Avr 11 2006
Godfather: Part III, the


A chaque épisode du Parrain correspond une nouvelle génération du XXe siècle : si dans le premier nous sommes dans l’après-guerre, les sixties hantent le deuxième épisode alors que dans le dernier, ce sont les années golden boys qui crèvent l’écran. A chaque nouvel épisode correspond également une génération d’acteurs : Marlon Brando (Vito Corleone) dans le premier, Al Pacino (Michaele Corleone, qui joue également dans la première partie) et Robert De Niro (Vito Corleone jeune) dans le second, et enfin Andy Garcia (Vincenzo Mancini-Corleone) dans le dernier. Enfin, ce sont trois types de violences différents qui sont abordés tout le long : de la brutalité et du crime existant par défaut d’Etat, on passe au crime co-existant et défiant l’Etat, finissant avec le crime institutionnalisé. La vie de la mafia aux USA, c’est la vie de l’Etat : les deux évoluent ensembles, et finissent par tellement se mélanger qu’il devient difficile de savoir en face de qui l’on se trouve.

Le réalisateur Francis Ford Coppola est habité durant toute sa série par la dialectique de ces hommes qui, sous couvert de racines chrétiennes, prient à l’église le dimanche après avoir pêché la semaine durant. En démonstration, Coppola offre des montages qui sont des monuments du 7ème art : dans le deuxième opus, on assiste à un baptême en parallèle à des assassinats de masse; dans le 3ème, c’est « l’adoubement » de Michaele Corleone, alors qu’il fait assassiner son frère. La respectabilité dans laquelle se drapent ces hommes est ainsi objectée à leurs actions réellement entreprises.

Mais dans le dernier de la série, génération golden boy oblige, Coppola se fait plaisir avec des scènes dans la pure tradition du langage cinématographique. Ainsi cette magnifique contre-plongée qui montre un building new-yorkais, vu depuis… une église. La finance côtoie désormais la religion, c’est une violence d’une nouvelle espèce, remplaçant la force brute d’autrefois. On sponsorise des fondations, on paye des avocats, on achète ses titres : la violence est institutionnalisée, on peut à visage découvert commettre ce qui auparavant se faisant dans la plus grande discrétion. Parrainer le crime n’est plus un délit, la loi le permet. La raison, il faut peut-être la chercher autour du personnage de Lucchesi (Enzo Robutti), cet homme politique véreux qui, depuis Rome, tire des ficelles d’un monde qu’il participe à corrompre.

La corruption est issue de l’appât du gain, mais pas seulement. Incapables de vivre en société, incapables d’être raisonnables, les hommes recherchent le respect; cet individualisme forcené pousse à rechercher la vendetta (vengeance) qui, Coppola se fait un point d’honneur à le démontrer, non seulement ne résout rien, mais est le fruit de cet individualisme. Aimer ses proches ne signfie pas déclencher des luttes fratricides pour les venger. Aimer ses proches, c’est les aimer de leur vivant, et les honorer dans l’au-delà. Parce que Don Tommasino (Vittorio Duse) dispense son amour autour de lui, il aura un sort bien différent que celui de Michaele Corleone. Ce dernier ne mourra ainsi pas assassiné; au contraire, après avoir été incapable de changer, de se repentir, après avoir été soumis aux affres de la culpabilité, Michaele meurt d’une mort naturelle.

En effet, le plus grand film de famille de l’histoire du cinéma a une scène finale assez étonnante : Michaele Corleone seul, mourant parmi des chiens et des chats, sous le soleil de plomb sicilien. Bien qu’ayant cherché toute sa vie durant à protéger sa famille, Michaele s’écroule d’une chaise aussi austère que le paysage dépouillé qu’il contemplait, seul dans le désertique sud italien. Alors que lorsque son père, Vito, mourrait, c’était en jouant avec son petit-fils; pourquoi donc Michaele meure-t-il seul et abandonné de tous ?

Une piste à explorer concerne toute la notion de respect : synonyme en réalité d’amour propre et d’individualisme, il s’oppose à « être raisonnable ». Ce que Vito Corleone fait durant la première partie, lorsqu’il doit négocier avec ses collègues peu fréquentables : il accepte, bien qu’ayant perdu un enfant, de faire bénéficier de ses relations aux autres gangsters. Michaele est lui un idéaliste, bien moins pragmatique qu’il ne veut le faire croire. Il ne transigera pas lorsque, lors d’une réunion d’Atlantic City, certains le prient « d’être raisonnable », et de partager la protection que la légalité de ses nouvelles affaires (immobiliare international) pourrait offrir à ses anciens partenaires. Rigide, froid et intellectuel, Michaele a échoué à fédérer sa famille autour de lui. Son divorce, l’éloignement de ses enfants, l’adoption presque forcée d’un neveu qui lui ressemble si peu, la prospérité de ses affaires n’a d’égale que l’échec de sa vie familiale. Si « être raisonnable » signifie consensus, empathie, c’est « qu’être raisonnable » représente la famille. Il faut savoir plier pour être accepté dans la famille, la souplesse est une qualité nécessaire; or, Michaele est beaucoup trop individualiste pour être raisonnable. C’est un homme de principes. Des principes qu’il met au-dessus de la famille, ce que son père ne fit jamais.

Oeuvre magistrale du cinéma, le Parrain est une série qui ne monte pas en puissance; elle est au sommet dès la première partie. Elle conte une histoire éternelle et impérissable, celle du sud de l’Italie, ainsi que celle des sociétés modernes. Du passage du « sans-état » au « état-corrompu ». D’une violence artisanale à une corruption dont on s’est accommodé. De l’individualisme qui fait place à la vie de famille.



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