Die Hard 4

Quand les geeks se font botter le derrière

La série des Die Hard avait toujours été jusqu’ici une référence en matière de films d’action. Sorti une année après le très réussi Leathal Weapon (l’arme fatale). Le personnage John McLane était une invention qui allait se décliner à l’infini : héros désabusé, sauvant la population comme d’autres passent l’aspirateur, mais à la vie privée complètement manquée. Difficile de reprendre son souffle lors des Die Hard; ça allait vite, très vite même : Willis en miettes dès le début, la série tournait au survival movie rapidement. L’humour était omniprésent, le feu d’artifice prenait place dans un déluge d’effets spéciaux. Et pourtant, il y avait un petit quelque chose qui faisait que le spectateur y croyait, qu’il se délectait avec vice de la succession de cascades et explosions. Le scénario était travaillé, ainsi que le personnage principal.

Autant le dire toute de suite, Die Hard 4 ne cumule pas ces qualités. L’idée de présenter Willis héros vieillissant et dépassé par la modernité, en 2007, c’est éculé. Et la série des Leathal Weapon, avec son excellent Mel Gibson, le faisait déjà il y 20 ans. Avec plus d’humour. Par ailleurs, la trame générale (le terrorisme informatique), pour aussi intéressante qu’elle soit dans un monde déjà confronté à ce type de terrorisme d’Etat (qui a dit Russie ?), est ridicule. Télécharger les données des fonds de pensions de tous les Étasuniens ? Splendide, mais une fois que c’est fait, on en fait quoi ? On ne comprend pas en quoi le « coup » peut se solder par un enrichissement. On ne comprend pas pourquoi quelqu’un que personne n’a écouté et s’est par la suite « patriotiquement » révolté, a pu concevoir le système informatique de sauvegarde d’une attaque terroriste. D’ailleurs, il dénonce un mauvais système, alors qu’il le crée lui-même ? Difficile de voir où veut en venir Len Wiseman.

La complexité voulue par Len Wiseman, déjà réalisateur d’Underworld, est catastrophiquement gérée. On veut bien croire à l’exploit humain, mais avouons que l’invraisemblable atteint ici des sommets. En dehors du scénario que n’importe quelle bonne série d’action contemporaine (24h, Prison Break) refuserait pour incohérence, le niveau de super pouvoirs de McLane est placé cette fois-ci trop haut :voiture contre hélicoptère, camion contre F-35, la surenchère n’a pas de limite.

Le problème n’est pas de croire à l’exceptionalité de McLane. En dehors de ses démêlés familiaux, qui permettent parfaitement au spectateur de s’identifier sporadiquement au héros, tout le monde le sait, il n’a rien de commun. Plus encore, les lois de la physique ne s’appliquent que partiellement au cinéma : à ce titre, James Bond le séducteur avait ouvert le bal en son temps, sans pour autant qu’on puisse trouver quelque chose à y redire.

Le problème avec le cinéma d’action à explosions, 30 ans après son invention dans les années 70, c’est que pour émouvoir le spectateur, il doit toujours en faire plus. Pour retenir l’attention du quidam, les cascades sont toujours plus spectaculaires, les engins sont plus puissants. Alors si dans le prochain Die Hard, Willis met hors d’usage un satellite espion au moyen d’un petit miroir, ce sera de bonne guerre. Mais est-ce que ce sera pour autant de bonne guerre ?

Dans les premiers Die Hard, l’invraissemblance était masquée par une histoire humaine. Ici, si le personnage de McLane passe presque au second plan – derrière un cryptographe aussi caricatural qu’on a l’habitude dépeindre les geeks -, la capacité à entrer dans l’histoire aussi. On comprend difficilement les motivations des personnages (à qui on a pondu de misérables dialogues infantiles, « je le fais parce que personne d’autre ne le ferait »), difficilement le but du Bad guy, comment dès lors accepter qu’un type en camion dégomme en camion un avion à réaction ?

La question est de savoir si le cinéma d’action made in Hollywood, qui ne pourrait de toute façon plus suivre la course à l’armement d’effets spéciaux sans le numérique, n’a pas déjà atteint le maximum acceptable. Car certaines idées du scénario auraient méritées d’être mieux gérées. Mais la suite d’explosion brouille toute l’angoisse que Wiseman aurait pu instaurer, à tel point qu’on se fiche du sort des habitants d’une ville sans électricité, de l’impossiblité d’utiliser les réseaux de communication dans un pays qui en est entièrement dépendant. Le genre a besoin d’être renouvellé, et ce n’est malheureusement pas Die Hard 4 qui en sera à l’origine.

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