Oct 04 2005
De la radicalité

Ce n’est pas nouveau, mais le fait qu’on me l’ait reproché récemment m’a amené à repenser ma relation avec la radicalité. On me taxe d’extrémiste depuis aussi petit que je me souvienne, ou presque : c’est-à-dire depuis mon adolescence :).

Pourquoi le suis-je ? Mes études universitaires, et surtout la découverte de la dialectique m’ont fourni une justification auto-complaisante très pratique : de la confrontation d’idée naît la progression. Une opposition frontale, maximum, permet une réaction équivalente, et correctrice : à l’image d’une balle de ping-pong qui serait constamment renvoyée par deux raquettes, les joueurs se rapprocheraient progressivement jusqu’à ne plus pouvoir assez de latitude pour se la renvoyer. A cet instant, la discussion/évolution est terminée. Jusqu’à ce qu’un nouveau joueur intervienne, et la partie reprenne. Sans fin. Ou pour reprendre une autre métaphore, on peut imaginer un circuit en multiples « z », ou une boule rebondit; prenant de la distance, les contours deviennent flous : on se rend compte que 1000 de ces virages ne formaient en réalité qu’une seule ligne droite. Et ainsi de suite.

Définition classique de la dialectique, je suis plus proche d’un Hegel et non pas d’un Marx pour le coup; ce n’est pas la diamat qui dirige le monde, mais une « diaidée », puisque je crois les idées plus fortes que la matière. Mais laissons de côté le débat philo, sur ce point au moins.

Le décors maintenant planté, on peut comprendre l’importance que revêt pour moi le débat d’idée, et pourquoi je suis dans le meilleur des cas tiède pour le consensus politique. Surtout en matière de politique, domaine par excellence de combat d’idées. Je crois sincèrement qu’une défense molle de ses idées ne donne que des résultats mous. Les choses changent vaguement en Suisse actuellement, il est vrai; mais le manque de charisme, de courage politique, reste malheureusement une constante dans le pays. J’en veux pour preuve un président de la Confédération qui a accompli pour seul acte symbolique en 9 mois : la visite d’une caserne de pompier au nouvel an, lors de la catastrophe du tsunami en Asie du sud-est. Monsieur Schmidt n’est pas à critiquer; il est le pur produit fabriqué par le système politique suisse, conforme aux conceptions et attentes de ses habitants.

On peut évidemment m’objecter, surtout que dans le cas suisse, que c’est cette mollesse – représentée fantastiquement par des Conseillers fédéraux de tout temps (à quelques rares exceptions) moyens, lisses – qui a été la garante d’une entente entre des cultures et langues différentes. Ce à quoi je rétorquerai que je préfère la passion à la paix; et que de toute manière, c’est peut-être aussi pécher par téléologie que de croire que c’est le consensus suisse qui a amené la paix. Je suis un sale romantique qui croit qu’il vaut mieux mourir debout que vivre à genoux, et quantité de conneries du genre qui me passeront peut-être le jour où je serai confronté à de vrais troubles. Peut-être Maslow confirmera-t-il encore une fois sa théorie.

En d’autres termes, je vois un danger « moral » au consensus politique : perte de passion, d’idées, conformisme à outrance, frilosité, bref, peur panique de la mort. Le consensus cache la mort comme le fait le kitsch chez Kundera.

Le cadre planté, l’importance pragmatique explicitée, il reste maintenant à expliquer ce que tout ceci a à voir avec le journalisme.

Le journalisme consiste à relater les faits au public avec une froideur toute scientifique; c’est du moins le premier effect kisskool, puisque vient ensuite l’analyse proprement dite, l’explication que peut amener le « jour-(n)-alyste ». En étant aussi sincère et professionnel qu’il peut l’être, en accord avec sa déontologie, ses idéaux, il procède à la première. Avec recul, il se contente de rapporter l’événement aussi sobrement que possible. L’objectivité étant « un leurre, il n’y a pas d’hylétique », me disait mon prof d’histoire; c’est vrai, mais la sincérité doit remplacer l’objectivité, et celle-ci se repère, se détecte, le lecteur revient vers le journaliste honnête.

La seconde partie n’est pas moins délicate; sous prétexte de faire l’analyse des faits, il ne s’agit pas de se lancer dans une propagande bon marché, à tout prix. Les arguments doivent être ici débordant de la même sincérité, appuyés d’une logique sans faille. Mais la dialectique entre en jeu : pour se faire comprendre, il faut aller jusqu’au bout. Défendre une idée n’est pas chose facile, c’est même une route parsemée de déceptions. Parfois, ô horreur, on se rend compte de la fausseté de ses arguments. Aussi faut-il réserver la « méthode dialectique consciente » aux objets d’importance.

L’extrémisme dont on me taxe est très souvent inconscient, ne répondant pas à cette méthode voulue et décrite précédemment. C’est dans ces cas-là que, sachant que de nombreuses fois je fais consciemment ce choix, je justifie a posteriori des oppositions un peu gratuites. Ce à quoi je m’attèle à déconstruire totalement aujourd’hui, mais je sais que la déconstruction a des limites.

Tout cela pour affirmer ma croyance dans la défense des idées avec extrémisme, du moment que la position n’est pas purement idéologique (côté argumentatif de la chose) et dès l’instant que le but visé est légitime (côté sincère de la chose).

Je crois que ce type d’approche permet une valeur ajoutée :
1/ Des débats animés et passionnants;
2/ Une pédagogie utile. A l’extrême, on a tendance à caricaturer, à simplifier. L’idée de base est ainsi passée, quitte à reprendre plus tard le débat de manière plus pointue.

Le désavantage le plus évident est que certains se sentent (peut-être légitimement) touchés dans leur individualité. Ou encore, la discussion peut s’envenimer.

Je n’ai aucun problème avec ces derniers points. Dès qu’ils sont chapeautés par la sincérité et l’intérêt, il faut savoir prendre des risques.



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