Christian Jacq – Les mystères d’Osiris

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Une série consacrée au pharaon Sésostris

Grand amateur des séries de Christian Jacq (le juge d’Egypte et surtout Ramsès), c’est avec délectation que j’ai pu découvrir que le bougre en avait commis une nouvelle. Très mystique cette fois-ci, elle a pour décor comme à son accoutumée l’Egypte antique. Et nouveauté de taille, le 11 septembre est passé par là : l’écrivain partage son amour de l’Egypte, mais également sa terreur de l’extrémisme musulman.

La poussé de mysticisme, qui bien que déjà présente dans la série de Ramsès, atteint dans « les mystère d’Osiris » des sommets : les rites égyptiens sont décrits avec minutie, ce qui nous permet de découvrir la relation que ce peuple entretenait avec l’invisible au fil des tomes. Très romancé, le côté fiction est poussé à une extrémité lorsqu’il y a ressuscitation, transformation en animal, télépathie, et le côté scientifique lorsque les traditions et comportements religieux sont, à renfort de notes de bas de page, détaillés. A n’en pas douter, Christian Jacq cherchait avec ce côté académique à repousser les assauts répétés de ses détracteurs (voir plus bas).

C’est une voyage initiatique, celui d’un jeune garçon nommé Iker, qui servira de fil conducteur durant 4 tomes. Homme rigoureux, pour ne pas dire rigide (fidèle à la règle, la loi de Maât), il est le héros classique chez Jacq. Peut intéressé par les débauches, travailleur, le mysticisme dont il fait preuve n’a d’égal que son abnégation pour son peuple. Aussi, comme dans les précédents ouvrages, on peut regretter le manichéisme des personnages qui, soit ils sont en dehors de la barrière des justes, soit en dedans.

Il faut chercher ailleurs les nouveautés : et c’est principalement dans le rejet de l’Islam qu’on le retrouve. L’explication tenant peut-être au traumatisme du 11 septembre, les « Cananéens » sont des tribus fourbes, bêtes, incapables de la moindre civilisation. Ils succomberont ainsi aux propos vindicatifs de « l’Annonciateur », terme qui semble un simple synonyme du « Prophète ». Celui-ci, effaré par les comportements libéraux des Egyptiens, rêve d’imposer une religion où la femme serait autorisée à rester au domicile, se voilerait, et cesserait de se mêler des affaires des mâles. Répugné par les Egyptiens, adorateurs de faux-dieux, il n’aura de cesse d’imposer par la persuasion ou par la force, à ses rencontres, sa nouvelle doctrine liberticide.

Les points communs avec l’Islam sont nombreux : aux femmes à voiler, l’interdiction de l’alcool, l’origine cananéenne de « l’Annonceur » (nord de l’Egypte…), l’attaque ne semble pas, elle, voilée. Et que cette préoccupation, absente des précédents livres de Jacq, se trouve dans ses premiers romans écrits après le 11 septembre semble plus qu’une simple coïncidence.

La bonne surprise (« le côté illuminé des forces du bien », comme pourrait l’écrire l’auteur), c’est la découverte des rites millénaires égyptiens. Si grâce à Champollion le monde sait que l’ère pharaonique était mystique, avec des cultes liés à la mort très élaborés, il est passionnant de découvrir à quel niveau se portaient ses croyances. A quel point la ville d’Abydos, coeur de la foi égyptienne, comportait ses cohortes de prêtres, bâtisseurs, architectes, magnéstésistes, ou que sais-je encore. Si Râ illuminât cette civilisation, ce fût à cette endroit précis du Nil, où les clercs maniaient les saintes écritures avec sincérité et rigueur.

Christian Jacq permet au lecteur de comprendre que l’Egyptien était hanté par les crues du Nil, mais aussi par les superstitions. Et ce dernier mot est mal choisit, car une justification cosmique aux actions, aux rituels, existait pour les initiés : la complexité de la religion des anciens Egyptiens atteignait des sommets. Et en haut, tout en haut de la pyramide mystique, trône le pharaon Sésostris. L’édifice est construit de manière aussi parfaite que s’il avait été réalisé par Imhotep lui-même.

Au final, bien que la dualité simpliste bien/mal gâche la lecture de la série des « mystères d’Osiris », avec avatar peut-être ce rejet affiché de l’Islam, le voyage de 3 millénaires dans l’histoire antique se fait avec beaucoup de plaisir. Le suspense est haletant, l’écriture, bien que mettant du temps à prendre de l’ampleur, agréable, et au final… on apprend beaucoup sur l’Egypte. Sur l’Egypte de cour, toutefois, mais n’est-ce pas celle qui a survécu ?

Quelques remarques sur les difficiles relations que Christian Jacq entretien avec les égyptologues

L’une des déviances la plus courante de l’expertise, c’est l’élitisme dédaigneux à l’égard des novices. Pire, on remarque parfois le mépris affiché à l’égard des vulgarisateurs qui, voulant transmettre leur passion de manière « vulgaire » (au sens du populaire), formeraient une génération de crétins prétentieux se proclamant instruits, mais qui seraient en réalité bien loin de la connaissance scientifique.

Ne faisons pas de généralisation : tous les vulgarisateurs ne sont pas des escrocs déformant tellement leur science qu’il n’en reste qu’un gros mensonge, alors que toute vulgarisation n’est pas digne d’éloge. Mais Christian Jacq, égyptologue, professeur d’université, et… écrivain, fait régulièrement l’objet d’attaques des « spécialistes » de l’égyptologie, sur parfois des angles tellement anecdotiques qu’ils en sont puérils. Il ferait manger à ses personnages des épices qui n’existaient pas à cette époque. Big deal.

Ses livres sont suspects par défaut : on ne fait pas de roman sur un sujet aussi sérieux que la science. La science de l’Egypte ne saurait être romancée, bien que chaque égyptologue de par le monde soit arrivé dans sa spécialisation parce qu’il a rêvé à un moment ou à un autre d’être Pharaon, de contempler Cléopâtre tel Jules César dans Cleopatra, ou d’avoir lu un quelconque récit romancé. On aime oublier son propre parcours, afin de se draper des atours de la digne science. Parmi les vulgarisateurs, parviennent à garder une aura de respectabilité : c’est par exemple Hubert Reeves, un astronome passionné et passionnant. Mais aucun d’entre eux, lorsqu’il se lance dans le roman, ne garde une caution scientifique aux yeux de ses confrères d’hier. Mélanger science et rêve semble bien mal vu, dans les milieux académiques.

Pour ma part, Christian Jacq fait partie des écrivains qui m’ont transmis une passion pour l’Egypte antique. C’est avec eux que j’ai dessiné des cartouches factices et maladroites, que j’ai fabriqué des pyramides à 5 côtés, que j’ai appris qu’il y avait autrefois une haute et une basse Egypte. Une base sommaire, qui permit au curieux enfant que j’étais de chercher plus en avant l’histoire de Ramsès II, d’Akhénaton le mystique, de la fuite d’Abraham, bref, de me familiariser avec les grands événements antiques de l’humanité.

Reprochons à Christian Jacq ce qu’il convient de lui reprocher, et oublions bien vite les arguties autour de ses prétendues (parfois avérées ?) libertés avec l’histoire égyptienne.


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A propos jcv

Admin du site, égocentrique, élitiste, gauchiste et humaniste. Un peu cacatiste aussi, dit-on de moi.

7 Commentaires

  1. Retour PingLe barrage du Nil

  2. bonjour je voudrais avoir des info sur le temple dédié a aton a ce qu’il parait il aurait jamais été decouvert

    mais sincére salutation .merci

  3. Je ne suis pas assez calé pour savoir quelles libertés Jacq prend avec la réalité historique. En dehors des aspects évidemment romancés (tout le surnaturel), tout ce qu’on été capables de bredouiller quelques amis plus érudits était un « on ne mangeait pas ces oiseaux à cette époque ». Si t’as qqchose de plus consistant que mes amis, je suis preneur !

    J’ai toujours pas tenté Mozart, parce que je sais déjà que je n’aimerais que moyen : je suis un môme qui rêve d’exploit et de batailles. L’histoire d’un type qui meurt à 35 ans après avoir joué du pipeau 30 ans, c’est vachement moins viril.

    🙂

  4. j’ai lu tous ces livre et je suis conquis par la magie qu’il transmet au travers des romans tel que l’épopée de Ramsès ou autre juge d’Egypte même si j’ai lu dérnièrement que la réalité historique ne concordait pas tjs avec ses écrits. cela me laisse indifférent car ses ouvrages sont des romans…

    par contre dans un autre registre (pour une fois en dehors de l’égypte ancienne) je me demande ce que sa nouvelle série mozart va donner….

  5. Bonjour

    Il faut lui écrire à :
    Maison de Vie Éditeur
    A l’attention de Monsieur Christian Jacq
    16 Boulevard Saint-Germain
    75005 – PARIS

    Cordialement,
    Jean-Pierre
    http://www.maisondevie-editeur.fr

  6. Pas de pseudonyme (en français pas en états-uniens) le COURRIEL C’EST MIEUX. Merci de m’envoyer l’adresse COURRIEL OU postale de Christian Jacq qui réside en Suisse entre Montreux et Lausanne.

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