Inégalité face au réchauffement climatique

Il n’est nul besoin, heureusement, de revenir aujourd’hui sur la réalité du réchauffement climatique à l’échelle planétaire. On se dispute encore quelque peu sur l’ampleur de l’augmentation des températures, les Chinois et les Etasuniens se battent pour que dans les rapports officiels soient nuancés certaines certitudes : des broutilles, en somme, on cherche à gagner du temps avant de se lancer dans l’inéluctable. Il est vrai que les chiffres avancés, constamment revus à la hausse depuis une bonne dizaine d’années, ont de quoi faire frémir : 12 degrés d’ici un siècle à Madrid, c’est le moment de se lancer dans l’élevage de chameaux en Espagne.

Des adaptations seront nécessaires, cela ne fait plus aucun doute. Mais si les grands responsables du changement de températures sont les pays riches (et quelques pays moyennement développés), les grands perdants seront les pays pauvres. Ce que les divers organismes scientifiques et écologistes s’époumonent à répéter, avec un succès en demi-teinte depuis quelques mois, mais un succès tout de même.

La coopération internationale Nord-Sud devrait atteindre des niveaux inégalés, si l’Occident souhaite s’épargner des catastrophes économiques et sociales. L’heure est pourtant, au contraire du bon sens, à la diminution : les budgets, nord de l’Europe mis à part, se voient réduits continuellement. L’Etat poursuit sont dégraissage, diminue son personnel, il rationalise : avec pour conséquence de devoir faire avec moins beaucoup plus.

Les pays du Sud, qui pour nombre d’entre eux vont être frappés de plein fouet par le bouleversement planétaire, se demandent comment répondre aux défis futurs. L’argent va immanquablement faire défaut, et ce très vite. Ordre de grandeur : les Pays-Bas, 16ème économie de la planète, s’apprêtent à surélever la plus grande digue du pays d’ici 2020. Petit pays qui lutte depuis toujours contre l’avancée de la mer, il envisage de débourser pas moins de 750 millions d’Euros; c’est une somme colossale, si elle est rapportée aux économies du Sud.

Cette somme à elle seule représente plus que le Produit intérieur brut (PIB) de 26 pays de la planète1. Cette somme encore, c’est le 20 % du PIB de la Papouasie Nouvelle-Guinée, du Nicaragua ou de Haïti; 30 % des Barbades, 33 % des Fiji, ou encore 95 % du Cap Vert. Ce sont des pour la plupart de petits pays, certes, pour lesquels on ne s’attendrait pas à voir une économie beaucoup plus développée dans le présent comme dans le futur… et c’est là que le bas blesse : pour la majorité, il s’agit d’îles, ou de pays bordés de mers, et seront les premiers à devoir faire face à l’une des nombreuses conséquences du réchauffement climatique : la montée des eaux.

Pour s’adapter, il faudra de l’argent : et il se trouve que la majorité des pays pauvres, qui n’ont pas « profité » de la pollution industrielle, vont « profiter » des conséquences de celle-ci. Plus que jamais, il va s’agir de renforcer la coopération internationale entre le Nord et le Sud. Si le Nord, qui se transforme progressivement en forteresse hermétique à l’immigration, et ne veut pas se voir débordé par les réfugiés climatiques, il est urgent d’investir dans la coopération internationale et de venir en aide au pays du Sud. La Suisse investit moins d’un milliard d’euros2 dans ses actions dans le monde en développement; c’est à peine de quoi se payer un renforcement de digue aux Pays-Bas. Si le réchauffement est attendu, les mouvements de populations risque bien d’être tout aussi inévitable.

  1. Antigua and Barbuda, Bhutan, St. Lucia, Burundi, Guyana, Maldives, Djibouti, Seychelles, Liberia, Grenada, Gambia, St. Kitts and Nevis, St. Vincent and the Grenadines, Samoa, Comoros, Timor-Leste, Vanuatu, Guinea-Bissau, Solomon Islands, Dominica, Micronesia, Tonga, Palau, Marshall Islands, Kiribati, Sao Tome and Principe []
  2. Soit 0,35 % de son PIB, la moitié du taux de l’aide au développement demandé par l’ONU aux pays industrialisés []

A propos jcv

Admin du site, égocentrique, élitiste, gauchiste et humaniste. Un peu cacatiste aussi, dit-on de moi.

5 Commentaires

  1. je pense que nous devrions suivre notre intuition. Nous avons l’intuition que le réchauffement climatique est dû aux gaz à effet de serre depuis fort longtemps, et bien faisons-nous confiance. Soyons animal mais dans le bon sens du terme. Rapprochons-nous de notre nature profonde qui nous indique que notre mère nature souffre, qu’elle ne peut continuer comme cela. Nous avons la même origine, nous venons des mêmes cellules que celle de la Nature. Nous n’avons pas besoin d’être sur de tout scientifiquement pour ensuite décider. Nous en savons désormais assez. Et laissons un peu d’imprévu dans notre vie, dans note humanité. Amusons-nous à changer, à vivre, à innover, à développer de nouvelles idées durables et joyeuses même si l’on est sur de rien pour que le monde que nous laisserons ne sera pas le même qu’actuellement et que nos enfants, petits enfant puissent dire ensuite : « je suis fier de toi »

  2. Retour PingNaturavox

  3. Je suis allé voir ton lien… excellent 🙂

    Two weeks ago we welcomed you to our country. We had high hopes that you were serious about addressing the threat of climate change which is destroying livelihoods all across Africa. Now we wonder if you are just like all the other tourists who come here to see some wild animals, and some poor Africans; to take some pictures and then go home and forget about us..

    et

    This was supposed to be the African COP – building and strengthening the Kyoto Protocol with Africa’s needs in mind. I think this should be called the ‘Safari COP’. ‘Climate change tourists’ is what I call you … you come here to look at some climate impacts and some poor people suffering, and then climb on your airplanes and head home. Africa is sometimes called the forgotten continent. And it looks like you’ve forgotten us again….

    Elle n’a pas sa langue dans sa poche, ça fait du bien. Je suis impatient de lire un compte rendu sur son intervention. Elle est le reflet d’une clique d’Africains qui en ont marre de voir les onusiens bosser en Afrique plus pour leur propre compte que pour faire changer les choses. J’en avais déjà eu un aperçu lors de TourismAfrica, mais pas grand chose à voir avec ce à quoi tu dois assister.

    Je t’ai déjà dis que j’étais jaloux de ton job ?

  4. Je regardais Hard Talk sur la BBC hier soir, et je suis tombé sur l’interview de Sharon Looremeta, la Wangari Maathai bis au Kenya. Elle est Maasai, et lutte contre le réchauffement de la planète au sein de Practical Action. Elle s’est fait remarquée lors de la dernière Conférence des Parties de la Convention Cadre des Nations-Unies sur le Changement Climatique, ici à Nairobi, en traitant les délégations de « Touristes climatiques » (http://practicalaction.org/?id=unfccc-cop12-intervention)

    Je pense qu’elle donne une bonne vision des dégâts que le réchauffement climatique peur avoir sur les pays du Sud. Pour étayer ses propos, elle donne souvent comme exemples les conséquences de ce changement climatique dans sa région du Maasai Mara. Comme j’y vais vendredi, je vous tiendrai au courant de ce que j’y ai vu 😆

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