Thin Red Line, the

La croix de guerre, la médaille de la bravoure, et quantité d’autres décorations de mérite sont les symboles qu’on nous assène, sans remords, dans les films de guerre.

Oui, parce que la guerre c’est avant tout une histoire d’homme, de courage, de fierté, d’honneur. L’image de guerrier vaillant, le fusil droit comme un « i », partant défendre sa patrie est une espèce d’idéal commun qu’on veut nous faire avaler.

Des hommes comme Mallick, ou Peter Kosminsky (Warriors, 1999) tentent de voir ce qu’il y a au-delà de cette propagande. La guerre n’est pas belle, nous le savons tous plus ou moins, et pourtant nous ne voulons y croire. La version hollywoodienne, remplie de héros auxquels on voudrait pouvoir s’identifier, reste telle un parasite, accrochée à notre inconscient.

Et c’est pourquoi TTRL n’est pas un film à prendre à la légère; il nous met face à nos choix, face aux conséquences de nos actes (« tout ça pour vouloir posséder », dira un soldat). Un travail nécessaire, lorsque l’on en est encore à croire que les guerres se font au nom d’une idéologie juste. Sur un champs de bataille, ce sont des robots, sans plus grandchose d’humain, qui « remplissent leur devoir ». L’inutilité, la fatuité de la chose est démontrée avec brio ici; l’enjeu d’un affront, présenté comme majeur, peut se résumer à contenter les caprices d’un fou de guerre. La vie, d’ailleurs, pourrait se résumer pour bien d’entre nous à exécuter les caprices de quelqu’un d’autre.

Sous prétexte de parler de combat, Mallick aborde également un sujet important, le rêve. Si pour beaucoup, le rêve fait avancer, il semble être le reflet d’un moi intérieur. Et lorsque ce moi « se perverti » face au monde extérieur, le rêve change, pour se transformer en quelque chose de tout aussi perverti. Mais l’amour, antithèse de la haine humaine, est une sorte de balancier; à l’origine du rêve, cet amour est capable de nous protéger, ou du moins de nous permettre de nous échapper de l’extérieur.

Toutefois, le propre d’un rêve est de n’exister que dans sa propre tête. L’amour n’est lui même qu’un doux songe, une passion qui peut ne pas résister aux tempêtes de la séparation. Ainsi, alors que durant une bonne partie du film, c’est une femme qui fait tenir l’un des soldats, où un lien magique semble exister entre eux, Mallick se fait un plaiser de saborder ce mythe kitsch, en montrant là aussi l’absurde d’un lien transcendant l’âme. Après le mythe du héros-guerrier, le mythe du héros-aimé en prend pour son grade.

Détruire des archétypes n’a qu’un seul but : reconstruire sur des bases plus saines. L’amour et la haine (mais ne serait-ce pas plutôt eros et thanatos ?) sont des composantes de l’âme humaine, des pôles régissant nos actions. Comprendre ces mécanismes, savoir comment les maîtriser, voilà un défi dans lequel l’humanité devrait se lancer. A force de croire que nous sommes tous différents, nous en oublions nos similitudes.

(message original du 05-10-2003 @ 05:07:30)

A propos jcv

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