Déc 06 2005
mariage homo, adoption et procréation : jusqu’où aller ?

Entrée en vigueur lundi dernier du mariage homo en Angleterre, adoption la semaine dernière en Belgique d’une motion ouvrant le droit à l’adoption aux gays, la lame de fond inexorable d’égalitarisme entre couples hétérosexuels et homosexuels continue son avance. Je n’ai cessé d’expliquer ces dernières années aux personnnes plus conservatrice que leur lutte était un combat d’arrière-garde, que ces questions avaient déjà été tranchés bien des années auparavant. Si l’on avait voulut refuser le droit au mariage homo, il fallait le faire lorsque la discussion avait lieu autour de l’acceptabilité de l’homosexualité dans nos sociétés ou pas. Personne n’osant dire (dans mon entourage) que l’homosexualité doit être condamnée légalement, j’ai essayé d’expliquer que la conséquence, à moyen terme, sera la légalisation du mariage. En effet, depuis mai 68 le mariage n’est devenu que la consécration de l’amour, et non plus la béatification d’une union devant dieu; il ne serait être question de refuser l’union homo en raison des critères religieux. On est dans un Etat laïque ou on ne l’est pas.

En résumé, la conjonction de la dé-christianisation du mariage et de l’acceptation du concubinage homo ne pouvaient, à mon sens, que mener vers la généralisation du mariage homosexuel en Occident. Quatre pays ont adopté des textes de légalisant le mariage homo en tant que telle (Canada, Espagne, Pays-Bas et Danemark), auxquels il faudrait rajouter l’Angleterre, ayant fait le choix tout de même de ne pas en faire un copier-coller du mariage hétéro. De plus, la Suisse est le premier pays à avoir légiféré, par voie populaire, sur un PACS à la française, mais destiné uniquement aux homos. La mesure est discutable, mais elle a le mérite de prendre la température sur le sujet, puisque c’est la première fois qu’un peuple se prononçait par voie des urnes sur le sujet1 Et sachant que la Suisse est un pays plutôt conservateur, le signal n’en est que plus fort. Ajoutons encore la décision de la Cour constitutionnelle sud-africaine, la tentative de mariage à Bègle (France) par Noël Mamère, les mariages à répétition aux USA.

Ainsi donc, le sujet dérive avec une telle inertie que personne ne peut plus s’y opposer. Je ne pense même pas qu’il vaille la peine de discuter de si oui ou non, les homos doivent avoir le droit au mariage. Cette discussion ne devient d’ailleurs plus un moyen de se brosser l’égo à bon compte : « Moi, qui ai toujours été en faveur du mariage homosexuel, je pense que… » Bref, rien de bien folichon.

Ce qui m’inquiète à titre plus personnel, et, dans le même état d’esprit de ce que j’indiquais en introduction, je ne sais pas si l’opposition sur le sujet est encore utile, c’est la procréation assistée pour les couples homosexuels. Je ne m’étendrai pas sur pourquoi à mon avis l’adoption doit être acceptée pour les homos; j’expliquerai simplement pourquoi je suis opposé à cette procréation, ce qui devrait répondre au reste.

Les homosexuels font le choix de vivre en couple « non reproductible » ; que leur attirance vers le même genre soit inné ou acquis ne m’intéresse pas plus que ça, chacun fait ce qu’il veut de sa sexualité. Mais vivre ensemble, se marier reste une décision, un choix conscient; personne n’oblige, parmi les homos comme chez les hétéros d’ailleurs, à un couple de s’engager sur le long terme. J’en déduis qu’il s’agit d’un choix.

C’est donc bien par choix que les homosexuels choisissent d’être « non reproductible » (ce terme est atroce), et les conditions de leur union, les conditions naturelles sont claires dès le départ : aucun enfant ne peut naître de l’union des deux membres du mariage. Pas de publicité contraire au produit, pour une fois, le contrat est aussi complet que possible. Alors qu’en est-il d’un désir d’enfant si grand, qu’il tournerait le couple homo non pas vers l’adoption, qui permettrait à un enfant de sortir de la logique si désastreuse de l’orphelinat, mais vers la procréation assistée ?

La génétique n’a pas vocation, dans ma vision de la science, de faire de l’être humain un surhomme ; elle doit se limiter à une application réparatrice. C’est ici qu’un garde-fou doit être imposé à la science, et qui interroge après tout ce qu’est l’humain : un dieu ? Accepter la procréation assistée conduirait à ce que la science délie définitivement le lien qu’il existe entre la sexualité et la reproduction. Et je dois avouer que cela m’effraie ; ce serait la perte d’un repère intrinsèque à la construction de ce qu’est l’humain. Une construction naturelle (au sens philosophique) et sociale. Les conséquences seraient tout autres que la simple légalisation du mariage gay.

L’adoption par les couples homos permet à des hommes ou des femmes qui s’aiment, d’aimer un enfant qui à défaut, n’aurait pas accès à l’amour paternel ou maternel; on part du besoin de l’enfant. La procréation assistée garantirait à des partenaires du même sexe d’avoir droit à un enfant; on renverse le besoin, c’est le coupe qui exprime le besoin, l’enfant est simple instrument destiné à combler une envie.

Lorsqu’un couple hétéro recourt à la procréation assistée, c’est pour combler les déficits de leurs propres corps; lorsqu’un couple homo le fait, c’est pour dépasser les capacités dont il est pourvu. Et non, décidément, ça ne correspond pas à l’idée que je me fais de ce qu’est la science.

J’espère que ce débat n’est toutefois pas déjà d’arrière-garde; qu’on aura l’occasion, dans le futur, de se pencher sur le rôle de la science. Car ne nous y trompons pas, ce n’est pas pour ou contre l’homosexualité dont il est question aujourd’hui, mais pour ou contre une société gouvernée par les scientistes.

  1. Sur l’importance de cette démarche, voir ce sujet. De manière générale voir swissroll.info, site engagé et réfléchi traitant souvent de l’homosexualité. []


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15 commentaires sur “mariage homo, adoption et procréation : jusqu’où aller ?”



  1. Tout d’abord le sujet me passionne, je me suis certainement laissée emporté au point de taxer votre article de torchon etc… Toutes mes excuses pour cela.
    Cependant à la relecture de ce dernier, de votre réponse et de la mienne je maintiens.
    Vous parlez de nature et de science, mais s’il est vrai que la nature est injuste, la science est là et évolue chaque jour pour y palier. Vous ne pouvez pas imposer de limites à son évolution, certes son utilisation doit être cadrée mais dites moi: est ce le fait pour un couple homo de pouvoir procreer vous touche t’il personnellement en mal, vous où une personne de votre entourage proche ou éloigné? Si la réponse est non, pourquoi au nom de grands principes être contre?
    En quoi le fait par exemple que j’aie un enfant avec ma compagne par s’apparente t-il à bienvenu à GATTACA?
    Votre opinion est tout de même un peu extrémiste, et ce n’est pas de la décrire en mille lignes qui la rendra plus acceptable.
    Pourquoi ne pas essayer de vous mettre un peu à la place des autres? Ca aide à la tolérance, la vraie je veux dire!
    Salutations.




  2. Ce n’est pas parce que les positions que je défends sont contraire aux tiennes, qu’il faut me taxer – en filigrane – d’homophobe. Tout ceux qui ont un point de vue sur la question ne bafouent pas la « dignité humaine »; je ne vois d’ailleurs pas le rapport entre cette dignité et la question posée sur le droit d’avoir des enfants, pour des hommes (ou femmes), qui pour des raisons physiologiques ne sont pas prévues pour en avoir. Gardons la dignité pour les domaines où elle est pertinente, ne la mettons pas à toutes les sauces. Sinon on en dilue sa force. Alors merci d’éviter les procès d’intention, de parler d’hypocrisie, à moins d’avoir quelque chose de solide à récriminer.

    Pour ce qui est de l’innée/acquis, je dois avouer que c’est un angle auquel je n’avais pas prêté une attention suffisante, et ta remarque me semble particulièrement pertinente; en effet, si l’on part du principe que l’homosexualité est innée (quel débat sans fin…), la vision réparatrice de la science devrait pouvoir s’appliquer. Mais dans ce cas, tu remarqueras qu’il revient à traiter l’homosexualité de maladie, puisque pour qu’il y ait intervention médicale, il y a déficience. A titre personnel, je me refuse de voir en l’homosexualité une maladie à soigner, un accident à réparer. Raison pour laquelle la science n’a pas à intervenir. Contrairement au couple hétéro, qui est prévu biologiquement pour se reproduire, et s’il existe un souci à ce niveau, la science médicale est parfaitement justifiée à intervenir. Je ne comprends pas comment, en partant de mon texte, tu peux arriver à la conclusion opposée… !

    La question plus générale est de savoir quel rôle on veut accepter de donner à la science. Aujourd’hui, il est question de procréation assistée, in vitro. Demain, il sera question de retouches génétiques pour augmenter des capacités, choisir des couleurs, des tailles, etc. Bienvenue à Gattaca…




  3. Bonjour, merci de votre soutien hypocrite quand au mariage et à l’adoption pour les gays!
    Quand personnes du même sexe s’installent ensemble elle ne font pas le choix de la non reproductivité, elles ne l’ont tout simplement pas! Si je vous lis correctement, les gays choisissent d’être gays donc doivent accepter les conséquences? Est-ce pour cela que le côté inné ou acquis de l’homosexualité ne vous interesse pas?
    S’il était inné, cela remettrait en question votre jolie théorie sur le choix de vie des homosexuels!
    Et ces milliers d’homosexuels qui furent tortués et brulés dans le passé, ils avaient choisis ces souffrances bien sûr!
    Quant à votre théorie sur l’adoption et le fait que vous accordiez gentiment aux gays « le droit » d’avoir un enfant! merci! elle est aussi hypocrite que possible!
    Vous argumentez en parlant d’offrir l’amour et son package à un enfant, c’est très beau mais quand un couple hétéro décide de concenvoir un enfant ou d’adopter un enfant, c’est d’abord un désir « égoiste », il s’agit de consolider et de faire évoluer l’amour au sein du couple! Pourquoi un couple homo, qui est installé depuis des années, s’aiment et construis une vie commune et sociale identique à celle d’un couple hétéro n’aurait pas le même droit!
    Si je suis votre raisonnement, un couple hétéro ne pouvant procréer ne devrait également pas avoir droit à la procréation assistée et même mieux si demain vous renconter un homme et une femme qui vous dit ne pas pouvoir procreer, vous ne ferez pas votre vie avec cette personne? Tiens et pourquoi ne pas faire des tests de fécondité avant chaque union légale et interdir celle qui n’aboutirai pas à la procréation?
    Monsieur, votre article sous ses airs de tolérance et de discours magnanime et un torchon discriminatoire portant atteinte à la dignité humaine.




  4. Je crois que c’est la première fois que je lis un tel procès d’intention à mon égard sur ce blog. Même mes « amis » d’extrême droite n’ont pas osé aller si loin.

    Je ne vais donc pas m’attarder plus qu’il n’est nécessaire à te répondre, et te remettre le passage qui est le coeur de mon argumentation (car il s’agit bien d’argumenter ici, et non pas de vomir tout le mépris que t’inspire quelqu’un qui ne partage pas ton avis) :

    La génétique n’a pas vocation, dans ma vision de la science, de faire de l’être humain un surhomme ; elle doit se limiter à une application réparatrice. C’est ici qu’un garde-fou doit être imposé à la science, et qui interroge après tout ce qu’est l’humain : un dieu ?

    Et pour l’intolérance, je crois qu’il faudra repasser…


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