Les grands travaux de Bogotá

Bogotà¡ est un monstre, énorme, gigantesque et rapide. L’évolution de cette ville est faramineuse, à  un tel point qu’il est possible de ce perdre dans son propre quartier.. les tours y poussent en 6 mois, les projets de construction s’enchainent…
En comparaison avec les capitales voisines c’est une ville assez moderne, sure (taux de mortalité 5 fois plus bas qu’à  Caracas par exemple), pour preuve: nombreux sont venu copier le système de transport massif, le transmilenio. Maintenant ces même dirigeants commencent à  venir copier le programme de Bogotà¡ sin Hambre (Bogotà¡ sans faim) mis en place par l’ancien maire, Luis Eduardo Garzon.
Les progrès de la ville ces 10 dernières années sont absolument impressionnants et les ambitions sont grandes. Le but, presque affiché, est de regagner la place de leader culturel, économique & industrielle dont bénéficiait la ville au début du 20e siècle. Bogotà¡ était un modèle de dynamisme et de culture. Le conflit, la violence et la mauvaise image ont englouti cette capacité du monstre, mais aujourd’hui on a l’impression que ça change.
La nouvelle administration s’est fait élire avec le projet fou mais nécessaire de construire un métro, et de créer un réseau de transport intégré entre le transmilenio, le train (genre de banlieue, une ligne existe mais n’est pas utilisée), les bus et le futur métro.
Au départ beaucoup était sceptique, et le candidat de droite, soutenu par le gouvernement affirmait que ce projet était impossible. La gauche a insisté et a gagné… un mois après, le gouvernement s’est rallié et a promis participer au financement du projet. La banque mondiale aussi puis la banque inter-américaine, puis d’autres privés… Finalement tout le monde veut participer à  ce superbe projet. Même un des architecte les plus connu du monde, Norman Foster, voudrait bien y mettre du sien.
Pour l’instant on en est à  la phase préparation du projet mais le maire, Samuel Moreno, a promit que les travaux commenceraient avant la fin de son mandat. J’ai assez confiance…
Et comme un projet ne vient pas tout seul, l’aéroport international de Bogotà¡ devrait être bientôt reconstruit… C’est un projet de la nation et non de la ville (la ville est très indépendante face au gouvernement, comme son nom l’indique, Bogotà¡ D.C.,c’est un district fédéral…). L’idée de départ était de l’agrandir et de le modifier. Soit disant c’était plus économique… Mais à  force de pression et des commentaires fort peu sympathique de l’ancien maire qui qualifiait de projet de « petite merde », le gouvernement national à  fini par céder et a décidé de reconstruire complètement l’aéroport, qui est actuellement une des pires crottes du continent.
Alors on peut dire maintenant que la transformation de la ville n’est pas prête de s’arrêter, sans compter le projet de rénovation du centre et de l’agrandissement du centre économique, des projets culturels (comme le centre culturel Garcia Marquez qui vient d’ouvrir) etc. etc. et le mieux de tout, tous les projets sociaux en route, et qui ont déjà  fait leurs preuves, de l’administration antérieure et actuelle.
Bogotà¡ est en chantier bruyant, mais le bruit ne vient pas des travaux sinon du monstre qui ronronne.

Le projet de l’aéroport:

3 réflexions sur « Les grands travaux de Bogotá »

  1. Ahhh ! le Tequendama et ses «petites étudiantes» qui attendaient dans le hall de l’Hôtel !

    Cela dit un taux de mortalité 5 fois plus bas qu’à Caracas, c’est pas bien compliqué !

  2. [quote post= »978″]le Tequendama et ses «petites étudiantes»[/quote]

    Comment ça Patrick? je croyais que tu t’intéressais qu’aux nonnes!!!

    [quote post= »978″]taux de mortalité 5 fois plus bas qu’à Caracas, c’est pas bien compliqué ![/quote]
    Certes mais c’est pas l’image extérieure de Bogotá… alors que cette ville a un des taux de mortalité violente les plus bas des capitales latinoaméricaines.

  3. C’est une histoire qui se passe dans la ville où je suis né. A Rouen, en Normandie. Et c’est une

    histoire qui s’est déroulée il n’y a pas longtemps, vraiment pas longtemps, ce n’est pas un conte des

    temps anciens. Alors écoutez bien, oui, écoutez bien, parce qu’un jour vous pourriez en avoir besoin…

    Donc à Rouen, en Normandie, il y a une rue qui s’appelle la rue Jeanne d’Arc et qui est la grande

    artère du centre ville. Elle commence là-haut, en face de la gare SNCF, et elle descend, descend,

    descend, jusqu’à atteindre la rive du fleuve, les bords de la Seine. Dans la partie basse de cette rue,

    près du fleuve donc, il y a toutes les banques les unes à côté des autres. Une là, une là, une là, et

    de l’autre côté de la rue, encore une là, et une là, et une là.Et dans l’une de ces banques, il y avait

    un employé. Un employé banal, la trentaine, qui passait ses journées à aligner des colonnes de

    chiffres, à trier des papiers, à remplir des formulaires.
    Vraiment rien de particulier. Sauf que bien entendu, si je vous parle de cet homme-là, c’est qu’il

    avait quand même un petit quelque chose de particulier.Le midi, cet employé, au lieu d’accompagner ses

    collègues à la cantine ou dans un des restaurants du centre, sortait de sa mallette le sandwich qu’il

    s’était confectionné le matin, et il partait pendant deux heures parcourir la ville. Parcourir Rouen.

    Parce que sa ville, il faut vous dire qu’il l’aimait. Il y était né, et il y avait passé toute sa vie à

    l’exception d’une ou deux semaines de vacances par-ci par-là.
    Il aimait sa ville, il aimait Rouen, et il la connaissait par coeur. Il connaissait chaque avenue,

    chaque boulevard, chaque ruelle, chaque impasse, et dans chacune de ces rues il connaissait chaque

    maison, chaque immeuble, chaque magasin. Il pouvait dire quelle boutique avait précédé celle-ci ou

    celle-là, de quelle année datait telle ou telle construction, et comment s’appelait cette rue il y a

    encore dix ans.Et malgré cette connaissance parfaite, encyclopédique, il prenait toujours autant de

    plaisir à ses promenades quotidiennes, trouvant sans cesse une nouvelle source de joie, de magie : le

    reflet d’un arbre dans une fontaine, le nom d’une ancienne boutique dont la peinture partait en

    lambeaux, une pierre tombale érodée par la pluie dans un vieux cimetière.
    Parfois, aussi, avant de rentrer chez lui, il se promenait la nuit. Car la ville de la nuit n’est pas

    la même que la ville du jour, et il aimait entendre les bruits étranges, les voix sortant des maisons,

    il aimait voir les lumières de Rouen se refléter et se mouvoir dans les eaux du fleuve.Un soir, notre

    homme resta particulièrement tard au bureau pour finir son travail qui avait pris du retard. Quand il

    quitta enfin la banque, il prit le métro, comme d’habitude, pour retourner vers son logis qui se

    situait au sud de la ville. Comme il était très tard et qu’il faisait froid, il n’y avait pas grand

    monde dans le métro. Aussi ne fut-il pas vraiment surpris lorsqu’il se retrouva seul dans la rame à

    quelques stations du terminus.
    C’était rare, mais cela lui était déjà arrivé plusieurs fois.Par contre, ce qui le surprit beaucoup, ce

    qui l’inquiéta même, ce fut lorsque le métro s’engagea dans un tunnel. En effet, à Rouen, le métro

    n’était souterrain qu’en centre ville, sinon il roulait à l’extérieur, comme un tramway : d’où sortait

    donc ce tunnel en bout de ligne ? Surtout que le tunnel durait, durait longtemps, sans aucune lumière,

    sans s’arrêter.Lorsque finalement la rame freina et stoppa à une station, il en profita pour descendre.

    Il ne reconnaissait pas la station, d’ailleurs il n’y avait pas de panneau indiquant son nom sur les

    murs, et il décida de la quitter au plus vite.
    En montant l’escalier, d’abord normalement, puis en marchant de plus en plus vite, puis enfin en

    courant, il se disait que dès qu’il serait à l’extérieur, il saurait tout de suite où il était et il

    n’aurait plus qu’à rentrer chez lui à pied.Une fois sorti de la station, il déboucha sur une place. Il

    crut la reconnaître, l’espace d’un instant, mais il se rendit compte qu’il y avait plus de rues autour

    de la place que dans son souvenir, sans compter cet immeuble qui aurait dû être à droite alors qu’il

    était sur la gauche. Au coin d’une rue, il lut sur un panneau bleu le nom d’une place dont il n’avait

    jamais entendu parler.
    Notre homme commença à courir de rue en rue, certain qu’il ne tarderait pas à déboucher dans une artère

    qu’il saurait localiser. Il était même prêt à demander son chemin aux passants, mais il ne croisait

    personne. Les rares silhouettes qu’il apercevait étaient toujours loin de lui et disparaissaient dès

    qu’il tentait de s’en approcher. Lorsque, trop essoufflé pour continuer à courir, il s’arrêta en

    haletant contre un mur, il dut se rendre à l’évidence : il ne savait pas où il était, il était perdu.

    Epuisé par la course et par la peur, il s’allongea sur un banc et ne tarda pas à s’endormir.
    Le lendemain, il reprit son errance. Le lendemain et la nuit qui suivit, et le jour d’après, et la nuit

    d’après, et ainsi de suite. D’ailleurs ce n’était ni vraiment des jours ni vraiment des nuits, le ciel

    s’éclaircissait sans qu’aucun soleil ne se lève, et il s’assombrissait sans qu’y apparaisse la moindre

    étoile ou le plus petit bout de lune. Inlassablement, l’homme passait de rue en rue, croyant toujours

    apercevoir un élément familier et se trouvant toujours détrompé au dernier moment, irrémédiablement

    perdu.Un jour, il arriva au bord de ce fleuve qui aurait dû être la Seine s’il avait été juste un peu

    plus large, et si ce pont en forme d’arche avait existé dans les souvenirs du marcheur. Il s’avança au

    milieu du pont, contemplant le fleuve, les maisons, les immeubles de cette ville dans laquelle il ne

    savait même plus s’il était vraiment.Tandis qu’il plongeait son regard dans les eaux troubles, un vieil

    homme vint se placer à ses côtés. « C’est beau, n’est-ce pas ? », dit-il. Et notre égaré, au moment où il

    lui répondait par l’affirmative, s’aperçut que c’était la première personne qu’il rencontrait depuis…

    bien longtemps.
    — Ou sommes-nous ? lui demanda-t-il
    — Dans la ville.
    — Non, ce n’est pas la ville. J’y ai vécu toute ma vie, et je peux vous dire que ce n’est pas la ville,

    même si parfois j’ai l’impression de la reconnaître. Si vous croyez vraiment que nous sommes dans la

    ville, pouvez-vous me dire dans quelle partie ?
    — Vous savez, je suis ici depuis très longtemps, peut-être des années, et j’ai eu tout le temps

    nécessaire pour réfléchir. Je crois qu’une ville est un être vivant, avec une personnalité. Après tout,

    Vienne n’est pas Paris, Londres n’est pas Moscou, Pékin n’est pas Chicago. Oui, chaque ville est faite

    d’un ensemble de constructions et d’habitants, et possède sa propre personnalité.
    — Et donc ?
    — Et donc, si une ville a une personnalité, pourquoi n’aurait-elle pas une âme ? Pourquoi ne pourrait-

    elle pas rêver ? Je pense que c’est là où nous sommes. Dans les rêves de la ville. Et c’est pour cette

    raison que nous rencontrons des endroits familiers, que nous réussissons presque à savoir où nous

    sommes.— Vous voulez dire que nous sommes endormis ?
    — Non, nous sommes éveillés, ou du moins c’est ce que je crois. C’est la ville qui est endormie et nous

    voyageons dans ses rêves.Tandis qu’ils parlaient, un vent froid s’était levé, et ils retraversèrent le

    pont en direction des premières maisons.— Et ces silhouettes, ces gens qui s’évanouissent dès qu’on

    cherche à s’en approcher ?
    — Qui sait ? Peut-être des personnes éveillées qui pénètrent le temps d’une seconde dans le rêve de la

    ville, peut-être, au contraire, des personnes dont la ville est en train de rêver.— Et nous, vous savez

    comment on peut s’échapper ?
    — Je ne suis pas sûr… Je pense qu’il faut trouver une porte.
    — Une porte ?
    — Oui, une porte. Une porte parfaitement identique à ce qu’elle est dans le monde réel. Une porte que

    vous reconnaîtrez vraiment, sans l’ombre d’un doute, parce que vous saurez exactement où elle se trouve

    de l’autre côté du rêve. Et en la franchissant, il y a une chance que vous reveniez dans la vraie

    ville.Soudain, le vieil homme pointa le doigt devant lui. Il tremblait, les yeux écarquillés.
    — Là ! Là, vous la voyez ?Avant même que son compagnon ait pu répondre, le vieillard partit en courant.
    L’autre essaya de le suivre, mais il avait pris du retard, et quand il arriva au coin de la rue où le

    vieil homme avait tourné, celui-ci avait disparu. Et la rue était une impasse.Maintenant qu’il était de

    nouveau seul, il reprit ses recherches, nuit et jour, nuit et jour. A présent il avait un but précis :

    trouver cette porte qui le libérerait et le ramènerait dans sa ville. Il explora les immeubles, les

    caves, les arrière-cours, inlassablement, à la recherche d’une issue.Un matin, ou ce qui en tenait

    lieu, il rencontra une jeune femme assise sur un banc, dans un square. « Si vous êtes bien réel », lui

    dit-elle, « alors expliquez-moi où nous sommes ».
    La femme était belle ; elle avait une façon de pencher la tête, une lueur dans les yeux, qui faisaient

    battre le coeur un peu plus vite. Mais au moment où il allait répéter ce que le vieux lui avait révélé,

    une autre vision fit battre son coeur encore plus vite. Sur sa gauche, dans un coin du square, une

    cabane avec une petite porte verte lui était tellement familière que sa respiration se bloqua dans sa

    poitrine. Il savait exactement, très exactement où cette même cabane, avec cette même porte, se situait

    dans Rouen, dans sa ville.
    Il montra la cabane à la femme, lui demanda si elle la reconnaissait, mais elle secoua la tête en signe

    d’incompréhension. Elle lui sourit, lui tendit la main, lui proposa de venir s’asseoir à côté d’elle.

    Il recula d’un pas, puis d’un autre. Il sentait au fond de lui, par l’intermédiaire d’un sens caché,

    que c’était sans doute la seule occasion qu’il aurait jamais de s’échapper. Un pas en arrière, encore

    un autre, sa décision fut prise et il se mit à courir sans se retourner vers la cabane. Il ouvrit la

    porte, franchit le seuil… et il était de retour dans le square, le vrai cette fois-ci, celui de Rouen,

    avec des passants qui le regardaient sortir en titubant de la cabane, et qui ne comprirent pas pourquoi

    il éclata de rire quand ils voulurent savoir s’il allait bien. Evidemment qu’il allait bien. Il était

    revenu chez lui.
    Cet homme dont je viens de vous parler, je l’ai rencontré il y a peu de temps. Il ne vit plus à Rouen,

    il habite une petite maison au plus profond du Pays de Caux, au milieu d’une grande plaine, bien loin

    de la première ville et du premier village. Alors que je parcourrais la campagne cauchoise en quête de

    conteurs, on m’a parlé de cet homme, je suis allé le voir, et il m’a raconté son histoire comme je

    viens de vous la raconter.Au moment de prendre congé, sur le seuil de sa maison, je me suis retourné

    une dernière fois vers lui et je lui ai demandé s’il habitait cet endroit isolé parce qu’il avait peur

    d’être à nouveau pris dans le rêve d’une ville. Il m’a souri d’un air triste, il m’a répondu que oui,

    il avait peur, mais pas d’être à nouveau entraîné dans un rêve. Dans un murmure, il m’a expliqué que

    les villes rêvaient, que les villes dormaient, et que ce qui lui faisait vraiment peur, c’était

    d’attendre le jour où les villes se réveilleraient.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *