Le Troma de Lloyd Kaufman

Je ne suis pas du tout un fan de gore. Non, je trouve même ça plutôt chiant, hormis quelques perles comme Evil Dead, Bad Taste, et quelques autres qui ne me viennent pas à l’esprit. N’empêche que, à force de me dire que c’est niais, qu’il n’y a rien d’intelligent, j’ai décidé de tenter de dénicher quelques trucs sur le sujet. Et c’est là que j’ai découvert (il y 3-4 ans maintenant) un certain Lloyd Kaufman, qui se trouve être l’un des plus grands producteurs de gore aux USA. Il a faillit me faire changer d’avis sur le sujet, en particulier lorsqu’il parle d’Hollywood.

Du Gore!!! De l’Humour!!! Du Sexe!!!

Tels sont les trois chevaux de bataille de la Troma, doyenne des sociétés de production indépendantes américaines. Depuis plus de 30 ans, ces lilliputiens du cinéma luttent contre les majors Hollywoodiennes en osant toujours plus, en allant toujours plus loin dans le vulgaire et la Z-erie. Tant et si bien que la petite société a acquis au fil des ans et des productions (pas loin de 200 films à leur catalogue de distributeurs) un statut culte et le soutien de milliers de fans à travers le monde.

Qu’est ce que la Troma ?

 »Quand on regarde un film de la Troma, il ne suffit pas de mettre en veille son incrédulité et ses préjugés; il faut les boucler à double tour dans une cage et les torturer.
Mes films tournent autour de thèmes communément appelés « sexe et violence » par les médias, mais que je définirais plutôt comme une journée typique dans mon cerveau. »
Lloyd Kauffman, 57 ans, père de famille, diplôme de Yale, réalisateur et co-fondateur et président de la Troma Surf Nazis Must Di, Cannibal: The Musical, Toxic Avenger, Tromeo and Juliet… Ces titres ne vous disent peut-être rien. C’est un fait, les films de la Troma Team sont peu connus en France et, malgré tout, leur influence est loin d’être négligeable. Qu’il s’agisse de Sam Raimi (Evil Dead), Peter Jackson (Le Seigneur des Anneaux) ou encore Quentin Tarantino, nombreux sont les réalisateurs américains reconnaissant une dette envers les prolifiques studios Troma, qui ont démontré qu’en marge d’Hollywood, un autre cinéma est possible. Plus près de nous, La Troma peut compter parmi ses défenseurs et ardents supporters des types comme Gaspard Noë (Seul contre tous, Irréversible), Ariel Wizman et Edouard Baer, qui ont joué dans Terror Firmer, ainsi qu’Alain Chabat, qu’on a souvent vu arborer des T-shirts Troma.

Souvent bêtes et méchants, et revendiqués comme tels, toujours drôles et parfois corrosifs, les films Troma reposent sur trois piliers: femmes en string et en gros seins, giclées d’hémoglobine à gogo et humour décalé – de l’absurde au burlesque en passant par le scatologique. Pour faire vite, certains disent : sexe, violence et vomi…

C’est donc avec ces armes que depuis plus de 30 ans, le studio new-yorkais défie le système de production hollywoodien et les diktats moralistes imposés par les ligues bien pensantes. Face à une industrie cinématographique si soucieuse d’éradiquer tout risque financier que l’innovation est systématiquement sacrifiée aux impératifs de rentabilité, la Troma, avec ses budgets ridicules, s’affirme comme un îlot de créativité et d’indépendance. Voire comme une véritable avant-garde : sans l’aiguillon de Troma, jamais Hollywood n’aurait ouvert ses portes aux politiquement incorrects frères Farrelly (Mary à tout prix, Fous d’Irène) qui servent aujourd’hui au grand public ce qui se faisait chez Troma dans les années 1970.

Mais on ne peut parler longtemps de la Troma sans évoquer son président, Lloyd Kaufman. Débordant d’énergie, obsédé par la machiavélique conspiration de la droite ultra-conservatrice et des majors hollywoodiennes, proche de la scène punk, cet improbable gentleman new-yorkais presque sexagénaire est l’ambassadeur et le visage de la Troma.

Mais qui est donc Lloyd Kaufman ?

Ce n’est qu’après avoir dépassé les stades d’une enfance plutôt sage et d’une puberté pas tout à fait explosive que Lloyd Kaufman commence à sortir de sa chrysalide conformiste pour se métamorphoser en cette improbable petit être qui deviendra au fil des ans le pape de la comédie érotico-gore, le saint homme, trop méconnu, qui se bat contre l’emprise délétère d’Hollywood, le délicieux gentleman qui se fait apôtre de la scatologie sur la Croisette.

L’étonnant parcours de Lloyd Kaufman sur la voie du succès commence en 1964. Admis à la prestigieuse Yale University, Kaufman arrive à la fac sans trop vraiment savoir ce qu’il vient y faire. Après s’être bizarrement décidé pour la filière Chinese Studies, il mène quelque temps une vie de patachon sans avenir artistique, aspirant en idéaliste à une respectable carrière de travailleur social. C’était sans compter l’influence décisive de deux de ses camarades de cité U, Robert Edelstein et Eric Sherman. Passionnés de cinéma, Edelstein et Sherman lui font découvrir les oeuvres de John Ford, Howard Hawks, Renoir, Warhol, Lubitsch, Kurosawa, Sam Fuller et Rossellini, mais également des talentueux Roger Corman et Russ Meyer.

Devenu un lecteur assidu des Cahiers du Cinéma, Kaufman investit dans une petite caméra Bolex 16mm noir et blanc, et commence à tourner sur le campus. En 1966, son premier chef d’oeuvre voit le jour. The Girl Who Returned, comédie utopique, féminine et sportive qui se déroule dans un Luxembourg post- apocalyptique, annonce une brillante carrière et lui rapporte près de 100 dollars. Certains sont tout de même surpris par son aspect expérimental, un bon quart du film étant composé de plans fixes d’une fille qui court, et par un montage alternant écrans noirs de 15 secondes et scènes de corde à sauter, rythmées par une bande son post-synchro plutôt bâclée. Lloyd Kaufman apporte à ce sujet un point de précision tout à fait éclairant :  » J’ai travaillé sous LSD pendant une partie du montage du film et le résultat était plutôt intéressant. Mais pourtant, au final on ne voyait plus aucune différence entre les passages montés sous acide et les autres ».

En 1970, le jeune Lloyd Kaufman travaille à Hollywood en tant qu’assistant à la production sur les films de John G. Avildsen, le futur réalisateur de Rocky (dans lequel il joue d’ailleurs un alcoolique). Il se lance dans la réalisation avec The battle of Love’s return en 1971, dont il assure également le scénario, le rôle principal et la musique. Son premier film pose déjà les bases corrosives et décalées de ce que sera sa future société de production TROMA : l’histoire est celle d’un homme qui tente de s’insérer dans la société en faisant le bien autour de lui mais qui se voit sans cesse injustement accusé d’agression.

Lloyd Kaufman fonde ensuite « Melody Pictures », une société avec laquelle il distribue ses propres films, des productions pornos softs aux titres évocateurs : « Nymphoteens » , « My sex rated Life ». Suivent des comédies basées sur des faits divers tragiques : »Squeeze Play », « Waitress », considérés comme les premiers vrais films TROMA. La plupart sont réalisés par Lloyd Kaufman et son ami d’enfance, Michael Herz.

Ainsi, à la fin des années 70, le soleil se lève sur Tromaville, une petite bourgade sympathique peuplée de punks dégénérés, de bimbos dénudées et où de gentils étudiants se transforment en mutants baveux sous l’action de déchets radioactifs. Ajoutez à cela, sans grande cohérence, des têtes arrachées, du sexe, un peu de science-fiction, beaucoup d’humour potache et vous aurez TROMA, la nouvelle société de production fondée par Lloyd Kaufman.

TROMA, ce sont des films et un univers qui ne ressemblent à rien d’autre, un espace de liberté anarchisant et irrévérencieux où l’on ne respecte rien ni personne : une peinture gore de l’Amérique d’aujourd’hui. Les titres des films parlent d’eux-mêmes : Class of Nuke ‘Em High, Tromeo and Juliet, Killer Condom, Surf Nazis Must Die et bien sûr Toxic Avenger (super héros Trash devenu en 1985 l’emblème de la société) qui met en scène Melvin, un concierge laid et ridicule, qui à la suite d’un séjour prolongé dans un baril de déchets toxiques se transforme en grand monstre vert à la puissance physique décuplée.

Malgré des débuts difficiles, TROMA réussit à s’imposer sur le long terme au sein du cinéma indépendant américain comme un OVNI incontournable, en réussissant à rebondir sans cesse sur l’actualité: ils réalisent ainsi Class of Nuke ‘Em High en pleine psychose Tchernobyl ou sortent Tromeo et juliette en 1996, au moment de la version new look avec Leonardo Di Caprio Romeo + Juliette.

Anti-superhéros, anti-hollywood, anti-bon goût, les films TROMA participent d’une contre-culture dont beaucoup de réalisateurs actuels sont les enfants naturels : Kevin Smith, le réalisateur de Clerks et du blasphématoire Dogma, Peter Jackson, qui réalise actuellement « Le Seigneur des anneaux » et qui a commencé sa carrière avec le très gore Bad Taste, Mike Judge, le créateur de Beavis et Butthead, et bien-sûr Trey Parker et Matt Stone, les créateurs de South Park qui ont d’ailleurs débuté dans l’écurie TROMA en réalisant Cannibal ! The Musical, une comédie musicale sur le cannibalisme chez les mineurs dans l’Oklahoma…

L’avis de Lloyd Kaufman sur les films d’Hollywood :

Bloodsucking Freaks a la réputation d’être l’un des films les plus choquants de tous les temps. J’admets éprouver moi-même un certain malaise en voyant Sardu jouer aux fléchettes sur les fesses d’une femme. En plus, on dirait que le cadreur devait particulièrement en raffoler. Malsain ? Oui, carrément. Franchement dégradant ? Peut-être. Choquant ?

Par rapport aux films hollywoodiens ? laissez moi rire ! Un avertissement signale le « contenu graphique » de Bloodsucking Freaks : les enfants ne peuvent pas le voir sans la permission de leurs parents.

Par contre, il y a quelques années, alors que j’étais dans l’avion pour revenir de France avec mes trois filles de 11, 6 et 4 ans, nous avons du supporter la projection de Pretty Woman, à peine censuré. J’ai alors réalisé à quel point les messages de la plupart des films de Hollywood sont bien plus choquants que le sexe et la violence exacerbés des films Troma.

Cas numéro 1 : Pretty Woman

Pretty Woman comporte très peu des éléments jugés  » choquants  » par le grand public et la diabolique Motion Picture Rating Association (organisme chargé de la censure) : Pas de poils pubiens, ni tétons qui pointent, et aucune scène sanglante du genre qui passe au journal de 20 heures. Bref, aucune de ces horreurs. Et, Dieu merci, on y entend très peu de grossièretés.

Mais qu’est-ce que Pretty Woman apprend à mes trois filles, bien obligées de regarder le film pendant le vol ? Que la vie d’une prostituée (et attention pas une call girl de luxe, non, une fille de la rue à prix discount), eh bien, c’est pas si horrible que ça après tout : elle finissent toutes par épouser un riche prince charmant un jour ou l’autre.

Une discussion très révélatrice à ce sujet aurait eu lieu pendant la préproduction de Pretty Woman, alors que la talentueuse actrice Jennifer Leigh passait une audition avec le réalisateur Garry Marshall. Alors que Jennifer Leigh venait de faire une lecture du script sur un ton dramatique, Marshall lui demanda si elle pouvait la refaire, cette fois-ci avec plus de légèreté et un poil d’entrain.

– » plus de légèreté ?  » aurait répondu Jennifer Leigh.  » Mais cette pauvre femme tire des pipes à des sales types sur des parkings pour 5 dollars !  »
– » Ouais « , aurait répondu Marshall.  » C’est sûr, mais elle a pas fait ça pendant bien longtemps  »

Cas numéro 2 : Forrest Gump

Le bien aimé (hélas) Forrest Gump n’est pas mal dans le genre non plus. J’aime bien définir Troma comme anti-Hollywood, anti-élites, anti-Forrest Gump. Evidemment, ça passe mal avec un certain nombre de gens, dont ma propre épouse (pourtant de bon goût la plupart du temps), pour lesquels Forrest Gump n’est que la touchante histoire du triomphe d’un simple d’esprit.

Mais, en réalité, qu’est-ce que nous raconte ce film ? Forrest Gump agit exactement comme la société et le gouvernement lui disent de se comporter. Il ne fait qu’obéir aux ordres, puis devient un héros de la guerre du Vietnam, et rencontre des présidents des Etats Unis. Il est champion du monde de ping-pong, et devient multi-milliardaire, tout ça sans aucun effort. Sa vie est en opposition totale avec celle de la femme dont il est censé être amoureux, jouée par Robin Wright. Cette jeune femme, indépendante, proche de la culture underground, engagée contre la guerre du Vietnam, finit par mourir du SIDA. La leçon que ce film donne à notre jeunesse est tout à fait remarquable : NE PENSES PAS PAR TOI-MÊME. AGIS COMME LE TROUPEAU. OBEIS A BIG BROTHER, SURTOUT SI TU ES UNE FEMME, SINON TU ATTRAPERAS LE SIDA ET TU FINIRAS PAR CREVER.

Forrest Gump a remporté six Academy Awards, dont celui du Meilleur Film.

Cas numéro 3 : Génération 90

Génération 90 (aka Reality Bites), film interdit aux moins de 13 ans. Une jolie petite fable moderne, l’histoire d’une jeune fille qui préfère l’intelligence aux apparences.

Winona Ryder (je-minaude-pour-compenser-mon-jeu-inexistant) est l’héroïne ; elle doit se décider entre deux amoureux. Le premier est joué par Ben Stiller (qui, ô surprise, est aussi le réalisateur) qui bosse pour une chaîne télé dans le genre MTV. Malheureusement, il se livre à une activité totalement abhorrée dans ce film : il travaille pour payer son loyer. Stiller traite Winona avec gentillesse, tendresse et générosité et lui propose même d’abandonner son boulot pour se consacrer entièrement à elle. Stiller est donc le MECHANT du film. Le GENTIL est incarné par ce connard de Ethan Hawke. Ethan est un branlo qui se la pète. Il lit du Heidegger au resto, la page de titre bien en vue. Il ne montre jamais ses sentiments, et passe son temps à se foutre de la gueule de Winona, remettant en cause son intelligence et ses décisions. Il est cruel, mais cool. Vers la fin du film, alors qu’il joue sur scène avec son groupe de rock, Winona entre dans le bar. Là, il se met à chanter que Winona, c’était juste pour le cul en fait. Et à la fin, Winona lui roule une pelle à cette grosse merde. Au fait, c’est censé être un happy ending. Et oui, parce que Ethan est un mec profond.

Ce film est une fable post-moderne : SOIS COOL ET TU TE TAPERAS TOUTES LES FEMMES. Il affirme aussi : LIS DES PHILOSOPHES A LA MODE DANS DES LIEUX PUBLICS ET TU DEVELOPPERAS AUTOMATIQUEMENT UNE INTELLIGENCE DIGNE DE BERNARD PIVOT.

En bref…Contrairement à Bloodsucking Freaks, tout à fait honnête quant à son contenu plutôt dégueulasse, ces films tentent d’imposer subrepticement une façon de penser qui sert les intérêts de la classe dominante.

Pour parler dans un langage codé, comme le font ces films, je dirais que j’espère que ces réalisateurs mourront comme il se doit, c’est à dire d’une hémorragie interne provoquée par l’insertion d’une pompe à vélo dans leur mignon petit urètre. Après tout, il le méritent.

Et dire qu’à l’époque certains d’entre eux ont probablement manifesté contre la guerre du Vietnam…

Sources : Canalplus.fr, Site officiel troma en France

A propos jcv

Admin du site, égocentrique, élitiste, gauchiste et humaniste. Un peu cacatiste aussi, dit-on de moi.

5 Commentaires

  1. Lloyd Kaufman c’est Lloyd Kaufman

    pas Andy :s

    j’ai faillit avoir une attaque

  2. Tu crois ? J’ai beaucoup aimé aussi ce film, mais de là à… ouais, après tout, monsieur l’inconscient m’a peut-être donné un coup de main.

    Excellent Man On the Moon. Il faut dire que Milos Forman est lui aussi excellent 🙂

  3. Concernant Andy Kauffman, voir le film « Man On The Moon » de Milos Forman avec Jim Carrey, ou écouter la chanson homonyme de R.E.M. ^^ C’était un humoriste américain assez provocateur également, qui s’est inventé plusieurs personnages et a quasiment fait de sa vie un canular permanent. A tel point que même sa mort a été interprêtée comme une mise en scène par certaines personnes.

  4. Je ne sais pas du tout qui est ce monsieur Andy Kauffman… Un copier-coller foireux, à n’en pas douter.

    Merci bicou monsieur attentif 🙂

  5. Mais c’est Andy ou Lloyd à la fin ?

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