Avr 07 2006
Le chômage après 60 ans : schizophrénie à la suisse

Etre âgé de 50 ans ou plus, et pointer au chômage; une maladie endémique à laquelle nos sociétés occidentales peinent à répondre. Elles empruntent même un chemin qui pourrait empirer les symptômes visibles, puisqu’elles se résolvent progressivement à augmenter l’âge de la retraite (l’Italie et le Danemark l’ont déjà fait ces dernières années, la Suisse, l’Allemagne, l’Angleterre et l’Espagne y songent). Forcer les individus à rester plus longtemps encore sur le marché du travail, alors que les entreprises les tiennent déjà pour trop vieux à 50 ans ? Les experts de la question du chômage comptent ainsi les quinquagénaires parmi les groupes problématiques à replacer, en raison « d’une employabilité difficile due à l’âge ». Si à 50 ans, les organismes publics estiment qu’il est difficile de retrouver un travail, que dire de ceux qui ont dépassé 60 ans ?

La difficulté posée par l’employabilité des aînés ne doit pourtant pas être prétexte à tous les excès. Le chômage est combattu en Suisse, au niveau micro, par le principe du bâton et de la carotte. La carotte, avec les placeurs des centres cantonaux de chômage (ORP), qui ont pour mission d’évaluer les recherches d’emploi des chômeurs, de leur prodiguer conseils et d’octroyer des formations complémentaires, si elles peuvent se justifier. Le bâton, avec les ORP qui sanctionnent le manque de recherche d’emploi, ou même le refus d’un travail proposé. Ce deuxième principe ne devant être utilisé que lorsque le chômeur fait preuve d’un manque de volonté évident pour sa réinsertion dans le monde du travail.

Récemment pourtant, un ORP a émit une décision sanctionnant une personne âgée de 63 ans (au moment des faits) pour avoir refusé un emploi assigné par ce même ORP. Sans formation mais au bénéfice d’une expérience de plus de 20 ans comme maître d’hôtel, le centre de chômage requérait de sa part qu’il accepte d’effectuer un travail pour lequel il n’était pas formé (vente au détail, aide-cuisine) en sus du service, dans un snack-bar. Il est légitime de demander aux chômeurs d’accepter des emplois que l’on pourrait qualifier « d’inférieurs » à ceux qu’ils exerçaient jusque-là; après tout, le rôle des ORP est de réinsérer les chômeurs, et de combattre le phénomène de chômage. Assurance à laquelle les salariés de tous âges confondus participent, il serait périlleux d’expliquer pourquoi le chômeur récalcitrant décide de continuer à bénéficier de l’assistance de la communauté, plutôt qu’accepter un travail « qui serait indigne de lui ». Toutefois, cette affaire pose deux problèmes de cohérence.

Premièrement, le travail en question correspondait à un taux d’activité de 50%; s’il s’agit d’éviter que la personne ne dépende de la communauté, et au vu des tâches administratives qui devront être mise en oeuvre (puisque la personne continuera à dépendre du chômage pour moitié), la justification est pour le moins bancale : le gain, si gain il y a vraiment, sera minime. S’il s’agit plutôt d’éviter que le chômeur ne soit coupé du monde du travail, et reste actif, dessein de manière générale louable, on reste dans l’expectative lorsqu’on se remémore l’âge de la personne fautive pour l’ORP : 63 ans. Dans moins de deux ans, c’est la retraite… Il n’y a plus grandchose en jeu, même financièrement, avouons-le.

En second lieu, ce type de position nous renvoie à la politique en matière de chômage en Suisse. Doit-on vraiment attendre des chômeurs si âgés (plus de 60 ans) qu’ils soient à même d’effectuer n’importe quel nouveau type d’emploi, comme on pourrait l’exiger de personnes plus jeunes ? Les organismes suisses sont magistralement empêtrés dans cette contradiction.

Le secrétariat d’Etat à l’économie suisse (SECO) est un centre d’étude et d’action économique, chargé par la Confédération de veiller à la prospérité du pays. Composé de quatre secteurs, lutter contre le chômage fait partie des attributions de la direction du travail; ce secteur fait office même de Haute surveillance de l’assurance chômage et du service de placement public. Ainsi, lorsqu’il diffuse un rapport sur l’employabilité des travailleurs âgés, il explique, conformément à ce que l’on attend de lui, que :

[…] en règle générale, plus l’aptitude des travailleurs âgés au marché du travail est élevée et plus leur motivation au travail est grande, plus leurs chances vis-à-vis du marché du travail augmentent. Ces deux éléments sont à leur tour influencés par toute une série de facteurs, comme ceux des qualifications (connaissances, expérience), […]

Mais il note plus loin que :

Par sa politique éducative, l’Etat influence également la structure de qualification de la population et, par le biais de l’assurance-chômage, il encourage l’employabilité des chômeurs.

reconnaissant ainsi que les décisions étatiques d’accorder des formations ou non à des personnes au chômage influence directement l’employabilité de ceux-ci. Immédiatement après avoir expliqué que dans le cas de personnes âgés, ce facteur est prépondérant.

On attendrait dès lors que le SECO, chargé de lutter contre le chômage, reconnaissant que la formation des plus âgés est une priorité si l’on veut que nos aînés puisse travailler, accorde des mesures de réinsertion. Mais c’est là que le bât blesse : le SECO, qui donne des impulsions générales sur comment accompagner les chômeurs, refuse dans de permettre au chômeurs de plus de 60 ans certaines mesures relatives au marché du travail (MMT), à l’image des programmes d’emploi temporaire (PET) en Europe centrale et orientale :

[…] les PET en Europe de l’Est doivent, comme toutes les autres mesures actives financées par l’assurance-chômage en Suisse, augmenter l’aptitude au placement des participant(e)s. Puisque cette conditions n’est plus remplie pour les assurées(e)s proches de la retraite, la limite d’âge supérieure a été fixée à env. 60 ans[…]

Récapitulons : le SECO sait mieux que quiconque que les personnes de plus de 50 ans ont de la peine à trouver un travail. Et il refuse certains programmes de réinsertion qui, on peut raisonnablement l’espérer, ont plus de chances de permettre à un chômeur de plus de 60 ans de retrouver un emploi. Et, pour revenir à notre affaire, certainement plus de chances qu’un emploi à 50%, dans un travail pour lequel la personne est surqualifiée.

La sanction infligée au chômeur récalcitrant fût une amende équivalente à presque 2 mois de chômage. Pour une personne de 63 ans, considérée par le SECO comme non prioritaire au placement, dont le placement n’aurait économiquement pas eu beaucoup d’influence sur son avenir ou sur son coût économique, cela semble inique. La décision paraît aussi abusive, car à 63 ans, on n’est plus aussi adaptable.

Drôle de schizophrénie suisse (et occidentale) qui veut augmenter l’âge légal de la retraite, mais qui n’arrive ni à trouver un emploi à ses travailleurs âgés, ni même à les traiter dignement et avec respect.



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5 commentaires sur “Le chômage après 60 ans : schizophrénie à la suisse”



  1. :-[)
    Vraiment triste d’arriver à presque 63 ans et se retrouver au chômage, d’autant plus que ma conseillère ORP me considére comme une personne à placer (employée de commerce) tout est bon pour essayer d’économiser des prestations…. Dernière trouvaille elle m’a proposé un emploi dans une entreprise fictive, soit disant pour m’occuper et ne pas me couper du monde du travail (quel monde) Après 40 ans et plus d’expérience, je n’ai pas besoin de celle-ci … Parait-t-il que les patron n’aiment pas les trous dans les CV , je suis au chômage depuis 2 mois … n’importe quoi. la suite
    on verra,,, sûrement une sanction.. c’est le respect qu’ont droit les chômeurs âgés… et après ça on veux augmenter l’âge de la retraite….




  2. Très intéressant. Merci !




  3. Des informations de France qui peuvent donner des idées.
    Pour avoir de bonnes informations, des analyses pertinentes ou de l’aide concrète … pour faire face à un mal qui détruit notre société, le chômage.

    Voici quatre sites bien utiles, à lire sans modération.

    1 – Actuchômage
    Le premier portail d’information et d’échange sur le chômage et l’emploi.
    Actualités de l’emploi et du chômage. Forums généraux et spécialisés, tous en relation avec le chômage, l’emploi, l’économie.
    Site : http://www.actuchomage.org

    2 – Travail, chômage et choix de société
    L’importance du travail et du chômage résultent d’un choix de société. Le chômage réel doit tenir compte de l’invalidité, du temps partiel, des pré-retraites et autres artifices pour diminuer le chômage officiel dans les statistiques, de moitié ou plus.
    Le chômage réel peut disparaître en diminuant fortement la durée du travail et en développant la formation pour les emplois socialement utiles.
    Site : http://travail-chomage.site.voila.fr/index2.htm

    3 – Inter emploi
    Le numéro vert des demandeurs d’emploi. Visibilité sur vos droits, accompagnement et conseil en ligne; des services gratuits et inédits pour réaliser vos démarches.
    Un service gratuit et optimal de prestations de retour à l’emploi conciliant technologie, qualité et proximité.
    Site : http://www.inter-emploi.org

    4 – Observatoire des inégalités
    On ne prête pas suffisamment attention à la façon dont les inégalités économiques, culturelles et symboliques se conjuguent et le plus souvent se cumulent. …
    L’exacerbation de l’idée de compétition, de concurrence, du « chacun pour soi » est aussi un des éléments qui nuisent au bien-être des individus.
    Site : http://www.inegalites.fr
    Pour avoir de bonnes informations, des analyses pertinentes ou de l’aide concrète … pour faire face à un mal qui détruit notre société, le chômage.

    Voici quatre sites bien utiles, à lire sans modération.

    1 – Actuchômage
    Le premier portail d’information et d’échange sur le chômage et l’emploi.
    Actualités de l’emploi et du chômage. Forums généraux et spécialisés, tous en relation avec le chômage, l’emploi, l’économie.
    Site : http://www.actuchomage.org

    2 – Travail, chômage et choix de société
    L’importance du travail et du chômage résultent d’un choix de société. Le chômage réel doit tenir compte de l’invalidité, du temps partiel, des pré-retraites et autres artifices pour diminuer le chômage officiel dans les statistiques, de moitié ou plus.
    Le chômage réel peut disparaître en diminuant fortement la durée du travail et en développant la formation pour les emplois socialement utiles.
    Site : http://travail-chomage.site.voila.fr/index2.htm

    3 – Inter emploi
    Le numéro vert des demandeurs d’emploi. Visibilité sur vos droits, accompagnement et conseil en ligne; des services gratuits et inédits pour réaliser vos démarches.
    Un service gratuit et optimal de prestations de retour à l’emploi conciliant technologie, qualité et proximité.
    Site : http://www.inter-emploi.org

    4 – Observatoire des inégalités
    On ne prête pas suffisamment attention à la façon dont les inégalités économiques, culturelles et symboliques se conjuguent et le plus souvent se cumulent. …
    L’exacerbation de l’idée de compétition, de concurrence, du « chacun pour soi » est aussi un des éléments qui nuisent au bien-être des individus.
    Site : http://www.inegalites.fr




  4. On vit bien en Birmanie ? Ca doit dépendre dans quel camp on se trouve… :aie:

    Tout ce que je peux te conseiller, c’est peut-être de t’adresser directement au services de chômage (pour Genève, Suisse, c’est là : OCE). Beaucoup de chômeurs sont motivés, quelque soit leur âge. Et à mon avis, si tu cherches des personnes de plus de 50 ans, qui débutent leur « seconde vie », tu devrais en trouver une quantité importante dans ce type de services.

    Je te souhaites beaucoup de succès dans ton ambitieuse entreprise !




  5. SVP, pouvez vous me conseiller sur la facon de trouver un chomeur de + 50 ans ou un retraite actif ? Je recherche une personne d’ expérience responsable des fabrications dans la confection de mobiliers sur plans à partir de panneaux.
    Pour plus d ‘information consulter le site teakcell.blogspot.com
    C’est pour l’etranger … et on y vit bien.


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