Sep 06 2005
Fight Club


(message original du 03-12-1999 @ 01:00:00)

Rien que de repenser à ce film, un sentiment de malaise renait en moi.

David Fincher, avec son acteur fétiche Brad Pitt et avec Edward Norton sous sa houlette fait vraiment ici des merveilles.

Rarement un film m’aura autant bouleversé et « pris aux tripes ». Un film de tous les superlatifs, qui incontestablement a des qualités artistiques, tant au niveau de la réalisation, du scénario (adaptation du roman), de l’éclairage, de la photo, des SFX (bluffants), des qualités techniques qui laissent pantois d’admiration. Il est difficile de refermer la bouche et d’essuyer le filet de…, enfin, de refermer la bouche, tant on reste contemplatif devant ce pur chef d’oeuvre.

Film de la décennie, film du siècle, la question ne se pose pas en ces termes. Mais c’est certainement un film marquant, qui fera référence plus encore que ne l’a fait Seven, tant des innovations scénaristiques et techniques sont apportées ici; le reste, c’est au spectateur qu’il appartient de le juger…

A noter Meat Loaf (le chanteur du tube à succès « anything for love ») dans un rôle plutôt atypique.

Une ambiance terrible, glauque s’impose à votre esprit dès le début du film. Le désespoir insupportable auquel doit faire face le narrateur de l’histoire (son nom ?), un cadre menant une vie monotone, dénuée d’intérêt. Un désespoir dépeint avec une exactitude troublante, voire dérangeante, la perception de la société par la x-generation.

Sa seule passion, son mobilier IKEA, dont il dévore les catalogues comme d’autres fantasment sur Playboy. C’est par son besoin de posséder, par son matérialisme qu’il essaie de combler son vide affectif. Mais rien y fait, il souffre d’insomnies chroniques et désespère.

C’est par hasard qu’il tombe sur des gens aussi désorientés que lui, mais que des maladies aussi diverses qu’étonnantes empêchent de s’intégrer à la société comme tout un chacun. Cette découverte, qui le fait réaliser que sa souffrance n’est pas isolée, et surtout que des gens souffrent plus encore que lui-même, il va l’exploiter, s’en repaître. Le tout est dépeint avec un cynisme rare, un humour noir assez déstabilisant. L’immersion dans le film étant totale à ce moment du film, il est trop tard pour pouvoir prendre du recul; on s’identifie à ce vautour, ce charognard des grandes villes.

Ses insomnies cessent jusqu’à la rencontre de Marla, une paumée marginale qui vampirise tout comme lui la douleur d’autrui. Subitement, il prend conscience de son hypocrisie, et les faux semblants ne lui sont plus d’aucune aide.

Lors d’un de ses voyages d’affaire, il fait la connaissance de Tyler Durden, un personnage sûr de lui, aux formes athlétiques bref, aux antipodes de notre chétif et maladroit narrateur. A eux deux, ils vont former un « fight club », soit un groupe de cogneurs où le but du jeu est de frapper jusqu’au sang sont adversaire. On pourrait au premier abord ne voir qu’un simple défouloir, mais ce club est plus que ça; il permet d’aller à contre- courant des schémas pré-établis de la société bien-pensante, il permet de se sentir unique. Pas de paris d’argents, pas de fervents admirateurs, rien qu’un duel viril entre hommes, qui nous est décrit presque comme anodin.

Au fur et à mesure que l’histoire prend forme, il découvre en Tyler un exemple. Avec lui, il se sent capable de tout et les tabous qu’il a pu avoir tombent. Il prend conscience de sa vulnérabilité, de son inadaptation à la vie moderne. Non, décidément, sa vie passé ne lui convient pas, et au travers de différents dialogues que partagent nos deux protagonistes, le narrateur prend conscience de la futilité de son existence, et apprend à apprécier le moment présent. Un discours presque banal de nos jours, traité bien plus d’une fois, mais il y a là dans ce film une telle justesse dans le constat dressé par Fincher, qu’il ne peut que nous toucher. On se surprend à s’identifier à ce type qui a tout paumé, qui est bord du gouffre, qui a dépassé même le stade des questions existentielles. Mais le narrateur veut passer à l’étape suivante, et agir pour que ça change. Sa révolte, sa rage retenue, vont le pousser à renier petit à petit toutes ses valeurs qu’il avait jusqu’alors.

Un suite un peu plus romancée prend alors le dessus du film, l’intrigue devient plus vivante. Mais c’est Tyler Durden qui en fait s’active à monter un véritable réseau terroriste à travers tous les USA, sans en avertir le narrateur; le plan KAOS est mis en chantier, et arrive rapidement à maturité. Le tout est servi par des dialogues poignants, saisissants d’authenticité, mais tellement démoralisants. Si vous vous êtes un tant soit peu posés les même questions que le narrateur une fois dans votre vie, sans forcément arriver aux mêmes conclusions, vous ne pouvez pas faire autrement que faire corps avec lui. Ce qui le touche, vous touche. Là où il a mal, vous avez mal.

Fincher, qui aime prendre le spectateur au dépourvu, nous présente un développement inattendu et plutôt rassurant, au vu des actes de nos deux Che’ en puissance; Tyler Durden n’était que le complexe d’infériorité du narrateur, en fait totalement schizophrène. On en reste abasourdi, mortifiés, et on se repasse en mémoire toutes les scènes précédentes du film jusqu’à se dire « ouais, en fait ça colle ». Les comportements excentriques des deux rebelles étant d’un bout à l’autre complémentaires, la retenue de l’un correspondant aux excès de l’autre, cette explication est accepté sans discussion. Le spectateur essayer de comprendre le pourquoi, le comment, en parallèle avec le narrateur qui paraît tout aussi déstabilisé que le spectateur stupéfait.

La fin, encore plus romancée (c’est beau l’amûûûr !), se termine sur la fusion des deux consciences du narrateur, et devient Tyler en faisant preuve du courage (folie ?) qu’il a toujours voulu avoir. Si le dénouement ne tient carrément pas debout quand on l’analyse (une balle dans la bouche, et il se relève gaiement), on s’en fiche. La substance qu’on en tire est bien plus important que tout le reste. Et le désarroi est total lorsque l’on voit les buildings s’effondrer dans une scène digne d’ID4, le narrateur avec Marla (kidnappée entre temps) à ses côtés, attendant leur mort certaine.

Un conseil : n’allez pas voir ce film si vous avez eu une mauvaise journée. C’est un film qui est dur à vivre, difficile à assumer. Il peut amener à se remettre profondément en question.



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