Sep 04 2008
The prestige


abracadabra, regardez ma main, je suis deux

Lorsqu’un film est prenant, c’est une splendide baffe. Lorsqu’il est intelligent, c’est un aller-retour sans appel. Que se passe-t-il alors lorsqu’un réalisateur réussi le tour de passe-passe d’orchestrer ce que connaît de mieux le langage cinématographique à la baguette d’une palpitante intrigue ? The Prestige laisse pantois devant tant d’ardeur et d’audace. Et nos joues ne le remercient pas.

Le 5ème long-métrage de Christopher Nolan était attendu. Réalisateur de l’OVNI Memento et du plus classique mais ô combien réussi Batman Begins – capable de nous faire oublier les deux précédents commis par Schumacher -, le moins que l’on puisse dire c’est que Nolan épate. Aime l’esbroufe. Se joue de nous. Court derrière les artifices. Il aime le cinéma, et partage avec talent sa passion de la mise en scène. La scène, le mot est lâché : magie et cinéma se conjuguent de concert sur les planches, et seront inextricablement liées le film durant dans une allégorie appuyée, qui aurait encore gagné en force si elle n’était pas aussi explicite. Qu’importe, sont au rendez-vous les ingrédients les plus imposants du 7ème art, ne faisons pas la fine bouche.

L’histoire rassemble Hugh Jackman (The Fountain, X-Men, Van Helsing) et Christian Bale (American Psycho, Batman 5 & 6), deux magiciens qui se livrent un duel sans merci pour s’épater l’un l’autre. Le film s’ouvre en les montrant patauger dans une petite salle, ne maîtrisant pas tout à fait les rouages artistiques et spectaculaires de la magie, et se poursuit en narrant l’histoire de l’ascension – et de la chute – de ces deux meilleurs ennemis, qui iront de traîtrises en roublardises pour assouvir leurs appétits de reconnaissance, recourant au chantage, au kidnapping, à la prostitution de sa concubine – et ce n’est qu’un bref aperçu sommaire : dans cette course à la lumière des projecteurs, il n’y a pas de seconde place. Le suspense est omniprésent, on se demande quel sera le prochain pion sacrifié pour soumettre l’adversaire.

L’ambiance est froide et les décors sombres, le Londres dans lequel évoluent les protagonistes est sale, mal entretenu, les portes décrépites, une matérialisation de notre imaginaire collectif sur ce que pouvait être une ville industrielle au XIXe siècle, portée par son développement inégal. Les prises de vues sont parfois tellement serrées que se dégage une atmosphère de huis-clos, on plonge dans cet univers de turpitude où rien n’est épargné. Un univers d’obsédés et de perfectionnistes, gangrené par le secret, détruit par l’ambition. Est-ce ainsi que Nolan voit le cinéma ?

Analyse

Car The Prestige est un allégorie, une suite de métaphores présentant la magie et utilisant le langage du cinéma. Nolan tient l’art de l’étrange pour frère du cinéma, son précurseur peut-être même. Tout semble rassembler les deux arts : la mise en scène, la pratique de l’allégorie (!), et cette capacité à faire passer les mensonges les plus énormes pour la réalité. Et du côté du spectateur, qu’il ne faudrait pas oublier, car sans lui, aucun art n’a de sens, c’est la même attente : qu’on lui en mette plein les mirettes, et qu’on ne lui expliques pas les trucs, ou alors bien plus tard. « Comment, tu n’as pas compris le but de notre art ? C’est d’amuser », explique à l’agonie Angier à Borden. Ce but partagé par les deux arts siamois, tellement soudés que Nolan paraît être une maman qui ne distingue plus ses deux enfants jumeaux. Au final, parle-t-il vraiment de magie, ou seulement de cinéma ? « Personne ne regarde le type dans la boîte », n’est-ce pas ?

(ne pas lire la suite à moins d’avoir vu le film)

Tout est double. Deux Nolan sont à l’origine du scénario : Christopher et son neveux, Jonathan. Puis des jumeaux, que Nolan en crée à foison avec une machine. Ils poussent comme des chapeaux sur un champ, comme des Angier dans une salle de spectacle, comme des frères Borden, comme des femmes interchangeables (chaque magicien en aura deux). Le chiffre deux, c’est évidemment celui de la dualité. Celui du yin et du yang, celui du bien et du mal, que Kubrick unissait chez Guignol-Jocker dans Full Metal Jacket en lui faisant porter une inscription sur son casque Born to kill et arborer un pin’s Peace and Love. Loin de tout manichéisme, les principes opposés ont pour objet la négation mutuelle, certes, mais ils coexistent dans la nature humaine, nous soumettant aux affres de la dissonance. Et c’est l’autre thème majeur du film : le déchirement humain, incapable de concilier ses polarisations positives et négatives.

dualité et complémentarité

Ces nombreuses contradictions, qui nous poussent à explorer diverses facettes de notre être, Nolan le limier en piste un certain nombre. Comment marier la éussite professionnelle et familiale, avec bien sûr les tourments de(s) Borden(s) et sa femme Sarah (une Rebecca Hall très peu convaincante). Faut-il faire primer la forme ou le fond dans son art, avec évidemment le duel entre les deux magiciens. Car Borden est le doué, le créatif, qui privilégie l’art par-dessus les paillettes. Angier, c’est l’inverse, celui qui popularise l’art, qui grâce au strass, sort l’art des cercles des initiés seuls. Mais qui n’a malheureusement aucun talent, et qui à ce titre, jalouse son collègue. Autre dualité encore, peut-on s’embarrasser d’éthique lorsqu’on veut réussir ? Tuer des pigeons pour amuser la galerie durant quelques secondes, mettre en péril sa vie ou celle d’autrui, afin de faire entrer son nom à la postérité ? Que dire également de la science et la magie, antonymiques dans leur objet : le premier veut tout savoir, tout désacraliser, incarné par les obsessions de Nikola Tesla (un somptueux David Bowie), alors que le second cherche à mystifier l’individu ? La science dit les choses, brutalement parfois, alors que l’art les suggère. La première évolue dans l’univers du concret, le second dans celui de l’immatériel.

Nolan a l’intelligence de ne livrer aucune réponse. Il n’y pas de réponse en prêt-à-porter, justement. Le jeune réalisateur se contente de questionner, remuant les bas-fonds d’un Londres victorien, où l’ère industrielle bat son plein, et où l’homme mute en consommateur, cherche à s’assommer à coups d’alcool ou de spectacle, pour oublier les rigueurs extrêmes de son travail à la chaîne. C’est aussi l’une des forces de l’oeuvre, montrer comment la dévastation humaine pousse à se mettre en spectacle ou à demander au spectacle de faire oublier son quotidien. Avec à la clé, que l’on soit sur la scène à jouer ou sur un siège à regarder, le bénéfice de se prendre pour un autre. La fuite au moyen d’un masque est si tentante.. vivre la vie d’un autre semble tellement plus facile… Balivernes, tonne Nolan dans une scène – l’un des rares passages où le réalisateur prend position – où Angier découvre que la vie de son concurrent, qui semble cumuler toutes les signes extérieurs de réussite, est incapable de profiter des plaisirs de la vie les plus simples. Au spectateur de ne pas placer sur un piédestal le mystificateur qui le fait tant rêver, car malgré ses tours extraordinaires, il passe à travers les mêmes doutes, tout comme lui. Après tout, « le prestige », c’est le retour à la normale ?

Le bonbon et son emballage

Angier, comme Borden, a sa propre approche du métier. Il aime l’emballage, il excelle dans la présentation du « produit » magie. Son truc à lui, c’est la forme; ses tours sont simples, facilement compréhensibles par un professionnel, mais qu’importe, il a le spectacle dans le sang. Tout le contraire de Borden, l’enfant fécond de la magie, alignant sans cesse des nouveaux tours élaborés, méprisant la facilité, mais incapable de trouver un écrin à sa richesse créative pour l’offrir au public. Deux personnalités que tout oppose, et pourtant… complémentaires, car incomplètes l’une sans l’autre. Chacun reconnaît dans l’autre ce qui lui manque. Angier veut de manière obsessionnelle connaître le truc de l’homme transporté, et Borden veut mettre sur pied les tours les plus novateurs qui soient. Et malgré ces différences, malgré les tentatives de meurtres qui s’accumulent, chacun vie pour l’autre; les deux magiciens, au-delà de leur opposition symbolique et philosophique, ne vivent que dans l’espoir de susciter l’admiration chez l’autre. Voilà un aspect cocasse du film : les deux hommes se haïssent, mais cette hostilité est intrinsèquement liée à une recherche de reconnaissance par son pair, sans qui cette course effrénée vers la gloire serait sans objet. Ainsi, bien que l’enjeu soit d’abattre l’adversaire, la réussite elle-même est conditionnée à son ennemi; à chaque étape, parce que la magie c’est avant tout du spectacle et que sans spectateur elle n’a plus de raison d’être, l’adversaire doit assister au triomphe du magicien concurrent. L’un sans l’autre n’est rien : les deux antinomies cohabitent, le yin sans le yang n’a aucun sens, on ne comprend le yin que parce le yang existe. C’est le principe même de la philosophie orientale, au coeur de The Prestige. Est-ce un hasard si Nikola Tesla était instruit en sanskri et en pensée orientale ?

En d’autres termes, pour s’accomplir, un magicien (et par conséquent, un réalisateur) doit savoir marier le fond et la forme. Chaque magicien n’atteint le sommet de son art que lorsqu’il parvient à mêler les deux. David Copperfield, remercié à la fin du film, est vu comme une source d’inspiration par Nolan : maître passé dans son art, prototype exemplaire du showman, il parvient, dans un déluge de grandiloquence, à faire rêver le public en réalisant des tours dont personne ne saisit les astuces. Le met exquis qu’il sert à ses convives contient l’assaisonnement adéquat; attirant l’oeil, ils sont goûteux au palais. Le plaisir des sens, le fond et la forme réunis dans toute leur gloire.

La question du sacrifice, soulevée à maintes reprises, reste évasive sur le regard porté par Nolan sur son art. En effet, il postule que pour manier avec virtuosité son art, il faut être prêt à tous les sacrifices; est-ce à dire que les sacrifices de Nolan résident dans les concessions faites à la forme ? Ses premiers long-métrages se concentrant plus sur le fond, la réalisation de Batman Begin est-elle vue comme un accouchement dans la douleur ? Ou plus simplement, ces sacrifices reposent-ils sur la tâche souvent ingrate de la promotion de ses films ? Peu d’indices semblent nous aiguiller dans une direction spécifique. Ne nous reste que l’interrogation.

De la science artistique

La dichotomie entre la science et l’art s’incarne sous les traits d’Angier, mais surtout de Tesla. Ce dernier, opposé à Edison – pour qui il a travaillé – a lui-même son nemesis à affronter. Edison, bien plus populaire, qui jouait avec brio de l’apparat et du fantastique, préconisait l’utilisation du courant continu aux Etats-Unis. Il refusait de donner suite à la proposition de Tesla – alors son collaborateur – d’utiliser le courant alternatif. Et pourtant, c’est ce dernier qui s’imposera… alors que tout le monde retiendra le nom d’Edison. Le mythe efface la vérité.

Angier, ambitieux, se tourne vers la science de Tesla. Parce qu’il maîtrise la forme mais pas le fond, il se dirige vers l’ennemi – partiel et temporaire – de l’art, la science. Cette science qui viendra pallier le manque de talent du magicien. Une science froide et austère, déshabillée, mais étonnante et qu’il saura mettre en valeur. Ici encore, parce que l’artiste obtient le mariage des principes opposés (le faux et le vrai, le fond et la forme), la réussite est totale. Magicien qui se dirige vers la modernité, il anticipe le glissement qui va voir l’art se nourrir de la science. Il est le précurseur ni plus ni moins du… cinéma ! Un cinéma qui saura habilement utiliser les découvertes scientifiques, pour mettre en scène ce que les hommes de science sont incapables d’expliquer au publique. A ce titre, la scène du musée où Tesla effraye les badauds venus admirer ses recherches, est éloquente; ils fuient, terrorisés par la tournure des évènements. Les scientifiques ne savent enrober le fond, au contraire des magiciens et des – futurs – cinéastes. Les scientifiques se basent sur des faits, alors que l’art les contourne, les enjolive, les mets en valeur; il parle à son public.

C’est une manière détournée de critiquer l’attrait pour le sensationnel du grand public; il ne s’intéresse pas aux faits, mais à leur mise en scène. Un état d’esprit que l’on apprend à avoir, inculqué dès le plus jeune âge; raison de la scène de l’enfant qui comprend qu’un oiseau est sacrifié dans le tour qui fait croire à la disparition du volatile. Il n’est pas dupe, du moins, pas encore.

Une bien belle ballade artistique

Le réalisateur est-il parvenu à nous faire oublier notre quotidien ? Certainement, il faut avouer que l’illusionniste a plus d’un tour dans son sac. Jouant avec le temps et avec le montage tel un sorcier, le réalisateur britannique livre là une oeuvre intelligente et équilibrée. On peut cependant lui reprocher la place faite aux femmes, critique pouvant s’adresser sa filmographie en général : réduites aux rôle accessoires, elles ne sont que des excroissances masculines. Pire, Nolan va jusqu’à en faire de simples perturbatrices dans The Prestige, des obstacles sur le chemin des mâles qui veulent réussir : que ce soit Sarah qui irrite son mari (même si celui-ci regrettera plus tard son égoïsme), Olivia Wescombe (Scarlett Johansson) réduite à n’être qu’un présentoir humain et un cheval de Troie pour les magiciens. La gente féminine est annexe chez Nolan, aussi bien dans Batman Begins que dans Memento. Prudence avec le terme de misogynie, mais avouons que jusqu’à aujourd’hui, ses histoires restent des histoires d’hommes. Comme si les femmes ne comptaient pas.

Avec une telle maîtrise du temps et de la narration, Nolan le prestidigitateur place la barre très haut. On ne peut qu’espérer, égoïstement, qu’il soit longtemps prêt à faire des sacrifices.



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15 commentaires sur “The prestige”



  1. C’est bien qu’un article développe un peu la critique du film (redondance est en fait un élément moteur à mon avis du film) qui est moins anodin qu’il n’y paraît et qui livre peut-être la clef de tous les autres films de Nolan comme le suggère cet article :

    http://freakosophy.over-blog.com/article-nolan-cineaste-du-prestige-114198828.html




  2. Mais je ne m’arrête pas qu’à la formule triptyque du tour, je veux dire que celle-ci est à l’exemple de tout le film. Et je m’autorise de cela parce que précisément, il la donne pour le paradigme même de son film. A ce titre, ce qui pour moi touche (assez heureusement) cette formule touche le film tout entier. Dans l’ensemble, le souvenir que j’en ai est que tout est beaucoup trop appuyé, de la psychologie des personnages à l’histoire qui ne fait pas sens. Bref, je ne vais pas répéter ce que j’ai déjà dit, mais pour moi on assiste à un truc assez étrange avec ce film : tous les ingrédients étaient là pour faire un chef-d’oeuvre, un excellent réalisateur (enfin, jusqu’à ce film précisément), une histoire riche, de très bons acteurs (surtout le duo masculin), etc… et malgré tout la sauce ne prend pas, le cuisinier n’a pas été frappé de génie, ça manque de naturel, l’abus de flash-back est totalement indigeste… Bref, pour moi ça n’a pas fonctionné 🙂




  3. Dis-moi une chose : tu parles de redondance pour Prestige, mais tu colles ce mot aux 3 phases du tour. Mais le coeur du film, lui, est une histoire sur le cinéma. Ainsi donc, ta redondance tant honnie, n’est apposée que sur le superficiel du film; l’intérieur, lui, n’a rien de redondant.

    Pourquoi t’attarder sur la redondance de l’emballage ?




  4. Ce que j’entends par « redondant » me fait penser à une réflexion d’Adorno à propos de l’utopie, et précisément lorsqu’il en est question dans une oeuvre d’art. En gros, son truc est de dire qu’une oeuvre d’art est une forme d’utopie en tant que telle, du fait même qu’elle existe, si elle est une oeuvre d’art réelle, elle échappe aux déterminations imposées indûment par la totalité sociale. Du coup, si elle est explicitement utopique, qu’elle expose explicitement un « message », de manière immédiatement sensée, qu’elle formule une signification claire et sans ambiguïté, elle n’est plus qu’un slogan, une formule évidente, alors même que selon lui l’une des fonctions de l’art est précisément de remettre en cause les catégories habituelles de signification, mettre à mal nos catégories de compréhension. (Ce en quoi, justement elle est utopique). Du coup, si l’oeuvre d’art est explicitement utopique, elle devient redondante, et en cela elle n’est plus utopique. Car cette dimension se joue dans sa forme même, plus que dans son contenu, et en ce sens on (ou une oeuvre d’art) peut très bien être ou se déclarer tout à fait utopique, dans le fond de ce qui est exprimé, et en réalité l’être très peu dans la forme même. En gros pour donner une image on peut très bien tenir un discours qui a des allures révolutionnaires et être en réalité complètement réac.
    Bref, je ne sais pas ni si c’est très clair, ni si ça explique ce que je veux entendre par « redondance », toujours est-il que ça illustre peut-être un peu l’idée. Dans le cas présent, ce que je veux dire par redondant, c’est que tout est très explicite souvent dans les films de Nolan, ça manque un peu de finesse, c’est souvent un peu trop pompeux, un peu trop édifiant. Dans the Prestige, c’est très frappant, cette trinité des moments du tour, qui est transposée dans le film même, pour moi ça ne fonctionne pas, ça manque de subtilité. Pas tant dans l’idée d’ailleurs, que dans la manière de la faire travailler : trop évident, trop explicite. Pour moi un film doit fonctionner comme fonctionne la séduction : rien ne doit être dis, tout dois être implicite et pourtant évident, ou en tout cas pas trop appuyé. Souvent Nolan fait l’inverse, dans ses derniers films du moins, il dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit après l’avoir dit (désolé pour la formule :p ). Bref, c’est parfois un peu trop appuyé, c’est dans ce sens là que je parlais de redondance. « Pas la peine de me dire ce que tu fais, montre le moi bien. Et si tu te sens obligé de me le dire, c’est que tu ne sais pas bien me le montrer » aurais-je envie de lui dire si je me laissais emporter par ma faconde! (ouais, je suis fatigué ce soir, faut me pardonner, un peu trop bossé aujourd’hui! :p ). Et je pourrais dire un peu la même chose pour Batman, quoique moins explicitement démonstratif, pêche un peu trop par là, genre le commissaire et sa voie off, ainsi que les défauts que j’ai identifié plus haut. C’est également ce que je voulais dire quand je disais que je trouvais ses films (les derniers en tout cas) souvent un peu trop pompeux ou emphatiques. Il y a là dedans une espèce de ronflance un peu prétentieuse qui n’a pas tout à fait les moyens de son ambition, tels que je ressens ses films en tout cas 🙂




  5. Spiderman, tiens, il y a longtemps qu’on ne me l’avait plus faite, celle-là. J’étais d’abord passé à côté du film en raison de la forme marvelesque, puis un ami m’avait fait remarquer la qualité de certaines scènes, principalement dans le premier : l’éveil de l’adolescence, avec ses sentiments de culpabilité lors de la découverte du sexe, explicite lorsque spiderman s’amuse à lancer ces toiles partout dans sa chambre, et d’un coup, sa grand-mère fait irruption dans et le prend sur le fait. Tel un ado s’adonnant aux plaisirs coupables du 5 contre 1, il se cache sous ses couvertures. Des détails qui m’avaient échappés, mais… à le(s) revoir à nouveau, je peine à trouver autre chose qu’un questionnement superficiel, allant plus loin qu’un « super-héros ne peut avoir de copine », chose que Nolan évacue en 3 coups de cuillère à soupe dans le premier Batman (tout à la fin). Sam Raimi ne m’a jamais convaincu, et même son Plan simple reste très… simple. J’ai l’impression que la communauté cinéphile se gorge un peu vite de raccords ou de scènes un tant soit peu réussies, uniquement parce que sur le papier, il s’agit d’un film d’action, et que réussir à insérer un discours dans ce type de format tient de la gageure.

    Alors bien sûr, tu pourrais me rétorquer que tu en as autant à mon encontre concernant Batman 🙂 Mais j’ai la faiblesse de croire que son discours dépasse ce qu’il est de coutume de voir dans le genre. Que contrairement à Spiderman, les dichotomies individualisme/société, bien/mal sont traitées avec subtilité, et non avec les gros sabots de films qui en font des contes pour enfants. A ce titre, Batman n’a pas à choisir entre ces dichotomies : les deux l’habitent. En dehors du choix sur la vengeance (début de Batman begins) où il choisit la société sur l’individualisme (il choisit de ne pas se mettre en dehors des règles sociétales), Batman accepte et assume ses parts ténébreuse et lumineuses. Ainsi, dans la clôture finale de Dark knight, que tu exècres, il endosse un meurtre qu’il n’a pas commis. Pas parce qu’il est un héros (tout le discours du film détruit ce concept, justement) mais parce que l’image qu’il projette, artificielle, a les épaules assez larges pour un tel poids. Lui, parce qu’il est homme, ne le pourrait pas; Batman, ce n’est pas vraiment lui, mais plutôt la projection fantasmagorique d’une population en manque de repères, incapable de faire face à ses démons. Une invention mythologique qui, comme toutes ces inventions, des Grecs anciens aux auteurs de BD modernes, rassure. Les histoires, de l’Illiade à Batman, sont fausses; d’où « ce n’était pas le héros que l’on méritait, mais celui qu’il nous fallait ». Car l’homme a besoin de mythes caricaturaux pour dépasser sa condition humaine, voilà le discours en filigrane. Autrement plus ambitieux que dans Spiderman, tu l’avoueras.

    Quant aux faux batman… ils servent justement le discours ! Ce sont ces copy cats, lancés dans un mimétisme ridicule infantile, que sont ces hommes qui se croient l’égal d’un mythe ! Il sont cependant mal amenés, je le concède. Mais ils ont une place importante dans la construction du film puisque, tels des Icares, il se brûlent les ailes à courir derrière des chimères. Personne ne fait le poids contre un mythe sans aucune réalité. On est dans un monde inventé, personne ne peut vraiment voler; sont-ils si naïfs qu’ils prennent pour la réalité des mythes ?

    Casino Royale est sans nul doute un bon film d’action, mais est-il autre chose ? Dans cette veine cinématographique propre à ces 10 dernières années, on retourne aux sources des super-héros. (D’ailleurs, Batman ne fait pas exception). Mais y a-t-il autre chose qu’un James Bond classique ? L’action est plus rythmée, mais je peine à voir autre chose qu’une longue course poursuite avec une histoire d’amour (qui finit mal). Plus violent, plus frondeur et insoumis, mais il reste une resucée d’Au service secret de Sa Majesté. Même le décors du casino était déjà là…

    Par contre, il faut que tu m’expliques un point qui est revenu à plusieurs reprises dans tes critiques : qu’est-ce qui, au juste, est si explicite dans Prestige ? Tu parles de « redondance », de « signification explicite », mais quelles sont les redites de Nolan qui te dérangent tant ?


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