Identity

Si tout le monde connaît l’histoire des Dix petits nègres d’Agatha Christie, James Mangold (réalisateur du superbe Copland) s’est mis dans la tête de nous resservir une version contemporaine de l’angoissant livre.

C’est donc à travers l’histoire d’un déséquilibré mental, atteint d’une « dissociation de la personnalité » (une schizophrénie aggravée, pour les béotiens comme moi), qui voit ses différentes personnalités s’affronter lors d’un huis-clos, va nous plonger au coeur d’une réflexion sur la maladie psychique. On va ainsi assister à une tuerie où, l’une après l’autre, les personnalité vont s’effondrer, abattue par un esprit, ou simplement tuée par son alter-ego (c’est le cas de le dire).

Avec assez d’adresse, Mangold va nous piéger, nous amener à suspecter tous les protagonistes, coupables tour à tour à nous yeux des abominables meurtres se produisant au fil du film. Un peu à l’image d’Usual suspect d’ailleurs, mais contrairement à celui-ci, dès le milieu du film le spectateur sait qui est l’assassin. Pourtant, il ne sait pas quelle personnalité est coupable… Au moment de cette révélation, où l’on se rend compte qu’en réalité toute l’histoire n’existe que virtuellement, le film perd un peu de sa saveur à mon avis. Cela ne devient plus qu’un thriller se déroulant dans l’esprit d’un condamné à mort, et ma réaction fût un « tout ça pour ça ? ». Le secret est éventé, même s’il est vrai qu’il en reste un autre à venir.

Pourtant, le film est extrêmement bien maîtrisé, à tel point que dès les premières minutes passées on ressent le thriller se mettre en place, bien qu’aucun indice le laissant penser ne soit donné. En effet, l’ambiance, primordiale dans le film, sert le film de bout en bout. Diverses méthodes sont pour cela utilisées, à commencer par les scènes-flashbacks explicatives lors d’une action, vus dans Jackie Brown notamment. La volonté est de mélanger les genres (polar, psycho, réflexion, et même un brin de fantastique avec cette pseudo-piste du « cimetière indien »), et cela plaît ou pas.

D’un point de vue scénaristique, le film est totalement cohérent; du poème introductif annonciateur de la maladie mentale, à la scène finale où le fils pourra enfin tuer sa mère (car c’est une prostituée, tout comme dans son enfance), les indices, légers, sont semés pour que le spectateur ne puisse accuser le réalisateur de mauvaise foi, comme il aurait pu le faire dans Usual suspect.

Au final, un film très inspiré, pas de doute à avoir là-dessus, mais l’intrigue aurait méritée d’être un poil plus travaillée, car ce n’est pas parce qu’elle ne se déroule pas dans un monde concret qu’elle doit souffrir d’approximations ou de facilités scénaristiques. On tente de nous faire croire qu’un enfant a pu faire ses meurtres, et bien qu’ils aient été commis dans un lieu onirique, Mangold nous offre un flashback explicatif (encore un) où l’enfant est vu commettant les assassinats. Une justification dont on se serait bien passée, puisqu’elle pose plus de problèmes qu’elle n’en résout… tel la décapitation opérée par un enfant de 8 ans, ou surtout le regard des victimes qui se porte à un point bien trop haut pour être celui où la petit tête blonde devrait se trouver.

(message original du 07-10-2003 @ 02:40:26)

A propos jcv

Admin du site, égocentrique, élitiste, gauchiste et humaniste. Un peu cacatiste aussi, dit-on de moi.

2 Commentaires

  1. Eh ben dis donc, je m’absente une petite semaine, et voilà que tu bombardes ton site de messages !
    Je vais lire ça lentement, comme on goûte un bon vin. Au boulot de préférence ^^
    C’est que j’ai un mémoire, moi !

  2. « Tout ça pour ça ? »

    Ben moi j’ai ressenti plutôt l’inverse, à savoir une sorte d’exhaltation lorsqu’on prend conscience du véritable enjeu de cette série de meurtres.

    AVANT : oui bon, il y a un assassin dans le motel, faut pas se faire tuer, faut trouver qui c’est et éventuellement pourquoi il agit. Mais bon, c’est presque banal, non ? Même si l’ambiance est très forte, la réalisation efficace, les acteurs assez bons et le scénario intrigant, ça reste un peu du déjà-vu… Si ce n’était que ça, eh ben on serait frustré… « Tout ça pour… pour quoi au juste » ? Un film pour faire passer le temps ?

    APRÈS : aaaaah, là ça devient intéressant. Parce qu’en fin de compte, l’enjeu prend une dimension éthique relativement énorme (River pourra-t-il guérir ? Sa condamnation à mort est-elle justifiée ?), et peut même induire une réflexion sur la nature même du cinéma. Ce ne sont plus des personnages de chair et d’os qui se débattent devant nous, mais des symboles, des représentations, dont la survie déterminera le SENS même du film.

    Et à ce propos, en ce qui me concerne c’est la partie que j’aime le moins dans ce film : cette fin désespérée, sorte d’impasse au milieu du désert, dont le pessimisme me semble un peu gratuit.

    (message original du 21-10-2003)

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