», et admirez le désastre.

Ainsi armés, vous voilà prêts à affronter la guerre totale que nous, tous les mâles, vivons
quotidiennement.

A Mario.
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