Mai 19 2007
Avis de tempête : Sarkozy, force 5

Certains en doutaient, mais la politique du nouveau président n’a pas finit de souffler avec une force tapageuse en France et dans le monde. Si pour l’instant, il est trop tôt pour augurer des résultats, le style est résolument nouveau. Épaulée de deux ministres socialistes (Eric Besson et Bernard Kouchner), la nouvelle équipe de 15 ministres va s’atteler à tenir la quantité traditionnellement invraisemblable de promesses effectuées par Sarkozy durant la campagne électorale.

Prendre les perdants dans l’équipe gagnante, voilà qui est du jamais vu. Une idée qui ne va laisser aucune chance (si chance il y a avait encore) à la gauche durant les prochaines législatives; elle sera emportée par l’ouragan tel un frêle fétu de paille qui a vu venir le danger, mais qui reste tétanisé devant son imminence, incapable de bouger pour s’échapper.

L’homme qui déclarait récemment qu’en « coupe du monde de football, il n’y a pas de match entre le 2ème et le 3ème » – se moquant par là du geste d’ouverture fait par Ségolène Royal vers François Bayrou en organisant un débat – décide de prendre dans son équipe deux perdants. Enfin, plutôt un seul, puisque Besson ne fait plus partie du PS depuis février 2007. Mais avouons que le pari est audacieux, et que bien des amis qui se sont battus comme de beaux diables durant la campagne doivent avoir du mal à digérer de se voir debout au jeu des chaises musicales, alors que sont assis les adversaires. La garde rapprochée du nouveau président doit peu apprécier.

Cette brise du changement est évidemment une stratégie politique : accusé de sectarisme, d’autoritarisme, Nicolas Sarkozy tente aujourd’hui de changer le sens du vent. S’il veut gagner les législatives du mois de juin, préambule à une action gouvernementale réelle, il doit avoir la majorité au parlement, alors qu’il doit faire face à la fois au PS et au Mouvement démocrate de Bayrou. Il a donc choisi de se fâcher avec ses proches plutôt qu’avec les Français. La tâche est délicate, et la réponse apportée aujourd’hui splendide; l’image sera au moins aussi commentée que la dissolution de l’Assemblée nationale par Chirac en 1997, tant la rupture est majeure. Sauf qu’ici, l’image avantagera le président français, et non les railleries du camp adverse.

Ce qu’il y a d’intéressant à relever, c’est qu’un tel coup de poker n’aurait jamais pu être mis en place chez les adversaires : à la manière d’Hannibal brûlant les ponts derrière lui, Ségolène Royale s’était coupée toute option en fustigeant la personnalité de son adversaire, en faisant l’homme à abattre : si il était élu, des forces plus dévastatrices que l’ouragan Katrina se déchaîneraient sur la France. On ne pouvait négocier avec un tel individu, Faust est là pour nous le rappeler.

L’apogée de cette stratégie avait été atteinte lors du débat télévisé entre les deux candidats de l’époque : dans une conclusion où Sarkozy disait sans complexes admirer sa concurrente, respecter son engagement mais vouloir combattre ses idées. Royale, déstabilisée, ne put avoir aucun mot de ce genre : prise dans l’engrenage, cela aurait été une défaite que d’adresser des compliments au diable. Cela aurait signifié se décrédibiliser définitivement; on n’admire pas le maître des ténèbres, sous peine de devenir soi-même l’un de ses suppôts.

La magistrale manoeuvre du gouvernement Sarkozy n’aurait donc pas été envisageable à gauche. Mais même pour quelqu’un qui avait choisi de changer son image, d’être calme et capable d’écoute, le franchissement de la barrière interpartisane étonne et détonne. Les clivages partisans sont en train de se modifier à toute vitesse : si Bayrou est en quelque sorte l’initiateur de cette redéfinition, Royale l’a poursuivi avec son débat inattendu, et Sarkozy l’ancre définitivement dans l’arène politique. « Ni de droite, ni de gauche », il va devenir de plus en plus difficile de simplement renvoyer cette phrase d’une pichenette à Adolph Hitler, il va s’agir d’expliquer de plus en plus pourquoi des différences existent. Et surtout… si elles existent encore. Car si l’Allemagne d’Angela Merkel voit la droite et la gauche se réunir pour former un gouvernement, c’est parce qu’elle y a été contrainte et forcée; que le camp victorieux de la course au pouvoir intègre de sa propre volonté des opposants (bien que pas les adversaires les plus vigoureux, il est vrai), c’est une audace inédite.

Capable de virages à 180°, comme en mettant Kouchner aux Affaires étrangères (alors que le contentieux sur l’adhésion de la Turquie risque de miner les relations entre l’ancien socialiste et le nouveau président), faire de Jupé le n° 2 du gouvernement et lui donner l’environnement (l’environnement n’a jamais été une priorité durant la campagne de Sarkozy), le président prouve qu’il est imprévisible. Sa façon de fonctionner au Ministère de l’Intérieur était détestable, parce que l’homme était trop médiatisé et peu enclin au dialogue; aujourd’hui, il semble vouloir afficher une stratégie de dialogue, et être moins enclin à uniquement se conter de l’écho de sa propre voix portée par le vent. Au vu des réformes promises, il est rassurant d’observer ce changement de style, car cela pourrait limiter la casse. Phrase au conditionnel, car les législatives de juin pourraient tout remettre en question, et les ministres socialistes être congédiés. Sur le plan tactique, ce serait alimenter le courant socialiste, mais stratégiquement, le gouvernement aurait une cohésion idéologique plus forte.

Et vu l’état du PS, dont l’état rappelle depuis 2002 celui du parti démocrate étasunien (mais qui s’est relevé, lui), incapable d’idées novatrices, sombrant dans des querelles intestines, le danger n’est pas bien grand de lui donner tendre le bâton pour se faire cogner : le PS ne saurait même pas où taper. Parité hommes-femmes (rien de nouveau ici, Sarkozy a, après tout, toujours été en faveur des quotas), premier ministère d’importance à être offert une Française issue de l’immigration (Rachida Datti prend la justice), environnement à Jupé, Borloo au finances, d’anciens socialistes au pouvoir, la répartition des ministères est un sans faute. Reste à traduire maintenant tout cela en actes, car n’oublions pas que c’est l’objectif d’une telle répartition.

Pour le meilleur comme pour le pire, le blizzard Sarkozy tente la mue en Sirocco. Prépares-toi, France, car jamais un vent aussi puissant, depuis De Gaulle, n’avait soufflé chez toi.



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