Oct 04 2010
Arrière-garde: la constitution se dote du nucléaire à Genève (Crey-Malville 1: Genève 0)

On pensait le débat d’arrière-garde; il n’en est rien, les partis de droite ont décidé la semaine dernière de réintroduire le nucléaire dans le petit canton de Genève par la grande porte, par la constitution. Et comme on va le voir, l’hypocrisie fait office de seul argument.

Rappel des faits partial mais non partiel : depuis 2009, le canton de Genève réécrit sa constitution. Vieille de 1847, considérée comme dépassée, il a été décidé de la dépoussiérer. Avec pour résultat, selon le parti des Verts, une régression sociale et, aujourd’hui, environnementale. En voici le communiqué de presse, suite au vote des constituants qui ont choisi de réintroduire le nucléaire dans le canton de Genève :

Constituante: Les Verts passent dans l’opposition

Après la régression sociale, la régression environnementale

La droite, majoritaire à la Constituante, a supprimé, hier 30 septembre 2010, la garantie constitutionnelle anti-nucléaire sur l’énergie en rayant l’article de l’actuelle Constitution qui enjoint les autorités cantonales à s’opposer par tous les moyens au nucléaire, élément fondateur et structurant de toute la politique énergétique du canton. Les Verts dénoncent avec force cette remise en cause frontale de la politique énergétique menée ces 25 dernières années à Genève suite à l’adoption de l’initiative « L’Energie notre affaire ».

Pour les Verts, un fossé béant est en train de se creuser entre les aspirations de progrès social et environnemental de la population genevoise et la vision purement libérale et économique de la droite genevoise à la Constituante. La position des Verts est désormais claire : en l’état ils s’opposent au projet de Constitution.

La droite vide largement de son sens les indispensables efforts que l’Etat doit entreprendre en faveur des économies d’énergie, des énergies renouvelables et de la lutte contre les gaz à effet de serre. Elle ajoute ainsi à son forfait une série de thèses lénifiantes, rejetant notamment toute référence aux accords internationaux en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre : «Les autorités mettent en place des politiques propres à réduire les gaz à effets de serre conformément au droit fédéral». Cette régression est un comble pour un canton qui avait montré la voie en adoptant, en 1986, un des textes les plus novateurs en la matière.

Il va sans dire que la constituante a franchi une nouvelle étape vers le gouffre. Après le refus de l’égalité entre femmes et hommes, le démantèlement du droit au logement et d’autres votes du même type, comme l’interdiction faite aux fonctionnaires de siéger au Grand Conseil, le groupe des Verts&Associatifs dénonce, une fois de plus, ce travail de sape constitutionnel qui s’apparente, chaque jour un peu plus, à une entreprise de régression systématique.

Gageons qu’à l’aune de ces régressions, le choix du peuple genevois vis-à-vis de cette nouvelle Constitution en sera facilité.


Je n’entrerai pas en matière sur l’aspect de la régression sociale. Je tiens ces termes pour justifiés, mais il s’agit d’un débat idéologique; je comprends les arguments des droites genevoises, bien qu’y étant profondément opposé. Je ne partage pas les valeurs exprimées par les constituants de droite, c’est idéologique. Soit, je peux vivre avec, c’est les règles du jeu de la démocratie.

Cependant, le débat (et la victoire) des pro-nucléaires outrepasse les règles du débat démocratique : nous versons dans une hypocrisie sans bornes, et la mauvaise foi revendiquée m’émeut au plus haut point. Les droites ont tort, font le choix du court terme et non du long terme, et cette position est toute assumée. Procès d’intention ? Je laisse le lecteur, le futur citoyen genevois appelé à ce prononcé ces prochaines années sur la nouvelle constitution, seul juge. Voici, en tous les cas, « l’argumentaire » libéral extrait de son blog, un blog où les commentaires sont interdits (ce qui en dit long sur la vision de l’échange démocratique selon les libéraux) :

[…] Par cette proposition, le groupe « Libéral & Indépendants » souhaitait avant tout insister sur l’importance que représente actuellement la consommation d’énergie d’origine nucléaire à Genève et en Suisse (40% de la production d’énergie électrique en Suisse). Comment, dès lors, vouloir prétendre se passer de l’utilisation d’énergie nucléaire du jour au lendemain, sans même imaginer une transition réfléchie ? La seule solution serait que les citoyens renoncent à utiliser l’électricité un jour sur trois, ce qui, nous en conviendrons tous, ne fait aucun sens. Il faut bien évidemment pouvoir renoncer au nucléaire, mais seules des mesures concrètes et basées sur le long terme pourront être véritablement efficaces. Prétendre faire du développement durable simplement en proscrivant le nucléaire n’est que de la poudre une yeux (sic) : c’est une pratique vide de sens et mensongère de surcroît, puisqu’elle prétend interdire le nucléaire tout en l’utilisant quand même.

Outre dénoncer l’hypocrisie ambiante et vouloir ouvrir la voie à de vraies solutions de sortie du nucléaire, la proposition Libérale voulait également rendre au peuple la responsabilité qui lui incombe sur cette question. Le gouvernement, élu par le peuple, doit prendre des responsabilités face aux missions que le Souverain lui confie, à savoir dans notre cas garantir l’approvisionnement d’énergie. […]

Revenons rapidement en arrière : en 1986, sous l’impulsion notamment du Vert Robert Cramer, l’initiative constitutionnelle introduit dans le canton une nouvelle politique énergétique supprimant notamment le recours à l’énergie nucléaire. Depuis 24 ans (!), le canton se passe officiellement de source énergétique issue de l’atome. Depuis 24 ans, les Service Industriels de Genève cherchent des solutions dans les énergies alternatives et renouvelables, multiplient les aides aux projets novateurs en la matière, sensibilisent la population à ses achats énergétiques. Résolument tournée vers la recherche de solutions inscrites dans le développement durable, le canton est un exemple de volontarisme écologique.

Si officiellement la politique énergétique gravite autour du développement durable, il est vrai qu’officieusement, une partie impossible à déterminer provient certainement du nucléaire, en raison de l’achat d’électricité à la France. Mais avec une hypocrisie rageante, le « blog non-interactif » libéral lance un chiffre : 40% – d’énergie nucléaire. Ce pourcentage est une donnée suisse. La Suisse n’est pas, loin s’en faut, acquise à la cause anti-nucléaire comme l’est (l’était ?) le canton de Genève. Et s’il est précisé que les 40% sont une donnée suisse, le processus argumentaire, de mauvaise foi, est d’accoler ces 40% dans une même phrase citant la Suisse et Genève; pour cette dernière, puisqu’on n’indique aucun chiffre, le lecteur est tenté de faire le raccourci : si 40% de l’énergie suisse est issue du nucléaire, 40% de l’énergie genevoise doit l’être aussi. Ce chiffre n’a pour seul but que noyer, opacifier la réalité : car si pas loin de 65 % de l’électricité genevoise est importée, il est impossible d’en conclure que les deux tiers des fournisseurs d’énergie voisins mentiraient aux SIG (devant conformément à l’article 1b de l’Ordonnance fédérale sur l’énergie s’informer sur les « agents énergétiques utilisés pour produire l’électricité » par ses fournisseurs). Les faits, et les faits seulement : officiellement, les SIG s’engagent à fournir une énergie à 100% d’origine non nucléaire. Officieusement, on peut penser qu’une partie fournie est moins propre que cela; mais les deux tiers ? L’acte de foi demandé par le parti Libéral genevois est sans bornes, et sa stratégie de communication sans scrupules. Et de la malhonnêteté, il en faut beaucoup pour soutenir la position libérale…

En effet, quelle est la politique prônée par les droites genevoises ? Permettons l’approvisionnement en énergie nucléaire. Et par quel processus arrive-t-on à cette conclusion ? Voyez plutôt :

  1. Les citoyens genevois sont acquis à l’idée de se débarrasser du nucléaire. Nous le savons, tel a été leur choix. Nous, Libéraux, reconnaissons d’ailleurs le bien-fondé des énergies renouvelables.
  2. Mais il est une partie de l’approvisionnement énergétique suisse qui provient du nucléaire (40 %).
  3. Une proportion non identifiable de l’énergie genevoise provient peut-être du nucléaire.
  4. Mettons un terme à cette situation intolérable et hypocrite, rappelons l’énormité de la situation au peuple genevois en lui permettant de recourir au nucléaire.

Je ne sais pas pour vous, mais moi, j’en comprends si peu la logique argumentaire que je ne peux me débarrasser de la sale impression d’être pris pour un imbécile. C’est trop gros. Trop visible. Si hypocrite que, d’ores et déjà, mon choix est déjà fais sur l’avenir de la future constitution : aucune indécision, ou décision partielle à 40 %. Ce sera un non plein et entier, sans aucune hypocrisie. Pas idéologique pour un sou, mais purement pragmatique.

A noter que le seul, au sein du parti des Verts, à s’être opposé à la réalisation de cette constitution, avec fougue et seul contre tous : Christian Bavarel. A qui on peut que reconnaître, après les derniers développements, une sagacité oraculaire. Il avait raison – et sur toute la ligne.



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