Nov 30 2005
L’anti-américanisme vu par un Etasunien

Ca fait déjà un petit moment que je me demande comment les Etasuniens peuvent percevoir les vagues d’hostilité européennes et mondiales à leur encontre. Etant plus sensible que de coutume au sujet, j’ai bloqué sur un édito de l’International Herald Tribune (IHT) : « Anti-Americanism is one ‘ism’ that thrives », by Roger Cohen.

Mon édition date du samedi-dimanche 26-27 novembre. Roger Cohen se penche sur les raisons de l’anti-américanisme ambiant. Je reproduis ici certains extraits, puisque l’IHT rend payant ses articles, même si ce n’est que de simples éditos.

Most political « isms » are dead or moribund or past their prime: « totalitarianism, » « communism, » « socialism, » « Marxism, » « fascism. » Humanity paid too high a price for them in the 20th centruy, or simply discarded them, and moved on.
[…]
Whit the demise of the other « isms, », another has gained prominence, to the point where it’s the most virutlent global political idea. I refer to « Anti-Americanism, » an idea espoused and pondered the world over, a kind of background drone from Brazil to Bahrain.
[…]
On the anti-Americanism register, there is also sovereign or nationalist or regional anti-Americanism[…]. « The big ‘O’, or the big other, can be very useful, » said Jan-Werner Mueller, a Princeton polical scientist. « There’s a school of thinking that says if we are building a European identity, we have to build it against something.
And what better to be agains today than America, the hyperposer, the elephant on the word stage, the inescapable country that some Americans call the indispensable nation?
[…]
Yes, there is a further category of anti-Amercianism that blends something of all others. Call it « catchall anti-americanism. »
If you don’t like the market, blame America. If you don’t like modernity, blame America. If you fear open borders, blame America, After all, it must be this restless country that has created such a restless world.
[…]
Research led by Robert Keohane, a professor of international affairs at Princeton, suggests that there is no real impact since 2001 on major U.S. corporations including Coca-Cola, Nike, Pepsi and McDonalds, whose European sales have continued to climb, often at a faster rate than their European competitors. He said « Mr. Big » was not suffering measurable damage.
Anti-Americanism, it seems, often stops where it might hurt: pealple like to inveigh against the United States but then go on buying the same brands and looking for means to send their kids to be educated here. This pervasive « ism » may be more affectation or attitude than ideology.
[…]
A lot of anti-Americanisms are inocuous enough. But some are not. Because if America withdrew from the world, as many people profess to wish, the result would be greater instability and danger – and perhaps a wave of another « ism, » revisionism.

Autant le dire tout de suite, je suis entièrement d’accord avec sa conclusion. Dans l’anti-américanisme ambiant, on perd de vue que l’isolationisme US est pire que tout. On est trop souvent allé chercher la grande nation américaine devant des catastrophes qu’on ne savait pas résoudre. Je ne pense pas aux marroniers que représentent les 1ère et 2nde Guerres Mondiales, mais à quantité d’autres situations où l’Europe était démunie : c’est, exemple parmi tant d’autres, le cas du Kosovo, où seule l’intervention US, via l’OTAN, a permis de stopper Milosevic.

Le danger de l’anti-américanisme est bien de perdre de manière irréversible l’allié étasunien. Bien que ce risque soit réduit au minimum, au vu des liens économiques et politiques entretenus entre l’Europe et les USA. Mais l’affaire des prisons secrètes que la CIA aurait en Europe (voir également un commentaire, dont j’aime beaucoup la dernière phrase ; va-t-on commencer à comprendre l’importance de l’Union européenne ? Voir aussi ici, sur un autre sujet) montre que les clashs sont encore d’actualité entre les deux continents.

Tout d’abord, l’édito de Cohen nous permet de réduire le questionnement étasunien à la seule Europe; en effet, bien que l’éditorialiste commence par expliquer que l’anti-américanisme est global, il n’est pas anodin de noter que l’étude de Kehoane à laquelle il se réfère, ne concerne que le marché européen. Si l’hypothèse semble juste, sa comparaison avec la réalité n’est pas valable. Pourquoi faire ce test avec le Vieux continent ? Parce qu’il est le seul véritable allié des USA. Qu’il est le seul sur lequel ce contient si sûr de lui, peut s’appuyer durant l’émergence de la Chine. Parce que les deux sont traditionnellement des alliés sûrs.

Revenant à mon interrogation de départ, je voudrais démontrer à quel point les Etasuniens ne comprennent pas la majeure partie de la haine qui leur est vouée. La réthorique de la Maison Blanche au lendemain du 11 septembre a ici pleinement portée ses fruits : si nombreux sont ceux à avoir fait l’amalgame entre Sadam Husssein et l’odieux attentat sur le WTC, nombreux également croient aujourd’hui que le mépris européen envers les USA repose sur un rejet de ce qu’ils sont :

If you don’t like the market, blame America. If you don’t like modernity, blame America. If you fear open borders, blame America, After all, it must be this restless country that has created such a restless world.

Cela n’a pourtant rien à voir. Si l’on analyse par ailleurs les décisions en matière économiques du gouvernement étasunien, on se rend bien vite compte qu’en matière de libéralisme économique, les USA ne sont pas exactement ce qu’il y a de pire dans le domaine. Protection de la métallurgie, lobbies agricoles influents dans les couloirs du Congrès, VER demandées aujourd’hui à la Chine comme hier au Japon, les USA sont peut-être le temple de la réflexion libérale, mais pas celui de son application. Si sa protection de l’employé est réduite au minimum, cela tient d’une culture traditionnellement tournée vers l’entrepreuneuriat et non vers le salariat, plus que d’une adhésion aux idéaux d’Adam Smith; l’Angleterre serait beaucoup plus à blâmer, d’ailleurs.

Les USA ont représenté durant la Guerre Froide un idéal de libertés; c’est ce qu’ils étaient qui attirait les immigrants. Les USA, qui ne semblent plus être aujourd’hui ce havre de liberté, ont du mal à comprendre que c’est ce qu’ils font qui déplaît tant.

Que ce soit (liste restreinte au minimum) l’ouverture de puits en Alaska, le rejet de la coopération et coordination internationale au sujet du climat (Kyoto), Guantanamo et la position générale sur la torture, l’intervention en Irak et un dédain général pour le Conseil de sécurité de l’ONU, tout ce que fait cette administration Bush est entrepris de manière unilatérale. C’est en cela que réside le clash entre l’Europe (je passe ici par-dessus les hypocrites hommes politiques ayant suivis les USA; Europe est à comprendre comme « peuple européen ») et une partie de l’opinion publique étasunienne. Les Européens sont tournés vers la multilatéralisme (depuis une cinquantaine d’années), et les Etats-Unis vers l’unilatéralisme.

Résumons : les USA ne sont pas ce pôle de libéralisme tant décrié, et la haine à leur encontre ne repose pas sur ce qu’ils sont, mais sur leur conception de la (non-)coopération internationale. Comment le leur faire comprendre ? Comment ramener les USA à respecter le droit international, eux qui en furent parmi les plus grands contributeurs ?

It’s not about what you are, but about what you do.



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4 commentaires sur “L’anti-américanisme vu par un Etasunien”



  1. L’Amérique aujourd’hui se conduit comme un état barbare, sans aucun respect du droit international. L’Irak est détruite avec des centaines de milliers de morts, l’Iran est menacé à son tour d’une attaque par armes nucléaire, qui va stopper les fous du pentagone? Oui l’anti-américanisme peut se comprendre face à l’arrogance et à la sauvagerie du gouvernement américain.




  2. Merci psyko de défendre « notre » identité sudaméricaine… et Philippe quand on veut parler mal des estasuniens on dit « gringo » … non mais ces gringos pour qui ils se prennent???




  3. Pourquoi est-ce qu’en français les gens ont l’impression que ce mot est une critique des Etats-Unis, je ne le comprends pas.

    Grâce aux quelques langues que je connais, je sais qu’une grande partie de l’humanité (la population hispanophone) appelle les habitants des Etats-Unis des Etasuniens. Le monde italien fait pareil. Et on ne peut pas dire que l’histoire (récente) de ces deux pays soit entâchée d’anti-étasunianisme. Et il ne viendrait pas à l’idée d’un interlocuteur espagnol ou italien de penser qu’étasunien est dévalorisant.

    Les Amériques sont un continent : sous quel prétexte les Américains devraient-ils être les habitants des USA seuls ? Les USA sont-ils le nombril des Amériques ? La langue française doit réparer cette erreur. Et comme toutes les autres langues, la langue française évolue, il suffit de l’y forcer.

    Je te prie de croire que sous ma plume, « Etasunien » n’a rien de péjoratif. Il reflète simplement la réalité de la population américaine, qui ne se cantonne pas aux seuls Etats-Unis d’Amérique.




  4. Êtes vous obligés d’utiliser ce therme: « étasunien »?
    C’est aussi ridicule que d’utiliser Royaumeunien pour parler de nos amis Britaniques.
    Vous qui habitez en communauté Européenne, vous vous qualifez vous même d’européen, vous n’avez pas envie que l’on vous appelle communautain?
    Les américains se qualifient eux-même d’américain. Si vous les respectiez, vous prendriez ceci en considération en les appelant par leur propre dénomination.
    Ce therme contient un sous-entendu critiquant et dénigrant la société américaine, sa culture, son mode de vie et sa politique.


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