Jan 22 2007
Dis, papa, c’est quoi un raciste ?

Mon fils, ne cède pas à la croyance populaire : un raciste des temps moderne n’a rien en commun avec les partisans nazi. Au contraire, il s’en sert pour se convaincre que lui, il n’a rien en commun avec ces barbares d’une époque révolue; les formes les plus extrêmes de racismes permettent à d’autres formes, aujourd’hui, de s’épanouir totalement décomplexées.

Ainsi, de nombreux comportements racistes peuvent être quotidiennement observés dans nos sociétés démocratiques, sans que personne ne s’émeuve. Car mêmes les partis d’extrême-droite trouvent gênants les liens occasionnels entre leurs cadres et les nostalgiques du IIIème Reich; la mue, observée depuis une quinzaine d’année, est presque arrivée à terme. Que ce soit en France, en Italie, en Suisse, ou même en Autriche (et de se souvenir des scandales qui ont agité le FPÖ), il devient difficile pour ces partis de satisfaire la partie de leur électorat trop prompte à lever le bras fasciste aux meetings.

Devenant de moins en moins infréquentables, les partis « libertaires », « nationalistes », « identitaires », « patriotes », qui sont autant de déclinaisons de « xénophobes », ont été associés aux gouvernements. L’Italie, l’Autriche furent les exemples les plus médiatisés, mais notons qu’en Suisse, l’Union Démocratique du Centre (UDC), premier parti du pays, participe au gouvernement depuis deux décennies. Ce parti est l’un des premier en Europe a avoir achevé sa mue.

Qu’est qui se passe donc parmi les citoyens électeurs, qui considèrent comme valable le discours des héritiers de Charles Maurras, Mussolini ou Dollfuss ? La population européenne a tout simplement glissé elle aussi, passant d’un racisme franc et direct – mais inacceptable – à un racisme moderne, plus xénophobe et ethnique que raciale – et acceptable.

Pour entendre s’exprimer ce nouveau type de racisme, il suffit de se rendre au travail. De faire ses courses. D’amener sa voiture au garage. De se faire une toile. De prendre l’avion. D’acheter des fleurs. Le lieu importe peu, et le pays aussi : ce racisme des temps nouveaux, stigmatisé par les mouvements de gauche, minimisés par leurs pendants de droite, reste l’expression de la peur du changement, la nostalgie d’une époque où les choses nous semblaient plus stables, plus compréhensibles. Conservateurs, les sympathisants des mouvements racistes pensent que les changements sont provoqués par l’extérieur, et qu’il est nécessaire de se replier sur soi, pour protéger les commerces de sa ville, son mode de vie et ses habitudes. Le bouc-émissaire est donc tout trouvé : l’étranger, qui apporte avec lui coutumes et langues différentes.

On saisit aisément pourquoi des étrangers, parfois de première génération, sont séduits par ces partis racistes modernes. D’ailleurs, que des étrangers de première générations soient xénophobes, voilà là bien la preuve que l’intégration ne fonctionne pas aussi mal qu’on le prétend. Le monde change, et de plus en plus vite, les repères se perdent d’autant plus rapidement. Avec la perte de ces repères, la haine de l’étranger voit le jour, un étranger qui peut aussi bien être originaire du même pays que le raciste lui-même; il n’y a aucune contradiction, l’étranger ne représentant, après tout, que le germe étranger d’un corps dont se sent faire partie « l’ancien étranger ». Voilà pourquoi on assiste à l’adhésion de Noirs et d’Algériens au Front National français, d’Espagnols, d’Italiens, et maintenant de Portugais à l’UDC suisse, ou des Tunisiens aux partis de Gianfranco Fini en Italie. Les partis fascistes, de proprement racistes, sont devenus… xénophobes.

C’est de cette peau desséchée par les sursauts de histoire, que l’extrême droite en Europe s’est débarrassée : ce racisme basé uniquement sur la couleur ou l’origine a été englobé par le beaucoup plus vendable racisme xénophobique. A la haine du Juif, du Maghrébin ou du Noir, on a ajouté la haine de celui qui ne mange pas de porc, de celui qui a plusieurs épouses, de celui qui parle trop fort, de celui qui… a des pratiques différentes de son pays d’adoption. Cela revient la plupart du temps à détester les mêmes individus, mais permet de comprendre le tour de force si moderne qui consiste à vouloir fermer la porte à ses propres compatriotes.

Les écailles qui recouvrent les extrémistes d’aujourd’hui brillent pourtant de mille feux. Les reptations sont tout aussi directes et simplistes. On découvre une famille polygame, et voilà toute la communauté sénégalaise de Paris prise à partie. Des Maghrébins fraudeurs en Italie, et c’est toute la politique d’immigration qu’il faut revoir. Des jeunes yougoslaves en Suisse qui passent tabac (et tuent) un enfant, et toute la frustration contenue se déverse : « je ne suis pas raciste, mais je pense que les Sénégalais-Maghrébins-Yougoslaves ne sont quand même pas comme nous ». Une règle d’or de circonstance : se méfier, quelque soit le contexte, de toute personne commençant par un « je ne suis pas raciste, mais… ». Le « mais » annonçant une tirade raciste moderne, consistant à stigmatiser une communauté entière à cause d’un comportement isolé de l’un de ses ressortissants. Encore une fois, le racisme moderne, qu’on euphémise par le qualificatif si pratique de « xénophobe », n’est pourtant pas si différent. Il prône moins la violence à l’égard de l’étranger, ce qui lui permet de séduire un plus large électorat. Ce qui n’empêche que, observant un Noir crachant dans la rue, le néo-raciste sourira en voyant ses conclusions confirmées : les Noirs ne savent pas se tenir.

Le bon sens voudrait pourtant que le raciste réalise l’absurdité de ses tortueuses pensées. Lorsqu’un habitant français se fait alpaguer en possession d’héroïne en Indonésie, tout l’Hexagone ne devient pas un repère de dealers. Lorsqu’un Italien se fait pincer en compagnie d’une mineure en Thaïlande, ce n’est pas toute l’Italie qui est coupable de pédophilie. On ne renvoit pas toute une culture à quelques actions isolées.

Les coutumes existent, c’est un fait : de nombreux pays d’Afrique noire acceptent la polygamie, les Musulmans ont un problème avec le terrorisme (qui tient plus de la guerre civile que de la guerre avec l’Occident, cela dit), les Suisses ont une moralité douteuse en matière fiscale, les Français rêvent encore de l’époque où ils étaient une grande puissance. Mais de là à renvoyer à quelques pratiques toute une culture… la réalité est beaucoup plus complexe. Nous refusons les clichés lorsqu’ils nous concernent, car nous savons que lorsque si nous y correspondons (TOUS les Français ne se comportent pas en colons à l’étranger, tous les Suisses n’ont pas un compte bancaire qui a fructifié sous l’Apartheid ou la IIème Guerre Mondiale), ils ne décrivent qu’une infime partie de ce que nous somme. Une facette unique de la myriade dont nous sommes composés.

En somme, le racisme, s’il s’est modernisé pour répondre à des attentes nouvelles, s’est assagit car ne prônant plus autant la violence, se traduit encore et toujours de la même manière. Insidieusement, il s’infiltre dans les paroles et discours anodins; on ne se souvient même plus à quel moment le « mais » s’est inséré dans la discussion, pourtant il était bien là. Et voilà que progressivement, séduit par d’autres « mais » proférés avec plus de convictions, on se retrouve à voter pour un pays ouvert sur le monde, « mais ».

Je recherche encore de qui est cette phrase : « le plus beau tour du diable, c’est de faire croire qu’il n’existe pas ». On pourrait y calquer « Le plus beau tour des racistes, c’est aussi de faire croire qu’ils n’en sont pas ». Soyons lucides, et combattons ceux que nous devons combattre, même lorsqu’il s’agit de notre propre zone d’ombre.



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15 commentaires sur “Dis, papa, c’est quoi un raciste ?”



  1. le racisme est innadmissible




  2. Bonjour ;

    Article très intéressant, il faudrait en effet revoir les façons de combattre le racisme autrement que par les – certes très gentilles – exhortations à l’ amour universel, on est tous pareils etc …
    Les xénophobes – terme plus précis – se cachent en effet derrière des argumentations politiques dont certaine ont même l’ apparence de préoccupations de gauche anticapitaliste, tout en niant leur haine du « pas comme eux ». Par exemple :

    « Le nationalisme est le seul rempart au capitalisme »

    ou bien :

    « Le vrai dominé, c’est le prolétaire Francais, celui qui paie , via ses impots, son propre asservissement dans son pays (…)C’est lui le vrai dominé, dominé par la bourgeoisie de droite et de gauche et par le sous-prolétariat immigré. »

    (on y décèle tout de même la bave venimeuse du protoplasme sous-maurrassiens)(maurrassiste ?)

    Pour conclure, une autre vision antiraciste :

    http://www.pasdeschiffons.com/post/2007/04/11/Le-Racisme-nationalisme-et-connerie-socialiste




  3. les messages qui sont de simples copier-coller, signes d’une propagande raciste, sont effacés de ce blog.



  4. les messages qui sont de simples copier-coller, signes d’une propagande raciste, sont effacés de ce blog.



  5. 90% me semble un peu énorme, ou alors c’est que tu habites dans un immeuble communautaire investi par des crânes rasés 🙂

    Ne perd pas espoir, je suis persuadé que tu trouveras des personnes un peu plus ouvertes d’esprit. Parfois, il faut s’ouvrir soi-même pour découvrir que les autres le sont aussi !

    Bon courage.


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