Oct 11 2007
Pour en finir avec le 11 septembre, le président du 12 septembre

Le 30 septembre dernier, Thomas Friedman s’est fendu d’un éditorial qui, sans représenter à lui seul tous les Etasuniens, donne une bonne idée de la remise en question qui agite aujourd’hui bien des esprits au pays de l’Oncle Sam. Il est temps de se rappeler que les USA sont une démocratie si forte, qu’elle est capable de nourrir une opposition en son sein. C’est également une démocratie qui partage tant de nos valeurs, qu’il serait malvenu d’en rester éloigné.

Les Etats-Unis ont commis la pire erreur stratégique, humaine et écologique qu’il soit dans le XXIe siècle en envahissant l’Irak. Ils ont donné une stature internationale au terrorisme, ont déstabilisé durablement le Moyen Orient, ont instillé des germes de haine (si besoin était) au sein des populations musulmanes mondiales. Soit. L’ampleur du mauvais pas est à la hauteur de la puissance comparative sans précédent du pays le plus riche et le mieux armé du globe : énorme. Pis, on ne saurait trouver de circonstances atténuantes, puisque les mises en garde émanèrent du peuple, des élites, des petits pays comme des grands, des experts comme des béotiens. Quasiment seuls, le désastre était programmé.

Il est toutefois temps maintenant de dépasser les frustrations et les rancoeurs. Le monde doit faire face à des menaces réelles, et peut importe si elles sont ou non résultantes des USA; ce pays reste le meilleur allié de la démocratie, et croire qu’on peut se passer d’un coéquipier aussi formidable serait faire preuve de la même cécité qui conduisit à ce désastre. J’en veux pour preuve ces paroles du New York Times, à propos de Rudolph Giuliani1 qui déclarait il y a peu être prêt à reprendre le rôle de protecteur de la nation et de combattre comme on a combattu le 11 septembre; ce à quoi Friedman répond que

We don’t need another president of 9/11. We need a president for 9/12. I will only vote for the 9/12 candidate.

What does that mean? This: 9/11 has made us stupid. I honor, and weep for, all those murdered on that day. But our reaction to 9/11 — mine included — has knocked America completely out of balance, and it is time to get things right again.

soit qu’il est temps de tourner la page, et qu’un président US du 11 septembre n’était pas la solution. Un président du 12 septembre, voilà de quoi a besoin l’Amérique. Il reconnaît l’aveuglement qui entraîna les USA (lui y compris) dans la série d’erreurs bien connues maintenant.

Raillant les contrôles d’identité qui poussent les hommes d’affaire à se réunir en Europe, la baisse de tourisme, le camps de Guantanamo (qu’il voudrait non sans ironie remplacer par un hôpital gratuit pour Cubains), l’état déplorable des infrastructures, la fuite des cerveaux, il conclut en un « We need a president who will unite us around a common purpose, not a common enemy.  »2

Il en fait peut-être un peu trop, car la fuite des cerveaux hors des USA, ce n’est pas pour demain. Mais la prise de conscience est réelle : existe-t-il beaucoup de pays capables de remettre en cause leurs décisions passés avec une telle lucidité ?

Si un pays aussi asymétriquement puissant peut le faire, il incombe à la cohorte de petits pays industrialisés ou de grand pays en voie de développement, en fait de tout ce que compte la planète comme pays luttant pour la démocratie, à ne pas se laisser aller à la rancoeur. Le meilleur allié qu’on puisse imaginer est là, avec ces qualités et ses défauts. Ne pas se tromper d’ennemi, comme l’ont fait les héritiers de Jefferson, Wilson ou Roosevelt, car des erreurs aussi monumentales, l’histoire ne peut en supporter qu’une très petite quantité.

Et voyons arriver le 4 novembre (2008) avec espoir.

  1. Ancien maire de New York, il importa le concept de la « tolérance zéro » dans la ville. Il est aujourd’hui dans la course aux présidentielles. []
  2. Ce qui donne « Nous avons besoin d’un président qui nous unit dans un but commun, et non autour d’un ennemi commun » []


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