Nov 03 2007
De l’impossibilité des races

Sus au politiquement correct, appelons un chat un chat, et cessons de prendre des pincettes pour exprimer ce que nous savons tous être vrai ! Les races existent, et ce n’est pas être raciste que de dire qu’il existe des différences entre les hommes !

Sous ce cris du coeur lancé périodiquement dans le débat politique ou dans le cercles des proches, que nous avons tous entendu – voire auquel nous avons participé – se cachent sans coup férir les racines du racisme. Pourquoi ? Parce que sous le couvert de démonter un « politiquement correct » qui nous empêche d’utiliser des termes que l’on croit appropriés à la réalité, la recherche de classification humaine est tellement éloignée de la réalité biologique qu’on se débat très rapidement avec des notions de hiérarchie au sein des individus. Parce que le mot « race » renvoi immanquablement à une couleur : la race noire, la race asiatique, et bien sûr la race blanche. Dans quel autre contexte pourrait-on utiliser ce terme ? Or, ces 3 « grandes races » ne correspondent à aucune connaissance scientifique actuelle; elles peuvent uniquement être utiles à un discours souhaitant parler de hiérarchie, et donc de… deviser sur la supériorité et l’infériorité.

L’homme ne peut être classifié, du moins pas génétiquement. Le terme même de « race » est un non-sens scientifique; n’en déplaise à James Watson1, les différences observables entre « races » sont uniquement extérieures : couleur de peau, des yeux, taille, faciès, morphologie en général. On ne saurait relier les caractéristiques génétiques ou sanguines entre membres d’une même « race », raison pour laquelle on préfère le terme « ethnique » à « race ». C’est déjà un premier pas terminologique qui nous permet d’abandonner l’encombrant « race », pourtant souvent ressenti par certains comme une nuance inopportune imposée par la volonté de ne blesser personne – le politiquement correct. Mais les mots ont un sens : ils sont historiquement ancrés (voir plus loin), et décrivent une réalité subjective : la race, partant de l’idée que ce qui relie les individus est la couleur, en déduit toute une série de traits communs entre les individus d’une même race, des traits communs qui n’existent pas. C’est pourquoi ont préfère aujourd’hui le mot « ethnie », qui correspond bien plus à l’observation scientifique.

Les groupes ethniques ont l’avantage de pouvoir être associés à la couleur de peau, ou pas. Certaines ethnies, bien qu’ayant la peau noire, sont beaucoup plus proches de populations asiatiques que de populations africaines en termes de structures génétiques. Définir une ethnie sur ce critère est donc une aberration : c’est faire faire coller une différence visuelle sur une différence biologiques supposées. On tente de faire accepter à notre intelligence ce que nos yeux voient, mais que les analyses scientifiques réfutent; j’invite à consulter message sur agoravox, expliquant cela en termes savants.

La différenciation entre êtres humains, si elle veut être menée de manière cohérente et jusqu’au bout, ne peut avoir pour seule conclusion : « nous sommes tous différents ». Les points communs que l’on peut observer entre des individus d’une même « race » ne sont qu’extérieurs. Et les ethnie sont le plus souvent des groupes tellement réduits, que chercher à s’attacher à de telles distinctions revient à dépenser beaucoup d’énergie en argumentation pas grandchose : la montagne accouche d’une souris.

Sachant que nous ne pouvons nous classifier, au sein de l’espèce humaine, en « races », il est faux – parfois douteux – de vouloir opérer à la différenciation sur la base de l’apparence extérieure. Car l’apparence extérieure ne saurait être une raison de tirer des conclusions sur les capacités mentales (la hiérarchie), sur les comportements ou les attentes des individus, finalité de cette classification. La nécessité de distinction d’origine de « race humaine », vieille d’un siècle et demi aujourd’hui2, n’est pas innocente, elle poursuivait des buts bien définis. Hannah Arendt nous éclaire à ce sujet :

En réalité, c’est sur le contient noir que [la découverte que la race en tant que principe du corps politique, comme substitution à la nation a été faite]. La race apportait une explication de fortune à l’existence de ces êtres qu’aucun homme appartenant à l’Europe ou au monde civilisé ne pouvait comprendre et dont l’humanité apparaissait si terrifiante et si humiliante aux yeux des immigrants qu’ils ne pouvaient imaginer plus longtemps appartenir au même genre humain. La race fut la réponse des Boers à l’accablante monstruosité de l’Afrique – tout un continent peuplé et surpeuplé de sauvages -, l’explication de la folie qui les saisit et les illumina comme l’éclaire dans un ciel serein : « Exterminer toutes les brutes ».

Hannah Arendt, Les origines du totalitarisme : Tome 2, L’impérialisme, 1951 (édition 2002), p. 119

Le racisme répond, historiquement, à des buts politiques. Croire au racisme aujourd’hui, qu’il soit pris dans le sens originel du terme (hiérarchie entre les races) ou dans son sens plus contemporain et nuancé (il existe des différences raciales, sans forcément parler de supériorité entre les races), revient à justifier un mensonge remontant au XIXème siècle et déjà politiquement très orienté.

En somme, si les différences entre êtres sont indéniables, elles ne sont pas identiques aux critères que l’on a accepté – plus au moins – socialement et – surtout – personnellement. Un autre critère de différenciation, choisi tout aussi arbitrairement, pourrait reposer sur la taille des individus : pourquoi retenir la couleur, plutôt que la stature des humains ? Les deux correspondent à une réalité objective, mais on ne saurait tirer de conclusion à partir de cette différence. Et savoir que son patrimoine génétique peut être plus proche d’un Ewé d’Afrique de l’Ouest que d’un « Français de souche » calme tout velléité raciste.

Les couleurs et les morphologies existent au sein de l’espèce humaine, il faudrait être aussi idéologisé que Gobineau lui-même pour le nier. Toutefois, il existe au moins autant de différences au sein des membres d’une même couleur de peau qu’il n’existe de teintes de peau différentes. Vouloir classifier par leur pigmentation les êtres humains (car au final, il s’agit toujours de cela) répond bien plus à des objectifs politiques qu’à une réalité objective. Nation, race, et même parfois ethnie répondent à des besoins identitaires sociaux et culturels, mais en aucun cas à un lien biologique supposé qui unirait les individus d’un même groupe.

Refuser le terme de « race » ne revient en aucun cas à nier les particularités de l’homme; c’est exactement l’inverse, cette dénégation permet d’accéder à l’être humain dans toute sa diversité et complexité. Une diversité plus difficile à accepter et appréhender dans un monde peuplé par plus de 6 milliards d’habitants, qui doivent être tolérés, reconnus, ingérés dans toutes leur différence. Une diversité qui, au final, est à la fois gage de notre propre exception, mais qui nous renvoie dans le même élan à notre propre insignifiance, noyés dans une telle masse d’originalités. Si tout le monde est différents, le sommes-nous toujours ? La « race » est une réponse à une besoin si humain; elle est la construction d’un groupe artificiel destiné à nous permettre d’exister. Mais si sous le prétexte de chercher à exister, nous décidons d’exclure selon la couleur de peau, c’est que notre philosophie, notre politique et nos sociétés sont restées coincées dans la trame du XIXème siècle.

  1. Prix Nobel de médecine, co-découvreur de la structure de l’ADN, il est persuadé qu’il existe un gène de l’homosexualité, de l’intelligence et que ce dernier est moins développé chez les Noirs []
  2. Le comte Arthur de Gobineau publia son Essai sur l’inégalité des races humaines en 1853, donnant comme clé de lecture à l’histoire humaine le facteur racial. []


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Un commentaire sur “De l’impossibilité des races”

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