Déc 19 2005
Les fourberies de monsieur Sca-Bush

Il ne se passe plus une semaine depuis le mois de septembre sans que l’administration au pouvoir à Washington ne fasse parler de ses malversations. Mon amie m’a demandé avec beaucoup d’espièglerie s’il s’agissait de septembre 2001… 🙂

L’ouragan Katrina a eu au moins le mérite de permettre à l’opinion publique étasunienne de se pencher sur ses travers, et surtout sur les travers de ses élus. Bien qu’on ait vu ça et là des attaques absurdes à l’encontre du président étasunien (je pense évidemment aux accusations de racisme), le mois de septembre a vu la popularité du locataire de la Maison Blanche atteindre son plus bas niveau depuis le 11 septembre 2001.

L’incapacité de l’administration étasunienne de faire face à l’ampleur sans précédent des dégats du venteux Katrina a été un révélateur que le peuples des Etats-Unis n’a pas voulu laisser passer. Les journaux du pays, qui s’étaient réveillés à peine une année auparavant, ont enquêté, interrogé, écrit et ce dans une indépendance idéologique qui a rassuré la presse mondiale. L’Union sacrée journalistique derrière George. W. Bush était bel et bien consommée.

Katrina n’a donc pas eu que des effets négatifs; les Etasuniens ont retrouvé un certain sens critique. On s’interrogeait dans le vaste pays sur les raisons de l’entrée en guerre étasunienne, mais il semblait parfois que c’était le seul reproche que l’on formulait au gouvernement; or, depuis le mois de septembre (2005), on parle des conflits d’intérêts des membres du cabinet Bush et Halliburton, de M. Cheney (vice-président) et des éventuelles révélations illégales sur l’identité d’un agent du FBI, des scandales sur la reconstruction irakienne qui aurait engraissé certains capitaines d’entreprise et spolié le contribuable étasunien, du Homeland security department, ce coûteux ministère qui n’aurait servi qu’à remercier pour leur soutien certains amis du président, en les propulsant à des hauts niveaux de l’administration, Guantanamo et le refus scandaleux de visite aux enquêteurs du CICR, les avions secrets qui survolent l’Europe pour échapper à la législation internationale, etc., etc. Je saute de nombreux autres affaires, qui feraient passer l’actuel président français ou l’actuel premier ministre italien pour des saints, jusqu’à arriver à l’affaire de la semaine : les écoutes téléphoniques illégales.

Le patriot act, voté avec tout le kitsch qui entourait son adoption, permettait de nombreuses dérogations à la liberté individuelle. Quinze ans après avoir remporté la victoire sur l’Empire du Mal, voilà que les USA oubliaient les valeurs qu’ils mettaient en avant lorsqu’ils combattaient le péril rouge. Les voilà qui promulgaient des lois liberticides pour des raisons d’Etat. Le patriot act était une loi permettant à un agent du FBI de demander à votre bibliothécaire quels étaient les derniers bouquins que vous aviez emprunté. Il est certain que cette loi à dû permettre l’arrestation de nombreux dangereux terroristes lecteurs d’ouvrages tels « USA is the evil » ou « I hate Bush ». Tous les lecteurs de Chomsky doivent d’ailleurs être sous surveillance aujourd’hui.

Malgré les mesures déjà disproportionnées pour une société démocratique du patriot act, celui-ci n’allait pas jusqu’à permettre la mise sur écoute sans passer par la case judiciaire. Donnant le feu vert en 2002 à la National Security Agency (NSA, Agence de sécurité nationale) de procéder à des écoutes sans autorisation autre que de l’exécutif, George Bush est allé trop loin. Il n’est pas allé trop loin en 2002, où une majorité de la population était encore moutonnièrement à l’écoute de son président « de guerre ». Mais aujourd’hui, dans un contexte où les scandales sont hebdomadaires, où même les amis d’hier en Europe se rebiffent à l’idée de soutenir un homme capable de torturer dans les airs, Bush est affaibli comme jamais. Vendredi 16 décembre, certains de ses amis sénateurs républicains lui ont fait un pied de nez, en refusant de reconduire le patriot act.

Ce lundi, contre toute attente, et dans un retournement de stratégie inattendu, George W. Bush est revenu sur certains de ses dires d’importance – après avoir déjà laissé Condolezza Rice expliquer devant des auditoires ébahis que la torture était illégale. Lui qui avait fait de son entêtement son principal (seul ?) arguement durant la campagne qui l’opposât à Kerry, il a eu l’audace de changer d’avis. Il s’est ainsi expliqué sur les écoutes (jusque-là, le secret devait entourer cet affaire, pour des raisons de sécurité d’Etat), avoué qu’aucune arme de destruction massive n’a jamais été trouvée en Irak, et même que… les USA n’avaient pas encore gagné cette guerre, mais qu’ils finiraient forcément par la gagner. Ce dernier aveu est extraordinaire : qui a oublié le président guerrier perché sur le porte-avion USS Abraham Lincoln en 2003, annonçant que la guerre en Irak a été gagnée ? « Mission accomplie », titrait le très impartial journal USA today.

Résumons : une guerre a été faite en Irak de manière illégale, et pour des motifs erronés. Admettons que l’administration Bush n’ait pas menti, qu’elle ait été de bonne foi dans son entrée en guerre (et oublions au passage les malhonnêtes raccourcis entre Al Quaeda et Saddam Hussein); une administration aussi facile à berner en devient alors l’une des plus stupide de l’histoire des USA. Même Ford ferait figure d’homme d’intelligence, par comparaison. Donc guerre illégale, administration menteuse et manipulatrice (ou idiote, c’est au choix), tant sur l’entrée en guerre que sur sa conclusion, puisque sa première terminaison date de mai 2003.

Après avoir reproché à Kerry d’avoir une politique complexe, car non uniforme, voilà que George W. Bush n’arrive plus à se dépêtrer de tous ses mensonges, toutes ses constructions simplistes et ténues. Son château de cartes s’effondre un peu plus chaque jour, nonobstant la simplicité extrême des cartes utilisées : Bush n’a jamais cherché à jouer à l’intellectuel (après tout, un personne posée est immédiatement considérée comme froide et distante, aux USA), et a toujours mis un point d’honneur à trouver des formules politiques si concises qu’elles pouvaient se siffloter en faisant les courses. L’apologie du « bon sauvage », la caricature est à peine forcée.

Le boucan d’enfer que font ses casseroles n’est pas prêt de s’assourdir; mais la fragilité de l’édifice peut être aussi un avantage, puisqu’un attentat sur le sol US pourrait recréer l’Union sacrée d’autrefois. On entendrait, sous la peur, crépiter des appels à la vengence. Bush serait immédiatement réhabilité dans son rôle de sauveur. Hommes à la mémoire trop courte.

Et à tous ceux pour qui « la fin justifie les moyens », et pour qui la guerre en Irak, bien qu’illégale, était souhaitable sur un plan moral (pour le bien des Irakiens), je m’aventurerai sur le même terrain qu’eux : combien d’Irakien morts depuis 2003, et combien sont mort durant les 10 années précédentes ? Les calculs staliniens ont toujours été trop cyniques pour moi, alors penchons-nous sur le Moyen Orient : le sort de l’Egypte résume les conséquences sur le terme de l’intervention étasunienne; une – très – timide ouverture démocratique, et voilà que s’engouffrent tous ces extrémistes que les USA s’efforçaient de prétenduement combattre, avec les raz-de-marée (si l’élection était vraiment démocratique) des Frères musulmans. Une région à l’état d’ébullition, où le président iranien a les mots les plus durs que n’ait jamais eu la république islamique à l’égard d’Israël, où la Syrie – malgré son retrait – peut encore assassiner en pleine rue des journalistes contestataires, et une Palestine qui risque de placer le Hamas au pouvoir en janvier.

Début 2005, on a pu commencer à s’interroger sur les éventuels résultats collatéraux de l’intervention en Irak; fin 2005, à l’heure du troisième bilan annuel depuis l’intervention US, on peut être plus pessimiste que jamais. Et même le revirement stratégique (autant dans ses finalités que dans ses méthodes) de l’administration de Washington n’apporte aucune consolation pour toutes ces personnes qui hier souffraient, et qui aujourd’hui souffrent encore.



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