Sep 16 2005
Le dogme 95

Le « Dogme 95 » est reproduit ici dans son intégralité… Il a pour but de « s’élever contre le cinéma d’illusion ». Il présente une série de règles statutaires intitulées « Voeu de chasteté » :

Le texte est signé par les deux cinéastes Thomas Vinterberg et Lars Von Trier.
Je jure de me soumettre aux règles suivantes, établies et confirmées par Dogme 95 :

1. Le tournage doit avoir lieu en extérieur. Accessoires et décors ne peuvent être fournis (si un accessoire particulier est nécessaire à l’histoire, il faut choisir un des extérieurs où se trouve cet accessoire)
2. Le son ne doit jamais être produit séparément des images ou vice versa. (il ne faut pas utiliser de musique, sauf si elle est présente là où la scène est tournée.)
3. La caméra doit être tenue à l’épaule. Tout mouvement – ou immobilité – faisable à l’épaule est autorisé. (Le film ne doit pas avoir lieu là où la caméra est placée ; c’est le tournage qui doit avoir lieu là où le film a lieu).
4. Le film doit être en couleur. L’éclairage spécial n’est pas acceptable. ( s’il y a trop peu de lumière, la scène doit être coupée, ou bien il faut monter une seule lampe sur la caméra).
5. Trucages et filtres sont interdits.
6. Le film ne doit contenir aucune action superficielle. (meurtres, armes, etc. En aucun cas).
7. Les aliénations temporelles et géographiques sont interdites. (c’est à dire que le film a lieu ici et maintenant.)
8. Les films de genre sont inacceptables
9. Le format du film doit être un 35 mm standard.
10. Le réalisateur ne doit pas être crédité.

De plus, je jure comme réalisateur de m’abstenir de tout gout personnel ! Je ne suis plus un artiste. Je jure de m’abstenir de créer une « oeuvre », car je considère l’instant comme plus important que la totalité. Mon but suprême est de forcer la vérité à sortir de mes personnages et du cadre de l’action. Je jure de faire celà par tous les moyens disponibles et au prix de tout bon goût et de toutes considérations esthétiques.
Ainsi, je prononce mon VOEU DE CHASTETE.

source : site du festival de Cannes 1998

Au-delà des clichés tout aussi abrutissants que ne l’est cette déclaration elle-même (« Mais le cinéma, c’est pour rêvéeuuuuuh ! »), il faut admettre que l’idée aurait pu être intéressante. Le rejet de tout ce qui vient d’Hollywood, de tous les artifices faisant croire que le film raconte une histoire vraie alors qu’il ne fait que représenter une caricature de la vie, est profondément visible.

Malheureusement, Von Trier va tomber dans l’excès copie conforme du Grand Méchant californien, et va être incapable soit de se conformer à ses préceptes, soit éviter de tomber dans la caricature qu’il honnit tant. Il suffit de se remémorer Dancer in the dark, pour se souvenir à quel point il tombe dans le pathos facile, comment il nous conte l’histoire d’une pôvre femme à qui tous les malheurs du monde arrivent, une histoire invraisemblable dans laquelle le spectateur est prit en otage, et ne peut que mécaniquement verser des larmes, sans tout à fait comprendre ce qui lui arrive.

Si aujourd’hui nous condamnons facilement des films mièvres, stéréotypés et enfantins comme la plupart des comédies sentimentales (qui a dit Julia Roberts ?) qu’on nous sert sans vergogne, c’est parce qu’on y est habitué. Il ne fait pas de doute que si on était habitué à ce type d’horreur, que les films « dogme » étaient plus répandus, on aurait le même type de réaction. Von Trier s’est fait prendre à son propre piège.

Vinterberg s’en est beaucoup mieux sorti, réalisant un Festen qui fût pour moi un moment intense. Une histoire plausible, et une caméra au poing qui enfin se justifie. On est immergé dans cette histoire de famille glauque, on sent la douleur des protagonistes et on se sent happé par ce huis-clos surprenant. Si les autres dogmes avaient été du même accabit, j’aurais sûrement vanté les mérites de la (non-)technique du dogme 95…

Cela restera toujours un sujet d’extase pour quelques intellectuels en mal de nouveautés et en recherche de démarcation, mais pour ma part je pense que cela n’apporte rien de neuf au cinéma.



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14 commentaires sur “Le dogme 95”



  1. L’anonymat d’internet permet même à ceux qui n’ont rien d’intelligent à dire, de s’exprimer. C’est vraiment le mauvais côté du Net, mais faut vivre avec.




  2. vous ete con vous save




  3. Mais de quoi parle-t-on donc d’autre, si on se place du point de vue que tu défends, que de soi?!!! Si on joue au psychanalyste, alors dans ce cas je suis d’accord, on est toujous en train de parler de soi. Mais si on accepte d’être dans un dialogue, alors c’est argument contre argument. Car si on généralise ta position, arrêtons tout simplement de parler , de critiquer, de dialoguer, sur le cinéma et sur quelque autre sujet que ce soit, si en définitif cela en revient toujours à parler de soi et à être invalide pour cette raison…

    Car j’avoue en effet ne pas très bien comprendre ta vision – que l’on pourrait trouver quelque peu condescendante- tout simplement parce qu’elle ne me semble pas bien claire… Ou bien tu défends un relativisme total (chose avec laquelle je ne peux pas être d’accord, car sous couvert de relativisme, on ne fait le plus souvent en fait que répéter et pérenniser l’ordre préexistant), ou bien tu préconises qu’il faut se garder de tout jugement (dans ce cas, si tu me permets, relis Kant, toute pensée est toujours un jugement…)… Je ne peux souscrire à l’un comme à l’autre cas, si tant est que ta position se résume à cela, mais je la trouve encore une fois très peu claire…

    Enfin, le préalable de tout dialogue, si on l’accepte, est la possibilité de la validité de l’argument de l’autre, c’est à dire qu’on le -et se- considère comme capable d’argumenter. Aussi, si on regarde avec suspicion toute parole, c’est non seulement ne pas accepter les règles de l’échange raisonné, mais c’est de plus se placer de manière un peu dogmatique et arrogante dans le cadre d’une psychanalyse, situation dans laquelle nous ne nous trouvons de toute évidence pas. Je pourrais, dans cette optique, estimer que ton refus de toute notion de jugement face à un film est l’effet d’une difficulté à investir la réalité, que prôner une telle vision en dit beaucoup plus sur toi que sur le cinéma lui-même… Et cela serait tout aussi arbitraire que la manière dont tu lis, non pas l’argument de l’autre, mais ce qui te semble le sous-tendre. C’est ce semble qui me paraît tendancieux…




  4. Je crains de ne pas avoir été bien comprise… je ne défends pas particulièrement Lars von Trier mais plutôt une approche du cinéma et des oeuvres en général qui s’émancipe du jugement. Dans la mesure où tout jugement comporte une morale (ce n’est pas bien de « tirer des larmes », untel est un « sous-cinéaste »…) distribuer des bons ou des mauvais points en dit plus sur les goûts, voire sur les motivations inconscientes, de ceux qui les prodiguent. J’aimerais aussi rappeler, même si c’est une évidence, que tout film est une oeuvre collective bien qu’aujourd’hui on l’attribue à son réalisateur. Cela n’a pas toujours été le cas. Pendant longtemps c’est le producteur qui a été considéré comme l’auteur, et ce dernier a aussi été assimilé à l’acteur principal quand de celui-ci dépendait l’essentiel du film (« un film DE Gary Grant » par ex.). Cela arrive encore aujourd’hui, notamment dans le cas de ‘Dancer in the dark’ où l’on peut penser que la part d’auctorialité de Bjork est aussi importante que celle du cinéaste. Tout ça pour dire que personnaliser le rejet permet certainement de se défouler mais parle-t-on pour autant de cinéma?


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