Avr 01 2006
Les conséquences de la mort de Milosevic

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Le 11 mars 2006 ne remplacera pas dans la mémoire espagnole le 11 mars 2004, date du sanglant attentat terroriste dont les Hispaniques ont été victimes : presque 200 morts, au « 9/11 » étasunien (désignant le 11 septembre 2001) est venu s’ajouter le « 11-M » madrilène. Pourtant, le 11 mars 2006, un événement d’importance, bien que n’ayant eu qu’une déflagration sourde, avec une seule victime – pour l’instant – à son actif : Slobodan Milosevic, président de la Serbie (et plus tard de la République fédérale de Yougoslavie) de mai 1989 à septembre 2000, est mort dans une cellule qu’il occupait depuis juin 2001. Alors que l’attentat madrilène est représentant d’un nouveau type de guerre, le terrorisme transétatique, Milosevic avait à répondre à un nouveau type de justice.

L’explosion que fut son décès pourrait se répercuter à deux niveaux : à l’échelon national tout d’abord, parce qu’il pourrait lancer les pro-Milosevic contre leurs opposants, dans une lutte fratricide; à l’échelon international ensuite, parce que depuis la fin de la Guerre Froide, certains pays démocratiques, avec les Européens en tête, ont pour objectif d’instituer une justice internationale. En a résulté la création des Tribunaux internationaux pour l’ex-Yougoslavie (TPI-Y) et pour le Rwanda (TPI-R), mais aussi la très contestée et fragile Cour pénale internationale (CPI), qui a pour féroces détracteurs deux acteurs majeurs des relations internationales : les USA et la Russie.

Le débat yougoslave conséquent à la mort du despote est des plus riches : outre l’opposition déjà évoquée, entre les nostalgiques du nationalisme serbe voulant rendre hommage à un « grand homme » et ceux dont, bien souvent, un membre de la famille a périt durant les guerres balkaniques, il y a les partisans de la thèse où le décès serait une catastrophe pour le pays, et de ceux pour qui les conséquences seraient minimes.

Il est certain que les circonstances entourant la mort de l’ancien président ne font rien pour tarir le sursaut nationaliste serbe; les erreurs de communication du TPI-Y ont laissé planer le doute sur la réalité du suicide annoncé, la suspicion s’étant installée sur qui aurait décidé une médication qui s’est avérée mortelle : Milosevic lui-même, ou le TPI-Y ? Pour ridicule que soit cette deuxième possibilité, puisque le procès atteignait son terme, et sans compter que des arrêts à répétition pour épargner les forces de Milosevic ont ponctués le procès, la fallacieuse théorie du complot s’est insinuée dans certains esprits serbes. Alimentant par-là même le révisionnisme nauséabond – souvent latent – du pays.

D’autre part, on peut imaginer que les autorités risquent de traîner les pieds pour livrer Radovan Karadzic et Ratko Mladic, deux criminels des guerres balkaniques toujours en fuite, après le coût politique que cela impliquerait; envoyer quelqu’un à La Haye aujourd’hui, équivaut de plus en plus à le condamner à mort. Milan Babic, Slavko Dokmanovic, Milan Kovacevic et maintenant Slobodan Milosevic y ont trouvé la mort… Dans un pays qui se construit, car très jeune, le nationalisme est une lame de fond potentiellement plus dévastatrice qu’ailleurs. Si le gouvernement actuel serbe a prouvé avec force son attachement aux principes démocratiques et humanistes européens, ce gouvernement n’est pas éternel, et doit compter de facto avec le pouvoir de l’opinion publique…

Mais le débat qui fait rage en Serbie et Monténégro autour des circonstances de la mort de l’ancien président, de ses funérailles, de la poursuite des membres de sa famille, nous renseigne avant tout sur une chose : le débat démocratique a profondément enfoncé ses racines en terre yougoslave, les manifestations se font sans débordement, ce qui est de bon présage pour l’avenir. A peser le pour et le contre, il n’est pas si sûr que pour l’apprentissage de la démocratie, la mort de Milosevic soit une mauvaise chose.

Au niveau international, le bilan est malheureusement beaucoup plus mitigé. La disparition de Milosevic risque d’amener de l’eau au moulin des détracteurs de toute institution judiciaire supranationale. Cinq ans sans émettre un verdict, des dizaines de millions d’euros dépensés en vain, des morts à répétition, la position des défenseurs d’une justice internationale devient de plus en plus précaire.

Bien sûr, on ne juge pas de la nécessité de la justice en fonction des résultats obtenus. Le droit puise sa source dans la morale tout autant que dans les besoins sociétaux. Ce n’est donc pas en raison de, ce qu’il est de plus en plus convenu de nommer un échec, que l’existence du TPIY – ou des instances judiciaires internationales – doit être remise en cause. D’ailleurs, on peut remarquer que malgré le manque de résultats probants en Tchétchénie ou en Irak, les opposants russe et étasunien au TPIY n’ont jamais souhaité revoir la motivation de leur action. Il est toutefois fondé de vouloir revoir les procédures, les délais afférents à la tenue de procès internationaux. Peut-être que, après tout, vouloir mener le procès de manière contradictoire (à l’anglo-saxonne) était une mauvaise idée. Peut-être que concentrer les poursuites sur quelques chefs d’accusation seuls, permettra de réduire d’autant un procès qui, de toute manière, s’il se solde par une condamnation, aura pour sentence l’incarcération à perpétuité. En somme, la justice internationale aura beaucoup appris avec la tenue des TPIs ; la CPI saura en tirer les leçons qui s’imposent.

Mais laissons de côté ces considérations, pour en tirer un enseignement sur l’avenir du métier de tyran, dictateur, terroriste international, ou de quelconque profession étatique requérant de plonger ses mains dans le sang de la population : ces gens-là ne sont plus à l’abri. Ils savent que, une fois leur régime tombé, ils auront à répondre de leurs actes non seulement devant l’histoire, mais aussi devant la justice internationale. Charles Taylor, ancien « président » du Libéria, va ainsi être traduit devant la Cour Spéciale pour le Sierra Leone; sa fuite du Nigeria n’aura fait qu’accélérer la tenue de son procès. Dans un monde où le droit international juge les leaders criminels de tous les pays, il n’y a plus de refuge derrière les anciennes immunités nationales et barrière étatique. Tant mieux, parce que le terrorisme a dépassé depuis longtemps ces frontières…

Pour finir, et parce que pour certains, la mort de Milosevic permettrait à celui-ci de s’en sortir avec les honneurs, laissant un doute sur ses responsabilités, il est nécessaire de rappeler que le droit n’est pas tout : Hitler n’a jamais été condamné, réussissant à se suicider avant l’arrivée des Alliés. Est-ce parce que Milosevic s’est suicidé dans une geôle, et non dans un bunker, que l’histoire devrait perdre de sa force ? Les historiens n’ont pas à être des juristes; le droit pénal international a pour mission d’administrer la justice des hommes à des individus qui ne seraient pas, en d’autres circonstances, inquiétés. Il n’a pas pour objectif d’écrire l’histoire.



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3 commentaires sur “Les conséquences de la mort de Milosevic”



  1. C’est… atterant. Vraiment atterrant.

    Car cette guerre atroce, qui l’a déclenchée ? Les Allemands et les Autrichiens en armant la Croatie ! C’était un procès que l’on pourrait dire révisionniste : il devait établir une nouvelle « vérité politque », effaçant la vérité de l’histoire, et justifiant la mise sous tutelle américaine de l’Europe.

    Je ne sais pas si Bruno Gollnisch irait aussi loin au sujet de cette guerre. Faire reposer la responsabilité de la guerre sur les épaules germano-autrichiennes…

    Et Milosevitch menaçait de faire échouer cette manoeuvre. Il était malade, il a suffi de ne pas le soigner et, en le faisant mourir, on arrêtait cette mascarade judiciaire, ratée, et on limitait les frais.

    La théorie du complot bien connue. Sauf que cette fois-ci, ce sont des juifs du TPI qui assassinent. Décidément, rien ne rattrapera Dieudo et ses puants amis.

    Du pain béni pour l’extrême droite, tout ça… Je ne serais pas surpris de voir, dans quelques années, des déçus du front national migrer chez Dieudo. Comme certains l’ont fait de l’extrême gauche vers l’extrême droite déjà. Le fil conducteur restant la haine des politiciens au pouvoir, le révisionnisme, et des promesses populistes et démagogues. D’ailleurs, quelqu’un sur ton blog explique que l’auteur Serge NOITH n’est autre que Serge THION, un négationniste.

    Et après ça, on veut relativiser les propos de Dieudonner ? Mais c’est à de la prison ferme qu’il faudrait le condamner !

    PS : j’ai, comme convenu, entré le code de validation du post.
    En l’occurence : “Breast�?. ) Drôle, non ?

    Je crois que je vais rajouter le mot « Beast », qui serait encore plus approprié :p




  2. Je rebondis sur ce post pour te signaler ce texte sur le site du « présidentiable » Dieudonné (lire le 2ème paragraphe). Une position sur le TPI et Milosévitch pour le moins originale…et pathétique.
    PS : j’ai, comme convenu, entré le code de validation du post.
    En l’occurence : « Breast ». 😉 Drôle, non ?


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