Pourquoi c’est l’extrême droite qui a gagné en Suisse

Alors que l’Union démocratique du centre (UDC) se pose la question de comment réorganiser la politique en Suisse, les qualificatifs des journaux à l’égard de ce parti vont certainement se faire de plus en plus légers. Moins grossiers. Moins moralisateurs. On serait à moins, puisque le parti agrarien a réussi le pari de faire mieux qu’il y a 4 ans, et atteint le score incroyable de presque 30 % des votes exprimés en sa faveur. C’est, semble-t-il, le pourcentage le plus élevé jamais réalisé par un parti politique en Suisse. Habitué au consensus, l’Helvétie a pour habitude de composer, de négocier entre les différents tendances. Face à un parti représentant pas loin d’une voix sur 3, les journaux pourront-ils tenir le même discours ? Les électeurs de l’UDC seront-ils toujours taxés de xénophobes ? A l’étranger, cela ne fait aucun doute, mais dans ce montagneux pays, où les journaux doivent compter avec un lectorat relativement réduit, on en doute. Comment évoquer qu’un tiers des votants suisse soit d’extrême droite ?

Avant de passer en revue les arguments qui donneraient à croire que ce parti n’est pas qu’une simple droite nationaliste, observons le taux de participation. On se gausse dans notre pays d’avoir atteint les 50 %, alors que la campagne s’est déroulée de manière très virulente, les invectives volant très bas et les appels au vote se répétant ad nauseum. Jamais on avait vu l’électorat et les politiques se mobiliser de la sorte, les manifestations se voyant opposer des contre-manifestations, les journaux analysant les penchants politiques de tous les candidats, les tracts s’échangeant à toute vitesse de mains en mains. L’agitation est à mettre en relation avec celle ayant suivi la qualification de Le Pen au deuxième tour des présidentielles françaises de 2002, qui eut pour résultat le taux record de presque 80 % de participation. Entre la France de 2002 et la Suisse de 2007, on passe à peu de choses près du simple au double. La démocratie suisse, ce n’est pas tellement une affaire populaire.

Le premier parti de Suisse est-il d’extrême droite ?

Peu de participation, soit; mais qu’est-ce que l’UDC ? Ressemble-t-il vraiment à ce qu’en décrit la presse internationale, un parti xénophobe et même raciste ? Il semble que de prime abord, il a dépassé le stade de simple parti agrarien, puisque la défense des droits des agriculteurs (origine de sa fondation) n’est plus depuis longtemps son cheval de bataille. L’immigration, la criminalité, l’adhésion aux instances internationales ou l’armée composent la vulgate UDC depuis l’arrivée de Christoph Blocher à sa tête. L’aile zurichoise, comme on l’appelle, est plus proche des problématiques citadines que paysannes. Christoph Blocher, le tribun zurichois, auréolé de sa légitimité de ministre suisse1, a eu le loisir de donner une teinte urbaine à ce parti. Et dans la foulée, à le transformer progressivement en parti d’extrême droite, car sans être fasciste il possède de nombreuses caractéristiques que l’on retrouve dans les parti extrémistes. En effet, le fascisme étant déjà daté, il faudrait parler de néo-fascisme. Le problème, c’est qu’à la différence des autres pays européens, la Suisse n’a jamais connu le fascisme; le terme néo est quelque peu usurpé si tant est que l’on souhaite parler de « réhabilitation » ou de « réactualisation ». C’est pourquoi le terme néo-fasciste, faisant référence à un fascisme de type nouveau, est maladroit; je préfère, pour ma part, de me cantonner à l’idée d’extrême droite.

Nationalisme

La Suisse, n’ayant aucune histoire du fascisme, il est très difficile d’aborder la question. Tout au plus peut-on essayer de dégager quelques traits saillants, qui ne sont pas sans nous rappeler les idéaux-types des partis d’extrême droite. Au premier duquel la glorification de la nation; pas besoin de s’éterniser là-dessus, tous les symboles historiques ou contemporains sont clairement repris par l’UDC. Le parti n’a cesse de se présenter comme garant de l’histoire et la tradition helvétique, alors que dans le même temps il est aujourd’hui le plus ardent ennemi de la politique traditionnelle du pays. Pour l’UDC, le nationalisme s’oppose clairement à l’internationalisme, fuit toute « emprise » internationale qui serait gage de diminution de l’indépence helvétique; ONU, UE, qui sont des organismes ayant de facto une influcence conséquente sur la vie politique et économique du pays, sont abhorrés.

L’indépendance, dans la tradition helvétique, s’est cristallisée autour de la neutralité; les deux sont plébicités par les élites UDC.

La société dans l’Etat

La seconde caractéristique, c’est la vision du groupe. L’UDC a franchi un pas il y a quelques années lorsqu’il a déclaré qu’un citoyen suisse ne pouvait avoir « deux maîtres », au sujet de la bi-nationalité. Le passage du citoyen-électeur au citoyen-sujet me semble dénoter d’une vision univoque et uniforme de la population, population qui se doit d’être cohérente tant dans ses choix que dans sa composition. Dans la conception de l’UDC, on est Suisse par son sang. Le mouton noir est là pour nous le rappeler. Non pas que le droit du sang soit symétriquement un équivalent de l’extrême droite (l’Allemagne démocratique a longtemps été attachée au droit du sang), mais c’est un indice qui, cumulé à d’autres déclarations de l’UDC, dessine les contours du rôle du citoyen : soumis à l’Etat, le Suisse doit obéir.

L’Etat n’est plus garant de l’épanouissement, mais de l’obéissance de sa population.

Le bouc-émissaire

Troisième caractéristique, la nécessité d’avoir un bouc-émissaire. Là, si on veut être honnête, c’est assez ambigu; l’UDC mélange une population issue des 4 coins du monde, bien que majoritairement des Européens de l’Ouest. On imagine difficilement des Juifs et des Noirs au FN ou au FPOE (même si le Noir de service se trouve partout, ce ne serait jamais dans la même proportion qu’à l’UDC). C’est dû, à mon sens, au post-fascisme suisse. Le pays a déjà connu des renvois en masse d’étranger2, permettant une politique d’immigration choisie, dont la majorité de l’Occident se dote. Néanmoins, si le rejet de l’autre est bien présent, le bouc-émissaire est un conglomérat de peur très diverses et peu uniforme. La xénophobie est réelle, mais en raison du degré d’intégration des immigrés dans le pays de Guillaume Tell, elle est difficile à cerner. Il y a une méfiance de l’extérieur, c’est sûr, mais on jette l’opprobre sur l’extérieur grâce à des personnes issues de l’extérieur; c’est, que je sache, une spécificité suisse.

Avant la seconde guerre mondiale, le bouc-émissaire était principalement le Juif, le communiste ou le franc-maçon; depuis, dans un monde globalisé où de tels qualificatifs ne mobilisent plus les foules, le bouc-émissaire est incontournablement l’étranger; c’est le cas pour toutes les extrêmes droites européennes.

Sécurité

En quatrième caractéristique, on peut relever que la sécurité passe avant le social. Propre à la droite de manière générale, cette peur sécuritaire est exacerbée lorsqu’on analyse l’UDC. C’est à la fois le corollaire de la vision que se fait l’UDC de la société (unanime, univoque et uniforme, chaque élément du tout est à sa juste place), et à la fois de la xénophobie. En effet, ce sont les étrangers qui ne se conforment pas aux traditions suisses. Ce sont les étrangers qui parlent fort. Ce sont les étrangers qui vendent des drogues. Ce sont les étrangers qui commettent les crimes…

Dans la même thématique, priorité est donnée au châtiment sur la réinsertion; l’individu coupable doit être châtié, bien plus que « récupéré » par la société. Ce jusqu’au-boutisme rejoint quelque peut la vision de l’individu, uni par le sang et non le projet politique; le crime peut dès lors avoir pour causalité l’hérédité génétique, tout comme l’homosexualité est considérée par l’UDC comme une maladie, rendant inutile l’individu à la société.

Personnification du pouvoir

Cinquième caractéristique, le culte du chef. Les affiches de l’UDC n’ont plus d’yeux que pour Blocher. Le chef charismatique se pose en défenseur, tout n’existe que par lui. Il y a quelques jours, l’UDC genevois lui reconnaissait les qualités du meilleur leader possible pour l’UDC. Sans Blocher, il semble évident que l’UDC n’aurait pas le même succès. A voir la différence du culte entre le PS, qui pourrait pourtant se targuer d’avoir la présidente (Mme Micheline Calmy-Rey) comme leader, on remarque qu’il y a quelque chose de changé dans notre pays. Surtout dans un pays qui vouait un culte, jusque-là, à l’effacement et la simplicité, et non aux chefs.

Mythe du complot

Sixième caractéristique, le complot. Au lieu de la franc-maçonnerie juive et matérialiste, on a la gauche. Et ça, c’est une caractéristique partagée par toutes les extrêmes droites : le dégoût pour ces soixantes-huitards simplets et bobos, aux moeurs débridés et irresponsables. Ces personnages seraient à l’origine du complot envers le chef charismatique; oseront-ils toucher au chef ? Le complot de la non réélection de Blocher, qui aurait été un pétard mouillé si il n’y avait pas eu l’histoire montée en épingle de la démission du Procureur général de la Confédération. Dans tous les cas, le complot a permit de mobiliser les troupes…

Le mythe du complot est très fortement lié au bouc-émissaire, car la conspiration est très souvent élaborée par ce dernier. En l’occurrence, ce n’est pas exactement le cas, puisque de ce qu’on pouvait comprendre du complot « dirigée contre M. Blocher », il aurait été fomenté par le magma gauchiste. Difficile à discerner qui sont les fauteurs de troubles, puisqu’au final le parti dénonçait la non-réélection programmée de son leader; il attaquait ainsi une future votation parlementaire, se basant sur les réussites ou non de l’exécutif. Il faut dire qu’au bouc-émissaire classique, l’étranger, s’ajoute le « gauchiste », héritier de la tradition anti-communiste de l’extrême droite.

Populisme et démagogie

Le populisme ensuite. Caractéristique évidemment essentielle, elle englobe l’UDC. On défend les petits contre les grands, on proclame à tue-tête son amour inaliénable pour la simplicité, pour le « bon peuple ». C’est la Suisse primitive, celle du bon sens, celle défendue par l’UDC. Ce parti défend les bas instincts, mais on pourrait dire cela de bien d’autres partis… à commencer par le Parti Socialiste. A elle seule, c’est peut-être la caractéristique la moins signifiante, mais oserait-on aborder l’extrême droite sans penser au poujadisme, qui donnera Le Pen par la suite ?

Le peuple a toujours raison, il doit décider en matière non seulement politique, mais également administrative; l’UDC a toujours réclamé à corps et à cri la naturalisation helvétique par les urnes, rejeté il y a quelques mois par le le tribunal fédéral suisse (la plus haute instance de recours).

D’autre part, le populisme de droite a pour composant (qu’il partage également avec le populisme de gauche) le rejet des grands ensembles financiers, et des grandes entreprises. Défenseurs des PME, des artisans, l’UDC n’hésite pas à faire campagne, par le biais de son opposition à l’immigration, contre les multinationales qui embauchent à tour de bras. Cela, sans voir la contradiction qui existe avec la tête du parti, géré par des (anciens) responsables de gigantesques entreprises mondialisées. Ceci est vrai principalement pour les entreprises industrielles (qui ont des besoins de mains d’oeuvre moins qualifiée) mais pas pour le tertiaire (banques, notamment).

Extrême droite molle ?

On peut relever deux autres points additionnels, qui viendraient diminuer la force argumentaire des points précédents : le goût pour la violence et l’antiparlementarisme. Toutefois, ces deux caractéristiques n’ont, à mon sens, plus vraiment leur place (surtout pour la première) dans un néo-fascisme. Et très peu pertinentes dans un pays qui n’a jamais connu les fascismes d’avant guerre. Penchons nous sur ces deux points malgré tout.

Sur la violence : Poujade n’était pas violent, Boulanger3 l’était; dirait-on pour autant que Poujade, et plus tard le FN, ne sont pas d’extrême droite ? On imagine mal Blocher s’en prendre physiquement à une élue, comme Le Pen dans ses meilleurs jours, mais je crois que c’est avant tout culturel. La passion de l’impérialisme est morte et bien morte en Europe, pourquoi vouloir que l’extrémisme suisse, évoluant dans un petit pays, idolâtre la force à la manière hexagonale ? Le pays s’est toujours méfié des passions, mais il est vrai qu’il change; l’extrémisme de droite changera-t-il avec lui aussi ?

Sur l’antiparlementarisme : sans atteindre les sommets français, on peut noter qu’il est présent en Suisse. Et au moins aussi fortement qu’au FPOE autrichien, où l’extrême droite a participé au gouvernement, tout comme en Suisse. La thèse du complot (précédemment exposée) impliquant pêle-même la plupart des parlementaires, va dans ce sens.
Le fascisme considère illégitime toute forme de gouvernement qui ne soit pas soumise au chef; l’extrême droite (d’aujourd’hui) n’a pas forcément la destruction des institutions pour objectif, pas plus que l’extrême gauche (anciennement révolutionnaire). Mais perdure la vision d’une politique corrompue, une séparation des pouvoirs floue. On ne sait pas si l’UDC accepte clairement la séparation des pouvoirs, de nombreuses déclarations (notamment suite à la décision du Tribunal fédéral de déclarer illicite la naturalisation par les urnes) permettent d’émettre des doutes.

En somme, parce qu’une extrême droite se développe dans un contexte culturel donné, s’enracine dans l’histoire d’un pays, ces deux points ne me semblent pas suffisants pour « désextrêmiser » l’UDC blochérienne.

Avoir le courage de se confronter à l’extrémisme d’un tiers de la population d’un pays

En conclusion : l’UDC est-elle d’extrême droite ? L’UDC est, par le biais dans son aile zurichoise, un parti très proche de n’importe quelle extrême droite européenne. Partageant avec n’importe quelle autre extrême droite le culte du chef, le populisme, la recherche d’un bouc émissaire, le souci sécuritaire, la vision d’un corps social uniforme, le nationalisme, le complot fomenté par des ennemis. De plus, il n’existe plus, en dehors d’extrêmes tellement extrêmes qu’ils en sont illégaux (et facilement attaquables en justice), de parti réellement fasciste en Europe. Tous se sont mués en extrêmes droite quelque peu adoucie, perdant des caractéristiques propres à une société d’avant-guerre de toute manière bien plus violente, ne rechignant pas devant quelques assassinats bien calculés. Inimaginable aujourd’hui. L’UDC partage trop de caractéristiques avec ses confrères extrémistes européens pour ne pas avoir le droit à son qualificatif : oui, l’UDC est d’extrême droite.

Ajoutons encore que le discours de l’UDC a fait des émules en Allemagne et en Autriche; au pays de Günter Grass, le NPD, parti d’extrême droite fondé par d’anciens nazis, s’est inspiré d’un visuel UDC pour sa propre propagande. En Autriche, c’est Jörg Haider qui trouve l’inspiration dans une initiative lancée par l’UDC pour l’interdiction de la construction de minaret dans les mosquées. De manière plus nuancée, on peut rappeler que Jean-Marie Le Pen avait avoué lors des présidentielles hexagonales de mai 2007 s’inspirer du système prôné par la Suisse en matière de politique d’immigration; une politique aujourd’hui principalement tenue par M. Blocher, ministre de la police et de la justice, responsable en chef de cette politique. Un réseau entre les extrêmes droites européennes, explicite ou implicite (peu importe, au fond) s’est tissé. Et l’UDC y a sa place, comme n’importe quelle autre extrême droite du continent.

Ajoutons enfin à ce savant mélange détonnant présenté, le ton usité par l’UDC : agressif, vindicatif, populiste dans le pire sens du terme, il a été à l’origine de cette campagne inédite dans ce calme pays. L’UDC aime à se vanter de sa franchise (appelons un chat un chat), la question est de savoir si le traitement des quotidiens nationaux seront courageux, et appelleront le parti d’extrême droite un parti d’extrême droite. Car en somme, 30 % des votants suisses sont d’extrême droite. Ce qui, ramené à la proportion de votants, nous donne le chiffre (presque acceptable) de 15 % de la population helvétique qui est de tendance extrémiste. Un chiffre que l’on retrouve dans toutes les démocraties européennes, à quelques variations près.

Complété et corrigé le 26.10.2007

  1. L’exécutif en Suisse est élus pour 4 ans par le parlement. Chacun des 7 ministre est, sauf surprise, réélu pour un second mandat, ce qui lui permet de devenir par rocade Président de la Confédération, au maximum après 6 ans passés au poste de ministre. []
  2. Affaire de l’initiative contre la surpopulation étrangère, lancée par James Schwarzenbach à la fin des années 60. Cette initiative demandait d’abaisser la population étrangère dans chaque canton à 10% de la population suisse. Le peuple suisse refusa l’initiative par 54% de non contre 46% de oui. []
  3. Ministre de la guerre sous la IIIe République française []

A propos jcv

Admin du site, égocentrique, élitiste, gauchiste et humaniste. Un peu cacatiste aussi, dit-on de moi.

21 Commentaires

  1. Article bien sympa 🙂

  2. Mon but en écrivant cet article était avant tout de faire la démonstration que le vote UDC était bel et bien un vote d’extrême droite. Qu’au-delà des euphémismes utilisés, il y a une réalité factuelle et analytique : ceux qui ont voté UDC ont voté extrême droite, point barre.

    Comprendre le pourquoi de ce vote est une chose différente, et qui ne rentre pas dans le cadre de mon papier. J’ai bien conscience que les électeurs de ce parti ne « pensent » pas avoir voté extrême droite, mais comme je l’écrivais, cela ne change rien au fait qu’ils soutiennent l’UDC.

    Je n’avais donc pas pour but ici de dresser un état des lieux de la sociologie du vote UDC, mais plutôt de catégoriser le fonctionnement et les valeurs du parti. Se pencher sur le pourquoi du soutien populaire requérerait avoir des informations sérieuses, informations que je n’ai pas en ma possession.

    Je ne pense pas avoir porté de jugement sur le vote UDC dans le message (contrairement au contenu de mes commentaires). Et si le pourquoi du vote m’intéresse assez peu au final, c’est qu’au travers des rencontres et discussions avec les partisans de ce parti, je m’aperçois qu’il est au final peu productif d’engager une quelconque discussion. Comprendre la raison de leur vote ne me permettra pas de les faire changer d’avis, l’adhésion aux idées de l’UDC étant intégrale, mais basée sur des informations fragmentaires et fragiles. Peur irrationnelle de l’étranger, du supranational, du changement, est-ce que ces raisons du vote UDC (opinion personnelle et anecdotique, qui ne saurait être une base sérieuse d’analyse) nous permettraient d’avancer dans la discussion ?

    Quelque soient les motifs qui ont poussés 15 % des Suisses à voter UDC, ils ont voté extrême droite. Quelque soient les motifs qui ont poussé 33 % des Allemands à voter NSDAP, ils ont voté extrême droite (fasciste). Les individus possèdent une forte part d’irrationnalité qui décident de leur choix, il faut l’accepter, et toutes les analyses du monde ne changeront rien à cela.

    Il faut accepter de perdre une partie de l’électorat, pour concentrer ses efforts sur des choses plus sérieuses, et travailler avec les gens qui ont réellement envie de participer à l’évolution de la société.

  3. Quant à ta volonté de différencier parti et électeurs… est-ce que cela ne te gênerais pas si j’opérais la même distinction pour l’Allemagne des années 30 ?

    Toute la question est de savoir si tu veux juger ou comprendre. Il me semble que le fait de NE PAS opérer cette distinction te permet de porter un jugement moral (ce qui est parfois nécessaire, je l’admet, et c’est peut-être le cas ici), mais au prix d’une simplification assez grossière et au mépris des différences individuelles. A l’inverse, le fait d’opérer cette distinction te permet de mieux comprendre (ou essayer de comprendre) pourquoi les choses se sont passées comme ça. Ce qui peut être tout autant utile (voire plus) si on veut changer les choses à l’avenir.

    Pour ma part j’ai (généralement) plutôt tendance à adopter cette dernière attitude, donc pour répondre à ta question : non, ça ne me dérangerait pas particulièrement.

  4. valerie Lombardot

    Je comprends la transformation de ton entourage quel qu’il soit. L’ONU n’est pas mal, nous n’allons pas être envahis pas des hordes de musulmans, nous défendons les acquis de notre pays, il doit y avoir divergeance sur certains points mais pour ma part je ne suis pas contre une adhésion à l’Europe, ni à une Suisse sans armée. Ce qui me fait peur c’est le changement autour de nous et le problème est que nous n’avons pas pris le trains en route. De quel parti que tu sois sache que je ne suis pas pour l’affrontement mais pour la convergeance d’idées utiles à notre pays la Suisse. Salutations car je ne peux suivre ton blog à tout va mais je le lis très volontier tu as du talent.

  5. En théorie, tu as entièrement raison, Valérie. Ne pas clore le débat, quelque soit son origine.

    En pratique, j’ai toutes les peines du monde à poser une discussion avec un fidèle de l’UDC. La victoire sans appel a rendu ceux de mon entourage arrogants, moins ouvert à d’autres idées qu’ils ne l’étaient déjà auparavant. Le succès électoral a consacré la justesse de leurs vues, semblent-ils penser. Et si déjà le dialogue était compliqué avant le 21 octobre, il me semble tenir de la gageur depuis cette votation.

    Et je dois avouer que « l’ONU c’est mal » ou que « bientôt on va être envahi par les musulmans », venant la plupart du temps (je caricature, mais à peine) de personnes qui ne connaissent même pas le rôle de l’ONU ou où placer les pays musulmans sur une carte, ça me lasse très vite en ce moment.

    C’est la fermeture – dans toutes ses dimensions – qui est à l’origine du vote UDC, quoi de plus normal que l’électeur UDC soit imperméable à toute discussion.

  6. Valerie Lombardot

    Il est aussi nauséabond de ne pas discuter avec les autres qu’ils soient bruns, rose ouverts :love:

  7. je ne sais pas pourquoi ton trackback n’a pas passé, ce n’est pourtant désactivé. Les mystères de l’informatique sont impénétrables…

    Moi je dis que c’est la protection anti-spam.

    le fascisme est marqué par l’anti-parlementarisme, certes, mais l’extrême droite aussi. Et le fait d’accéder au pouvoir n’enlève rien à ce fait. […] De plus, dans les deux pays que tu cites, l’extrême droite n’a jamais été seule au pouvoir seule. […] Ces partis avaient donc les mains liées et ne pouvaient faire ce que bon leur semblait. Par bonheur pour les systèmes démocratique italien et autrichien…

    C’est à mon avis la preuve que si le fascisme englobe les valeurs et attentes de l’extrême droite, l’inverse n’est en rien la réciproque. Hitler était non seulement d’extrême droite, mais il était fasciste : il est arrivé (vaguement) par la voie des urnes au pouvoir et, une fois visible, a refusé tout compromis.

    Le refus du compromis, c’est peut-être l’un des points principaux qui différencient une extrême droite d’un parti fasciste : Le Pen accepte (du moins, sans être au pouvoir) le compromis. Heider l’a accepté. Mussolini non, pas plus que Dollfus ou Hitler. Le pouvoir ne se partage pas, dans le fascisme; les extrêmes droite européennes, prise dans le pouvoir, poussées à cohabiter, sont assez éloignée du fasisme.

    Donc, l’UDC, acceptant de co-gouverner, ne démontre en rien qu’elle n’est pas un parti d’extrême droite; être dans le gouvernement n’ôte rien à son anti-parlementarisme, puisque comme tu le dis, « le fait d’accéder au pouvoir n’enlève rien [à l’anti-parlementarisme] ».

    Ou alors, il faut me montrer en quoi l’UDC est moins anti-parlementaire que le FPO ou Gianfranco Fini, ancien vice-premier ministre et post-fasciste. Ce dernier est d’ailleurs intéressant, car il montre ce que j’aborde succintement, à savoir qu’il n’y a plus vraiment d’extrême droite clairement fasciste. Du moins, d’extrême droite légale.

    […] il faut aussi analyser les positions des dirigeants et le discours politique, qui véhiculent également l’idéologie de ces partis. Le NPD tient clairement des propos haineux à l’égard de la démocratie parlementaire. Le FN, lui, est un peu plus subtil, si l’on peut dire. Mais sa condamnation perpétuelle de la classe politique française dans son ensemble, accusée de corruption, de traîtrise, d’être à la solde de l’étrange, son opposition constante aux institutions existences et sa volonté de les remodeler (voire la gestion des mairies FN) démontre, à mon avis, une opposition fondamentale à la démocratie libérale. Je considère quant à moi que l’UDC n’en est pas encore là.

    L’UDC n’est pas au niveau du NPD, mais du FN je crois que si. Les sales socialo-gauchistes, verts étatistes, qui affichent des moeurs débridés, cette haine on ne la rencontre qu’au FN. Le refus de parler à un journaliste étranger, sous prétexte que la politique suisse concerne les Suisses (Maurer, non ?), c’est assez significatif du rejet de l’étranger sournois et traître. Au sujet de la traîtrise d’ailleurs, je te renvois au supposé « complot », que je ne prends pas à la légère, malgré le ridicule de la chose.

    L’UDC s’oppose aux institutions existantes, qu’elles soit judiciaires, législatives ou exécutives. Critiques du code pénal suisse à l’étranger (en Turquie), affaire Roschacher (ouioui, disculpé il paraît), affaire des menaces adressés au juges du TF (« conséquences sévères » suite à leur décision sur la discrimination raciale, en août 2004) volonté de donner des pouvoirs administratifs au peuple (naturalisation par les urnes), et j’en oublie.

    L’opposition aux structures existantes est, il faut être honnête, une « qualité » du politicien. C’est ainsi qu’il fait évoluer les choses, et tout homme à l’exécutif le fait toujours un peu. C’est la manière de s’opposer aux structures existantes; et là, il faut l’avouer, le temps où l’on mettait le feu au Reichstag est définitivement oublié, et les extrêmes droites se sont « ramollies ».

    Je crois que de manière générale il ne faut pas rechercher dans les extrêmes droites contemporaines les caractéristiques qui bardaient leur consoeurs pré- II GM. Une autre rupture, d’ailleurs, est Mai 68, qui a vu les mouvements d’extrême droite soit passer dans la clandestinité, soit se ramollir. Peut-être est-ce pour cette raison que les extrêmes droites détestent tant cette (ces) révolutions des années 60, d’ailleurs. Mais c’est une autre histoire.

    Je vois bien que je ne te convaicrai pas que l’UDC est une extrême droite contemporaine; accepte au moins que les extrêmes droites (d’importance) sont assez éloignées aujourd’hui d’un fascisme quelconque.

    Tu cites à juste titre le chiffre de 15% dans ta conclusion. Mais je n’approuve pas lorsque tu dis que ce sont 15% “d’extrémistes”. Le vote UDC est un peu plus complexe.

    Certainement. Mais ça c’est de la théorie. Comme j’écrivais à V… euh, s427 :

    « Quant à ta volonté de différencier parti et électeurs… est-ce que cela ne te gênerais pas si j’opérais la même distinction pour l’Allemagne des années 30 ? Dans l’absolu, bien des gens n’ont effectivement pas conscience du poids et de la porté de leur vote, de l’implication de l’avis qu’ils ont émis […] Mais… et alors ? Les valeurs qui sont au coeur de leur décisions se recoupent presque parfaitement avec celles de l’UDC : simplification du monde, rejet de l’autre, nostalgie d’un temps qui n’a jamais existé, égoïsme (que tu évoques), etc. »

    Le vote UDC a beau être (un peu) hétérogène, les personnes qui votent UDC partagent un très grand nombres de valeurs avec elle.

    Et d’ailleurs, je me fous de comprendre le pourquoi du vote extrémiste (en dehors de la possibilité de pouvoir ramener les électeurs dans une logique démocratique). Le vote extrémiste a des conséquences sérieuses sur la politique de notre pays. Alors que ce soit parce que le plombier polonais débarque, que l’ONU soit un institution onéreuse, que l’armée de métier soit un abominable projet, ou que les homos fortunés et inféconds empêchent de regarder derrière, c’est pas mon problème. Mon problème, c’est qu’en votant extrême droite, tout ces gens vont créer des problèmes au pays, des problèmes à mes proches, des problèmes à moi-même. Mon problème, c’est que le vote UDC ne résout aucun de mes problèmes, il les accentue.

    Peut-être les électeurs UDC ne sont-ils pas tous aussi extrémistes que les cadres du parti; mais qu’ils soient au fond oui ou non racistes (exemple parmi tant d’autres) ne change rien à ce qu’ils soutiennent de facto cette politique nauséabonde.

  8. En vrac et en vitesse:
    – je ne sais pas pourquoi ton trackback n’a pas passé, ce n’est pourtant pas désactivé. Les mystères de l’informatique sont impénétrables…

    – le fascisme est marqué par l’anti-parlementarisme, certes, mais l’extrême droite aussi. Et le fait d’accéder au pouvoir n’enlève rien à ce fait. Ces partis ont bien compris que pour arriver au pouvoir il fallait jouer le jeu démocratique, même s’il sont fondamentalement opposés à la démocratie libérale et parlementaire. De plus, dans les deux pays que tu cites, l’extrême droite n’a jamais été seule au pouvoir seule. Elle s’est toujours insérée dans une coalition pour parvenir à ses fins, car elle ne parvient heureusement pas établir seule une majorité. Ces partis avaient donc les mains liées et ne pouvaient faire ce que bon leur semblait. Par bonheur pour les systèmes démocratique italien et autrichien…

    – C’est bien de regarder dans les programmes des partis, mais il faut aussi analyser les positions des dirigeants et le discours politique, qui véhiculent également l’idéologie de ces partis. Le NPD tient clairement des propos haineux à l’égard de la démocratie parlementaire. Le FN, lui, est un peu plus subtil, si l’on peut dire. Mais sa condamnation perpétuelle de la classe politique française dans son ensemble, accusée de corruption, de traîtrise, d’être à la solde de l’étrange, son opposition constante aux institutions existences et sa volonté de les remodeler (voire la gestion des mairies FN) démontre, à mon avis, une opposition fondamentale à la démocratie libérale. Je considère quant à moi que l’UDC n’en est pas encore là.

    – Tu cites à juste titre le chiffre de 15% dans ta conclusion. Mais je n’approuve pas lorsque tu dis que ce sont 15% « d’extrémistes ». Le vote UDC est un peu plus complexe.

    – Je n’ai rien à redire sur les autres critères que tu utilises et dont tu fais, de mon point de vue, une très bonne analyse.

  9. La ligne rouge est pour moi l’antiparlementarisme, fait caractéristique de la droite extrême. Je ne considère pas que l’UDC a franchi ce pas: elle joue le jeu du parlementarisme.

    Questions : 1/ est-ce que tu réfutes les points ici présentés comme étant des qualificatifs pertinents de classification de l’extrême droite, et 2/ Les extrêmes droites autrichienne, italienne et française (pour citer celles que je connais le mieux) ne sont-elles pas parlementaristes, avec même 2 de ces pays sur trois qui ont connu l’extrême droite au pouvoir ? Je crois que c’est plutôt le fascisme qui est anti-parlementariste, pas l’extrême droite. Cet anti-parlementarisme s’est progressivement réduit, depuis la WWII, en méfiance des élites principalement. Cette méfiance donnait autrefois l’antiparlementarisme, mais il ne me semble pas voir d’extrême droite « officielle » en UE qui soit anti-parlementariste. Donc à moins de penser que l’Italie, la France ou l’Autriche n’ont pas d’extrême droite, je me demande comment tu peux maintenir ta position.

    Mais l’UDC n’a jusqu’ici pas exprimé sa haine de la démocratie parlementaire et de ses représentants, ce que font par exemple des partis comme le NPD en Allemagne et le FN en France.

    Pour le NPD, j’ai jeté un coup d’oeil rapide au programme, et bien que mon allemand soit au mieux rouillé, je n’ai pas trouvé de destruction du parlementarisme (à prendre toutefois avec des pincettes). Le FN n’à, pour lui c’est certain, aucun programme anti-parlementariste.

    Quant à ta remarque, s427, sur le soi-disant reflet de la société suisse par l’UDC, elle est pertinente. Toutefois, l’UDC ne représente même pas le 29% de la société suisse. Elle représente 29% des électeurs.

    C’est exactement la conclusion de l’article 🙂

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  13. Une très modeste contribution dans ce passionnant débat, qui semble toutefois s’envenimer quelque peu… Je ne partage pas entièrement, et il le sait, l’analyse de Psykotik sur le fait de classer politiquement l’UDC à l’extrême droite. La ligne rouge est pour moi l’antiparlementarisme, fait caractéristique de la droite extrême. Je ne considère pas que l’UDC a franchi ce pas: elle joue le jeu du parlementarisme. Quant aux points que tu évoques, s427, ils qualifient un _régime_ fasciste. Ce n’est pas (ou pas encore ^_^) le cas en Suisse. Et l’UDC n’est ni un régime, ni un parti unique au pouvoir. Je crois que cette distinction est importante et dois être faite, lorsque l’on s’appuie sur de tels critères. Oui, je sais, je pinaille, mais bon, je suis politologue ^__^

    Il y a bien sûr des traits d’extrême droite qui marquent le parti agrarien: le racisme et la xénophobie, les attaques permanentes contre l’ONU et l’Union européenne, la détestation du système judiciaire et sa remise en cause, l’appel constant au peuple alors qu’il y des mécanismes institutionnels (cf. la question des naturalisations). Mais l’UDC n’a jusqu’ici pas exprimé sa haine de la démocratie parlementaire et de ses représentants, ce que font par exemple des partis comme le NPD en Allemagne et le FN en France. Donc, le jour où l’UDC franchira ce cap, si elle le fait, je la considèrerai comme un parti d’extrême droite. Je qualifie pour le moment ce parti de droite ultra-nationaliste et populiste. Oui, je sais, la frontière est mince, mais elle est importante.

    Quant à ta remarque, s427, sur le soi-disant reflet de la société suisse par l’UDC, elle est pertinente. Toutefois, l’UDC ne représente même pas le 29% de la société suisse. Elle représente 29% des électeurs. Ces électeurs représentent eux-mêmes 48,9% de la population qui a le droit de vote. Ces chiffres appellent plusieurs constats. D’abord, l’UDC ne représente donc que le 29% de 48,9%: cela signifie que ce parti n’est le reflet que de 14,2% environ de la population qui a le droit de vote. On est très loin, avec ce petit score, d’établir une majorité et l’UDC serait bien en peine de se réclamer comme représentative du peuple suisse… Ensuite, la société suisse n’est pas réductible aux seuls votants. Mais ça, c’est un autre, et long, débat.

  14. Valerie Lombardot

    je ne vote pas car dans ce pays tout le monde se crache dessus. Facile de demander des arguments au milieu de cette débacle gauchiste et populiste.
    Argumenter est un art, critiquer en est un autre facile et discourtois. 8-)Il faudrait peut-être vérifier au niveau du vice-président des verts : taper sur les gens verbalement au minimum, désolée je dois traire mes vaches bio.
    Je suivrai ce que tu débites sur ton blog.
    Psycho tu délires sur les noirs : petit sauvageon

  15. L’ÛDC reflète la société suisse et c’est à mon goût.

    Oui enfin, l’UDC reflète 27% de la société suisse. Merci de respecter un minimum les 73 autres pour-cents.

    (Et encore, je pars du principe que ces 27% d’électeurs sont réellement conscients des valeurs qu’ils défendent en votant UDC. Je suis persuadé que ce n’est pas vrai. Si l’UDC a autant de voix, c’est grâce à ses méthodes démagogique; pas grâce à son honnêteté ou à un quelconque respect pour l’intelligence de ses électeurs.)

  16. Ueli Leueneberger et Ruth Genner taperaient dans les manifs ? Il va falloir fournir des preuves, parce qu’à ma connaissance, rien de pareil ne s’est produit. Et parler d’extrême gauche pour les verts… tu as peut être une analyse à partager, en dehors de ton dégoût pour tous ces « soixantes-huitards simplets et bobos, aux moeurs débridés et irresponsables » que j’évoquais ?

    Si l’argumentation n’est pas ton fort, tu peux facilement faire sortir tout cette haine de l’autre en faisant un tour sur le site du Schweizeriche Volkpartei, et aller renverser quelques sales verts et empêcher les négros de te prendre ton passeport, qu’est-ce que tu en penses ? Ahhhhh… on se sent tout de suite mieux.

  17. Valerie Lombardot

    Après avoir lu votre commentaire sur la droite molle, j’en attends un sur la gauche dégonflée et les verts d’extrême gauche, ceux qui tapent dans les manifs. Dont vos deux principaux représentants soit vice et président du parti suisse. Je trouve que la gauche est radicalisée de gauche extrême. L’ÛDC reflète la société suisse et c’est à mon goût. Vive l’UDC SVP.

  18. Sur les caractéristiques que tu évoques, la fixation sur le crime et la punition me semble faire partie de l’ordre et la sécurité. Lorsqu’on fait passer l’ordre avant la justice, on fait passer la punition avant la rédemption.

    Pour le sexisme… je ne sais pas si c’est une caractéristique propre à qualifier l’extrême droite; les Philippines n’ont que peu de démocratie (quoi que ça change), et sont menées d’un poigne de fer par une dame qui ne l’est pas moins. Il est cependant vrai de noter que dans l’extrême majorité des cas, la société voulue par l’extrême droite ne fait pas la part belle au beau sexe.

    La défense des *petites et moyennes* entreprises (j’insiste sur le PME) est une vraie caractéristique que j’ai omis. La défense des petits face aux grands, une certaine haine des multinationales… qui démontre d’ailleurs l’irrationalité de l’UDC.

    Cela dit, j’essaie de ne pas faire l’amalgame entre fascisme et extrême droite. Le fascisme contient clairement des caractéristiques telles que le goût pour la violence, et s’est de plus cumulé avec l’impérialisme. Dans une société telle que la Suisse, qui n’a jamais connu le fascisme, je ne m’aventurerai pas à les considérer comme synonymes. Le fascisme est clairement daté, et implique une volonté de contrôle qui va bien au-delà de l’irrespect de la séparation des pouvoirs commise par l’UDC.

    Quant à ta volonté de différencier parti et électeurs… est-ce que cela ne te gênerais pas si j’opérais la même distinction pour l’Allemagne des années 30 ? Dans l’absolu, bien des gens n’ont effectivement pas conscience du poids et de la porté de leur vote, de l’implication de l’avis qu’ils ont émis (ce qui nous amène, tu le remarqueras avec moi, à l’idée d’un permis de vote, mais je n’en dirai pas plus). Mais… et alors ? Les valeurs qui sont au coeur de leur décisions se recoupent presque parfaitement avec celles de l’UDC : simplification du monde, rejet de l’autre, nostalgie d’un temps qui n’a jamais existé, égoïsme (que tu évoques), etc.

    Sur l’esprit de clan, je te rejoins tout à fait, c’est même une théorie en science politique : la volonté de se hisser au-dessus de sa propre classe sociale. Ce qui explique d’ailleurs que les communistes ne sont jamais arrivés au pouvoir dans la plupart des Etats européens. Mais ici encore… peut m’importe, le vote est un acte qui engage son auteur; il n’est pas question pour moi de le dédouaner, je crois que la plupart des votants UDC refusent de voir que ce parti est d’extrême droite parce que ce qualificatif est un gros mot; aussi tentent-ils de se justifier, mais lorsque tu évoques les différentes caractéristiques que j’ai mentionné, ils tentent d’expliquer pourquoi elles sont acceptables… oubliant par-là même qu’ils justifient leur extrémisme. On ne peut justifier l’extrémisme, tout au plus la radicalité.

    Merci pour ton message fort à propos.

  19. Je suis tombé sur ce document qui liste 14 caractéristiques des régimes fascistes. En plus de celles que tu as déjà mentionnées, je note :

    Sexisme rampant
    Protection du pouvoir des entreprises
    Fixation sur le crime et la punition

    (Mais il ne cite pas le culte de la personnalité du leader, ce qui m’a quand même étonné.)

    Par contre il me semble qu’il faut faire la différence entre un parti et ses électeurs. Les gens qui votent UDC ne sont pas tous extrémistes. Beaucoup sont mal informés, peut-être naïfs, et surtout peu conscients politiquement. Ce n’est pas un secret que l’UDC cartonne beaucoup auprès des personnes peu éduquées, donc sans grande vision d’ensemble ou à long terme, et assez facilement manipulables. Il y a aussi le matraquage médiatique pur et dur qui contribue à rendre l’UDC tout simplement plus présente dans l’esprit des gens. Sans compter que les autres partis, avec leur tendance à diaboliser l’UDC de façon très frontale, ont indéniablement fait le jeu de cette dernière.

    La campagne d’affiches du mouton noir est assez exemplaire à mon avis : la xénophobie est présente sur cette affiche, mais elle est masquée par une intention qui, a priori, semble tout à fait raisonnable. Aller au-delà de ce discours officiel, décrypter les sous-entendus xénophobes, réfléchir aux effets de bord de cette initiative, réaliser qu’elle est en partie impraticable, en partie déjà réalisée, et ainsi de suite… Tout cela implique une réflexion assez élaborée, une connaissance politique et historique au-dessus de la moyenne à mon avis. Pour la majorité des gens, dire que cette affiche est xénophobe, dire que l’UDC est d’extrême-droite, c’est tout simplement hors de proportion, c’est comme si on comparait Blocher à Hitler. Au final on obtient l’effet inverse : l’UDC semble victime de gens qui voient le diable partout et ne savent pas faire la part des choses.

    Je ne sais pas s’il existe des statistiques à ce sujet, mais je ne serai pas étonné d’apprendre qu’un quart des Suisses n’a qu’une connaissance (théorique) très limitée, floue, voire nulle, de notions aussi basiques que la différence entre la gauche et la droite. Je suis convaincu que beaucoup de personnes votent sans même se renseigner réellement sur le programme des différents partis, mais plutôt sur des bases largement irrationnelles, du genre « ce monsieur a l’air plus dynamique ». Ou sur des slogans qui sont percutants et faciles à retenir, et dans lesquels on peut clairement voir son propre intérêt. Il y a indéniablement une part d’égoïsme étriqué lorsqu’on vibre face à des slogans comme « moins d’impôt = plus de pouvoir d’achat ».

    Il y a aussi l’esprit de clan qui fonctionne à plein régime, un peu comme lorsqu’on s’identifie à une équipe de foot : on a envie de la voir gagner, et de ce point de vue, il est logique de voter pour l’UDC qui semble plus combattif (agressif) que les autres partis, ce qui appelle à un sentiment de fierté d’appartenir à ce groupe. En plus, dans cette logique, on court moins le risque d’être déçu par les résultats, car on se met d’emblée du côté des vainqueurs (probables).

    Bon, ce dernier argument est un peu caricatural, mais je suis convaincu que ça fait partie des mécanismes psychologiques qui peuvent influer sur le choix de l’électeur. Il y en a certainement beaucoup d’autres. Tout ça pour dire que selon moi, beaucoup de gens voteraient différemment s’ils étaient simplement un peu plus informés, un peu plus conscients de certaines valeurs véhiculées par l’UDC. Si c’est le cas, alors il me semble qu’on ne peut pas vraiment qualifier ces gens d’extrémistes.

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